• Résumé  du livre impubliable : la mort des républiques

    La république n’est pas une et indivisible  Elle est, par son histoire, complexe et multiforme. Elle connait des destins contrastés. Elle surgit, vit et meurt. Elle  constitue un objet sociologique et historique comme tout autre régime ; et cela mérite justification et explication. Le sociologue  entreprend donc une comparaison sur les siècles ( une dizaine dans mon livre :Antiquité, France, Allemagne ; une trentaine de la sphère européenne dans le livre de Ch. Brochier : « Sociologie historique du gouvernement de la République ») L’enquête ici  se heurte à l’idéologie dominante qui en fait une « essence », une substance, un concept indiscutable (alors même que le général de Gaulle qui en sauva deux, ne la cite, sur une centaine de pages, qu’une fois au profit de termes qu’il juge plus appropriés au relativisme  historique : « France » pouvoir,  Nation,  Etat. Ce préalable  a dû être levé avant d’enquêter  sur les  modes de délégation, de représentation, l’autorité, la séparation de pouvoirs et le système d’élections, la gestion  des pouvoirs administratifs et  de la force publique, principes ou faits, qui ont connu des fortunes diverses et complexes dans le monde occidental. Alors, la variété des circonstances des apparitions et disparitions successives, les péripéties de l’existence en Europe depuis l’Antiquité à aujourd’hui, méritaient d’être examinées. En éliminant tout esprit  de hiérarchie  quoique on en connut des exotiques (« bananières »), des bonnes et  des « mauvaises » (soviétiques et pays de l’est),  aux structures plus ou moins  abouties, d’après l’opinion des commentateurs  nationaux. 

    En l’absence d’unanimité, face à la diversité des critères formels, retenus  sans examen réaliste de l’application des principes, nous avons examiné l’utilisation par les usagers de la démocratie, des discours sur les droits de l’homme,  les pratiques votantes  et les actes des militants dans ce régime : Eh ! là patatras, rien ne concorde ! Le peuple souverain, le peuplé adulé des orateurs, le peuple sans cesse invoqué manque à l’appel ! Le calcul des votants en chaque élection  donne des surprises : en démocraties occidentales, ils sont  presque toujours minoritaires. Abstentions, non inscription,  votes nuls dominent largement au point d’atteindre  régulièrement 45% en France (60% dans le « modèle » américain)

    Alors pourquoi ces « peuples » appelés sans cesse  à leur devoir civique s’absentent ? Sautant dans ce résumé l’étape historique de l’échec d’intégration des classes dites populaires, nous sommes parvenu à isoler un critère : l’âge bien sûr, mais surtout les revenus (et leur stabilité), et la dimension  de la propriété, la possession de patrimoines, en valeur équivalent à un demi-million d’euros. Au-dessus, on vote presque systématiquement ; les sans patrimoine presque jamais. La valeur de  ce test, sans analyser la tendance  d’une abstention très faible dans les années 1945 et suivantes aux taux très élevés actuels  sans négliger d’autres éléments de l’exclusion ou de la séparation de la moitié  de nos concitoyens pratiquants assidus,  accentue le caractère tranché de cette division. La vraie question est alors : pourquoi veut-on ignorer ou masquer cette évidence ? Le peuple absent : où est-il, que pense-t-il ?  Ceux qui en appellent à lui, vers qui se tournent-ils en réalité ; à qui parlent-ils factuellement ? D’autres étonnements suivront si nous arrivons à bien mener notre enquête. Quelle conclusion tirer de celle-ci? D’abord que nombreux auteurs étrangers appliquent depuis des années notre schéma d’analyse : particulièrement l’école « de Cambridge » ; ils font autorité dans le monde des idées et des pratiques politiques : Dunn, Goody, Hobsbawm, Evans,  tous élèves de Moses Finley. En définitive on ne peut à proprement parler de luttes de classes mais de luttes de fractions de classe. Si  50%  des habitants en âge de voter participent  et dirigent la république, elle est alors l’enjeu permanent de conflits fratricides, parfois meurtriers entre petites, moyennes et grandes ou très grandes bourgeoisies. Ce schéma a été constamment et intelligemment partagé par des analystes dans le monde. Nous le résumons et verrons qu’il s’applique avec pertinence à la France,  à l’Italie et autres pays du continent dans la période récente (sans parler de la Présidentielle actuelle, un cas d’école).Au cours de ces conflits ancestraux, symboliques ou non, le petit peuple parfois s’immisce ou est appelé à soutenir un clan (type 1789).Il est réprimé peu après. Nous rentrerons par une série de cas dans les déroulements  variables mais le scénario est immuable ; notamment quand la « gauche » ne représente plus aucun danger  pour les titulaires  même divisés du pouvoir. Alors, que des scissions apparaissent ou non, au sein des classes populaires, est  un effet secondaire : s’il est habituel que des paysans soldats tirent sur des ouvriers, l’inverse est vrai mais plus rarement. En bref la mort des Républiques analyse toutes ces situations sans  examiner si elles sont exemplaires ou non

    Comment avons-nous mené une telle étude en série? Nous  prétendons qu’il faut approche de l’intérieur,   dans la continuité,  ce processus du découragement républicain du petit peuple, et chercher les autres modes d’action qu’il a  tirés de ces deux siècles d’échec, sans omettre  le sens de l’ironie qu’il manifeste à l’égard de ses guides-protecteurs républicains. Nous prétendons que les sciences sociales se sont totalement détournées   de ce  type d’analyse ethnographique car il ne faut pas compter sur les procédures statistiques étatiques  ou  sociologiques universitaires, (sondages, études d’opinion, questionnaires, entretiens, tous biaisés) pour   ressentir les modulations subtiles cachées aux enquêteurs extérieurs. Nous affirmons que nous fumes les seuls bien placés pour  approcher des comportements privés et secrets et, le cas échéant, en publier  les résultats (pas toujours : nombreux refus). Nous avons pris  acte qu’il faut vivre en continu parmi « ces gens-là ». Aucune difficulté  puisque nous résidons dans ces quartiers, ces villes ouvrières ou villages pauvres et reculés. Cet environnement, et singulièrement aucune « propriété » (en tout cas hors du logement et des biens domestiques), ne nous distinguent du genre de vie de nos voisins.  Cela va de soi puisque, à ce monde, nous  appartenons de naissance : pères, grands-pères,  frères,  fils ou autres proches  sont ouvriers, petits paysans, employés  subalternes, migrants pauvres ; ils constituent donc notre environnement quotidien. Et nous n’avons eu aucun mal à appliquer l’observation participante-une technique  de l’ethnographie- à cette pratique de voisinage. Nous venons  de résumer plusieurs années de travail. Par « nous », je signifie les 4 ou 5 sociologues  qui partagent cette expérience  en continu, qui en discutent souvent et  donnent ici  ou là les résultats. Nous  revendiquons  notre compétence. Nous affirmons  haut et fort qu’il faut  approcher, connaitre intimement  avant de proclamer,  surtout avant de moraliser et d’élever en dogme laïque sacré, le sens républicain  naturel et  avant de stigmatiser  l’indignité de l’abstenant ou du prétendu indiffèrent

     

     

     

     


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