•  Etat de la migration qui tue. A ce jour (Avril-Mai)  543 noyés de plus, dont des mineurs disparus et autres  « évaporations » dues au  travail clandestin aux champs ou en usine en Italie, rapt par des maffias...

    Il n’y a pas que la mer  qui tue... la montagne aussi. Deux jeunes Maliens ( 17 et 20 ans) qui avaient vaincu le désert Libyen, ont  tenté de traverser les Alpes pour passer d’Italie à la France  le 3-4 mai dernier. L’un a disparu dans une crevasse, l’autre a rejoint par le col de la Basset partis de Suza, la vallée de la Clarée,  où on l’a retrouvé épuisé... avec les pieds gelés (leur équipement était sommaire pour  traverser à  2500 mètres). Il a été amputé des deux pieds à l’hôpital de Briançon. Bon joueur de foot, il venait pour trouver une équipe !

    D’où on voit que ces migrants ont de la suite dans les idées, du courage à revendre.  Rien ne les arrêtera. C’est pourquoi nous ressortons du placard   le préambule d’un livre  que nous avons  écrit il y a ans : Maintenant le règne des banquiers va commencer. (La découverte 2009).Livre bien entendu invendable et invendu !! Mis à l’index à l’époque par tous les partis, de l’extrême droite à l’extrême gauche ... et tous les médias. Mais basta ! Si les nouveaux jeunes  qui se battent jour et nuit en ce moment sont encore lecteurs ; alors ils  apprécieront peut- être  ces histoire du retour de Marx .Des histoires ...à dormir debout !  Voila prémonitoire  des  bouleversements migratoires,  ce que le vieux fou de Karl leur aurait dit !

     Extrait du début du livre  écrit en 2009 Maintenant le règne des banquiers va commencer (La découverte)

    « On doit se défendre contre les prolétaires d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, ceux qu’on avait mis au placard de l’histoire. Bien heureux encore qu’on ait aboli l’esclavage, mis fin au colonialisme. Mais les accueillir chez nous, les aider de surcroît, maintenant, ah, ça non !

    Dès lors, depuis une cinquantaine d’années, ces peuples, décidément bien peu reconnaissants, se sont aidés eux-mêmes, avec l‘appui de leurs bourgeoisies conquérantes, ou malgré celles, corrompues.

    Et maintenant ils viennent nous facturer des comptes, nous présenter les créances impayées de l’Histoire ! Ils ne trouvent à notre porte que des prêches, la morale écologique ou les exigences de la liberté, bref tout ce qui se mérite. Alors qu’ils devraient manifester de la pudeur et de la gratitude pour l’honneur que nous leur fîmes de nous endetter auprès de leurs gouvernements après les avoir asservis ; qu’ils se montrent plutôt heureux, qu’en retour, nous les acceptions à nos tables de conférences internationales. Que les pauvres restent donc entre eux et ne viennent pas quémander les intérêts que nous levons sur leur épargne.  Qu’ils se satisfassent de la chance des privations que nous leur imposons, qu’ils se détournent ainsi de notre consommation maladive et qu’ils deviennent comme nous, écologistes, en passant, eux, de la famine à l’abstinence ou à la pénurie consentie ».

    Voila ce que dirait, de la mondialisation, l’ironie mordante de Marx .

     

    PRÉSENTATION

     

    Les temps de crise sont bons pour la publication de livres, les éditeurs se découvrent une vocation, les auteurs connaissent une frénésie de justification ou de dénonciation. Chacun y va de ses prédictions et offre ses recettes. Les économistes et les politologues sont en première ligne, suivis de près par les philosophes et bien sûr par les journalistes spécialisés. Chacun se projette dans l’avenir, annonce ses solutions miracles : « Si on fait ceci ou cela... si on m’écoute... ». On appelle l’Europe à la rescousse ou on accuse l’euro ; on espère le sursaut ou on déclare notre déclin irrémédiable ; on cherche à mobiliser tel électorat, orienter tel parti, à en créer un nouveau; on ajoute les programmes à l’inaction, bref, on a tout et son contraire ; peu importe d’ailleurs puisqu’on est dans l’énonciation gratuite ou dans la dénonciation routinière.

    Ce livre s’écarte de la manie prédicatrice. Nous n’avons aucune solution dans notre tiroir, aucune réforme salvatrice à proclamer, aucun parti à recommander, aucun programme à soutenir. Nous n’avons d’ailleurs aucune compétence de guérisseur social ni aucune aptitude à la prophétie. Nous avons retenu la leçon des errements de prévision de Marx et Engels, mais aussi la pertinence de leurs analyses. Ce texte consistant à imaginer ce que dirait Marx s’il revenait ; la mondialisation qu’il nous raconterait, nous l’avons écrit particulièrement à l’adresse des jeunes gens qui ont perdu leurs repères dans la trépidation moderne, sous la pression du travail, du fait du manque des lectures que la génération née au cours de la guerre ou peu après, eut, en revanche, la chance de faire[1]

     

     Et s’il n’y avait pas de solution ?

     

    Ou, si elle était si désespérante (ou bien trop tardive ; les dernières   alternatives ou les changements de cap des années 1980 à 90 n’ayant pas été empruntés) qu’il vaudrait mieux fermer les yeux. Alors pourquoi publier ce livre ? D’autant que nous pensons que nos gesticulations intellectuelles sont dérisoires; que les spéculations modifient rarement le cours de l’histoire. Nous croyons toutefois que le moment est venu de prendre le temps de réfléchir. Y compris, si ça n’a aucun effet ! Mais un peu d’intelligence individuelle gagnée ne fera de mal à personne. Les épisodes critiques sont favorables au renouvellement de la pensée vivifiée par l’aiguillon de la nécessité. Quand les caisses sont vides, les têtes s’emplissent d’idées neuves. La conscience s‘éveille. Quand tout paraît sans issue, la lucidité revient.

     

    Et d’abord prenons le parti de rire ! Si on fait un énième livre sur la globalisation, cessons d’être ennuyeux et quitte à être pessimiste, ne nous prenons pas au sérieux. Mis à part de l’ironie, nous ne sommes spécialistes en rien, ni en économie, ni en politique internationale. Ce livre n’a donc aucune excuse. Si nous avons le titre et le métier de sociologue, ceci n’en est pas un traité; nous avons préféré cuisiner une étrange mixture : un peu de fiction (le retour de Marx vivant), des observations sur la vie politique faites sur 20 ou 30 ans, pimentées d’un peu de bon sens qui est la chose, dit-on, la mieux partagée, quoique ce ne soit pas évident de nos jours. Qui sommes-nous pour demander une place dans  l’espace éditorial ? Nous sommes des praticiens de l’enquête. Nous avons des idées politiques, comme tout un chacun, mais pas de finalités politiques déterminées a priori. Nos idées viennent des réflexions, lectures et de nos expériences. Et non exclusivement de nos diplômes ou de quelconques compétences « scientifiques ». Notre avantage, par rapport aux « professeurs », découle de notre pratique, la seule légitime, la moins contestable. L’épreuve des idées soumises au jugement des militants et des électeurs est notre critère du « réalisme » et celui de la pertinence ajustée à une phase historique. Les candidatures à des élections nationales, gagnées ou perdues, les mandats d’élus, les responsabilités d’organisation ne se confondent pas avec la marche aux premiers rangs des défilés ou la présence aux « manifs » rituelles. Nos convictions furent donc forgées dans des actions, dans des élections de villes ouvrières. Les convictions théoriques doivent être avalisées par une majorité d’électeurs sinon elles ne sont pas dignes d’être présentées hormis dans des préfaces engagées ou des actes sectaires. Le jugement électoral, nous n’en faisons pas toutefois un dogme, surtout pas dans les formes actuellement en vigueur du suffrage mis en scène. Notre expérience est donc la seule chose à faire valoir et elle remplace notre impuissance à spéculer hors des réalités

     

     

    [1.

     

    Les  émigrants noyés : Premier Mai =les records sont faits pour être battus

    Depuis le 1er janvier 1232 noyés en mer

    Record d’indifférence et de mépris pour ces Non Européens

    Nous tiendrons ici scrupuleusement  et régulièrement  le compte des noyés

    Pertes et profits  pour les peuples chrétiens

     Bonne soirée!


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  • Retour de Calais

    Compte-rendu pour les amis

     

     Présent à Calais du lundi 25-3 au Vendredi premier avril

     

     

     

    1 Le camp

    2 Les discussions, le travail des associations

    3 L’analyse de la situation : les 3 émigrations, les trois origines  géographiques  

     4 Questions  pour l’avenir. Alternative à la soumission étatique  et à l’anarchie

    sensations  Première vision,  cocasse ; pour aller à la « jungle » je suis le défilé des migrants qui retournent de la ville par petits paquets ( de 3 ou 4). Ils se suivent les uns derrière les autres. On ne peut pas « manquer le train » même si comme moi on situe mal le camp sur le plan. Donc leur emboîter le pas en parfait anonyme. Un groupe de deux Syriens et deux Soudanais  finalement m’associe à leur marche. On parle avec les mains et un sabir arabo-anglais. Première évidence : ils fuient la guerre (toutes les guerres de leurs pays ). N’ont pas envie de mourir et se battre pour une quelconque idéologie.  Je leur parais crédible car ils se confient, je crois sincèrement.  Je les retrouverai un autre jour dans le camp, me sourient, m’appellent  le « teacher » ( car j’ai en bandoulière ma serviette de prof avec papiers, carnet de notes, plan) ; et que j’ai  voulu initialement  entrer en contact avec « l’école »  du camp  . Il me semble que ce surnom me restera les autres jours où je serai connu comme le prof. Tout ça,  dans la bonne humeur et les souvenirs : le Messie de Haendel a été joué là, à Noël

     

                La  deuxième vision est par contre effrayante, une fois la route nationale quittée,  les deux fourgons de CRS  à l’entrée, passés, vue cauchemardesque : un terrain de 4 ou 5 hectares  labourés comme un bombardement ; plus l’action incessante des  Bulldozers , pelleteuses et camions  qui nettoient les  cinq cents « habitations » avant  l’expulsion de la Zone nord ;  serrement de cœur quand, dans les débris, on voit des poupées d‘enfants, un ballon de foot , des habits broyés ou salis, outre un peu de matériel de cuisine traînés  là  qui demeure après l’évacuation. Je  m’approche de la seule cabane : les écoles (deux minuscules « salles »)  où un cours d’anglais  se déroule.  Les panneaux d’indications et les programmes tous en anglais. Je crois voir sur un tableau  une proposition de cours d’art ! La bibliothèque qui devait être garnie avec rangées de livres  brinquebalantes,  sans toit étanche,  maintenant est livrée au mauvais temps([1]).  Pensée pour Victor Hugo dont on lit la célèbre  sentence esquissée au pinceau « Une école qu’on ouvre, c’est une prison qui se ferme » !  Bref, un déluge d’impressions contradictoires. Dans la partie sud du camp qui résiste, le conglomérat de baraques dites « jungle »  me rappelle étrangement ce que les colons appelaient en Algérie, les villages nègres, c’est à dire  les bidonvilles, gourbis des quartiers indigènes à la sortie de la ville européenne.  Ou encore les villages de regroupement en  préfabriqué pour les expulsés des douars. Comme dans des bidonvilles, d’abord : le sentiment absolu de sécurité !! Rien de menaçant, aucun regard méfiant, en dessous,  aucune  interpellation menaçante,  aucune entrave à mes mouvements. Me sens plus en sécurité que dans les  rues de Marseille ou de Grenoble ([2]) Anarchie des « constructions » de fortune avec des rues au sol  boueux, quoique « propre » ;  sauf les ruisseaux recèlent des détritus. Pas d’odeur  nauséabonde non plus : (toilettes sèches). Immensité et  pauvreté des lieux,  la taille  du camp, même réduite de moitié,  correspond à un ghetto  de 6000  hab. Seuls subsistent quelques commerces et  « bistrots », façon squats, c’est à dire bricolés à partir de « rien ».  Sous les tentes ou les baraques, on aperçoit  un réchaud, une caisse comme    table avec des verres, Les rejets de notre société  servent là, ad minima, transformés par de gens inventifs. Peu de bruit : pas de musique arabe ou noire, pas de  haut parleur  (au café,   en sourdine,  table bancale,  minuscule espace). Population  beaucoup plus jeune que je ne le pensais ;  impression d’une majorité des moins de 25 ans ; ils ne mendient pas, ne se plaignent pas. Le camp est leur famille : ils se visitent,  silencieux   de baraque à l’autre, sans trop se mélanger (trop de nationalités différentes ?).Ils vivent en petits groupes  par affinités et non entièrement par nationalité. Ethniquement, on devine trois émigrations : le Moyen –Orient, l’Asie ( Pakistan, Afghanistan, Caucase, et en partie Inde) , la corne de l’Afrique avec ses Egyptiens et ses Noirs.  Pas d’uniformité, pas d’habits traditionnels sauf quelques Afghans ou Pakistanais.  Pas de femmes en vue ou d’enfants, mais une fois le camp vidé, les familles venaient d’être « dégroupées » et mises dans les abris-conteners (malgré leur  réticence d’être enfermés et envoyés de force vers leur pays).  Donc une impression  pas trop déprimante, vu la jeunesse et l’absence de désespoir.  Si on salue le premier,  ils saluent, si on sourit, ils sourient en retour, si on demande un renseignement ils s’arrêtent et tentent de comprendre et d’aider. Dénuement bien sûr  mais aucune fraction des habitants ne joue la victimisation.  Ce qui frappe  cependant est entre eux la double barrière de la langue, et au-delà du mur invisible du ghetto, une aisance urbaine à circuler dans   la ville à coté (4 ou 5 Kms).  Ils la fréquentent peu,  sauf les grandes surfaces  discount. Ils  reviennent rapidement comme si le camp était la sécurité, la  matrice contre les aléas de la police. Quand  ils marchent hors du camp,  c’est  d’un pas rapide et  ne traînent pas ; quand ils parlent c’est vite aussi.  En ville,  ils ne regardent pas les vitrines de luxe  ou les commerces de mode. Ils vont visiter d’autres  compatriotes, ailleurs et paraissent toujours occupés : pas d’oisifs, bien qu’il n’y ait  probablement  peu à faire.  Pas d’attente inactive, le mouvement est l’animation incessante. Dans quels buts ?  Améliorer  l’ordinaire, trouver de menus biens en vue de son confort,  et des choses à cuisiner.  Personne  ne  dévisage l’étranger  de passage. Ils font la queue aux lieux de distribution par les volontaires,  genre « soupes populaires », qu’ils avalent vite debout.  Ambiance d’occupations sans finalité visible mais  des taches inconnues  se pratiquent. Aucun symbole,  ni nom de rue ou de direction. Tous ont l’air de s’y retrouver et chaque quartier parait avoir ses « nationaux ».  Impression d’une communauté  parmi un chaos matériel ; un maëlstrom de mouvements, une circulation incessante, bref une marche en rond 

    En dialoguant  en un sabir ou avec les rares francophones,  on apprend ou on  devine : ils veulent tous  partir en Angleterre et apparaissent sûrs d’y arriver. Donc ils  sont patients  et  déterminés. En contact téléphonique et mails avec l’Outre-Manche et avec leur familles restées au pays. Beaucoup sont des urbains, bien scolarisés, cultivés qui ont voyagé.  Si on  parle  arabe, on apprend qu’ils furent étudiants, informaticiens, agents publics, cadres d’industrie, comptables et instructeurs. L’émigration, là, serait culturelle et antireligieuse,  fuite  face au traditionalisme  de leur société, fuite devant le patriarcat et  l’anti-développement  des régimes féodaux.

    Une seule aversion  leur est commune : l’antimilitarisme ; ils détestent toutes les armées, toutes les limites de mouvement, y compris les ex-talibans, les Irakiens ou ceux venus d’Asie centrale,  après 20  ans de  combats.  Ils furent souvent enrôlés de force, battus et maltraités,  veulent échapper à tous les conflits armés. Ne veulent combattre pour aucun parti, ni clan religieux. Quelques-uns  sont des déserteurs de chez Assad ou Daesch, ont parfois été prisonniers d’un camp ou de l’autre, et cherchent à s’éloigner de cet enfer à brutalité égale.  Ils ont des ordinateurs et des portables qu’ils manipulent, assis à terre, avec un courant  alimenté  de générateurs.  Conditions spartiates dont ils ne se plaignent pas, conscients de leur chance d’avoir mis des milliers de Kms entre eux et le « front ». Ne veulent pas être pris en photos, de peur de représailles contre leurs parents. 

    Mes impressions  sont rapides  et subjectives ; donc à vérifier avant de conclure. Mais  ces rencontres, ce voyage à Calais, sont à faire à tout prix ! Sans risques mais instructives. Je ne le regrette pas  car j’ai appris en 4 jours plus qu’en 4 ans de reportages de médias

     

      II  la longue marche des associations de bénévoles et des collectifs militants. Début d’un mouvement de fond qui fera de ces bénévoles dans 10 ans, des   pionniers,   des soldats de la paix de  cette Europe-contacts qui naît ici ,voire  du futur pays: « l’Eurasie ». La sensation qu’un monde nouveau se créé là, qu’une ère  de relations avec le tiers ou le quart-monde émerge là est très forte.  En tout cas, c’est cette conviction qui m’a conduit  à mon âge à  faire des observations sur cette entreprise, hors du commun et totalement imprévue

    La foule des « assos », les volontaires locaux nombreux, un forum  de toutes sortes d’ ONG  ou petits groupes  internationaux se concentrent  sur  une étroite bordure littorale.  Des militants, partout dans le camp, avec  la même obsession ; secourir dans l’urgence. Une  intense activité, mais sans énervement et à chacune, un secteur  d’action. Souvent regroupées en plateformes, auberges, elles offrent soins, ressources alimentaires ; ces associations au fort dynamisme et sens d’inventif ont improvisé une aide en quelques mois grâce à une organisation spontanée ! Il semble régner  une égalité (entre responsables et la base ?) : est-ce le résultat de  la   jeunesse des « engagés » ? Où à l'automatisme de l’internationalisme coopératif ? (Nombreux pays représentés :40 nationalités de  volontaires  se côtoient là  depuis 5 ans). Donc d’innombrables collectifs, informels ou pas, des grandes ONG  et des inorganisés de la région,  collaborent, indistinctement,  dans une lutte anonyme, sans sigles, sans signes d’appartenance, sans moyens, sans gratifications ; avec une seule visée : être utile et  nourrir 6000 personnes tous les jours. Le sentiment d’estime et de gratitude envers tous  ces  gens dévoués, devrait être entier de la part du reste de la population  française. Une fraction de  nos compatriotes a cependant la certitude inverse. Quand je feuillette le bulletin municipal de Mme Bouchart,  la maire de Calais : deux articles  me frappent,    deux problèmes  ramenés  à une seule solution : « Eradiquez les goélands ( ils saliraient,   crevant les sacs poubelles ; déjections sur les toits ) et  éloignez les migrants. Dans un cas elle préconise la stérilisation....  des nids et  veut chasser les migrants hors de notre vue,  au  titre du projet en cours : faire de Calais, la Saint Tropez  du Nord !

    En parlant en ville avec taxis, commerçants, employés de service, on  devine que cette politique discriminatoire  gêne  bien des administrés. On ne sent vraiment pas d’hostilité forte, en tout cas aucun racisme « petit blanc ».  Les notables « excédés »  sont  néanmoins ceux qui font les  meilleures affaires (hôtels pleins, commerce apparemment pas atteint : des bénévoles étrangers, des touristes  consomment et améliorent les profits hôteliers). Ils profitent  de ça pour que l’Etat déclare la zone sinistrée,  « en catastrophe naturelle ». Le business as usual ?

     

     Dans le centre ville, peu de migrants visibles ou alors très discrets, ils passent vite de peur de la...fourrière ! Les Anglais viennent nombreux pour la journée : hôtels à eux,  une brasserie, un pub irlandais... Ce mélange est très curieux et se vit dans la bonne humeur. Impression que la solidarité internationale  a trouvé là un terrain  d’élection, un lieu de rencontre et de discussion permanente. J’ai visité un « gare » de triage de la récupération des matériaux de construction, de vêtements usagés, de nourriture, un entrepôt, non loin du port,  où s’entassent de montagnes de produits à  distribuer. Chaussures bienvenues, habits chauds recherchés.  .Les policiers   déplacent parfois des groupes de migrants qu’ils  abandonnent loin dans la nature ....et  prennent leurs chaussures pour les immobiliser.  Exclusions dérisoires car ils reviennent toujours 

    En conséquence, ce ramassage au sein de  l’Europe  procure habits, couvertures, sacs de couchage,  tentes,  outils de construction d’abris,  bois de chauffage (débiter les palettes abandonnées au port) . Intense activité autour de ces tas en vrac. Une centaine de bénévoles se relaient, l’air heureux  malgré  la rusticité  du lieu et  chacun fait sa tache sans disputes et apparemment, sans  discussions : une ruche ou mieux une fourmilière où chacun sait parfaitement ce qu’il doit faire et le réalise sans s’arrêter, sans bavarder, sans gêner les divers déménagements.  Des équipes d’Anglaises (à première vue : jeunes filles de 20  à 30 ans, motivées, concentrées) vivent sur l’entrepôt  dans des petites baraques ou caravanes installées là. Propreté malgré la vétusté.  Au sein de ce chaos, on pressent  une logique de fraternité, et  de liberté par l’action. Un ordre de l’efficacité règne sous le désordre.  Impressionnante conviction qui se dégage du fait de l’énergie de la jeunesse inébranlable (recommencer toujours et toujours ce que notre administration et  police démolissent). Les Anglais viennent, me dit-on, par roulement de 15 jours en aide intensive. Partout, on entend plus d’anglais que de français ou d’arabe (manque des traducteurs malgré des bénévoles africains). Une authentique Internationale en faveur des damnés de la terre de Calais!

    Qu’il n’y ait pas beaucoup de  nos compatriotes, hors les  volontaires de la région, est regrettable. On ne voit pas d’étudiants,  militants de nos universités. Pourtant observer ce  cas d’école de concentration  de bonne volonté  et de collaboration extranationale serait unique. On rencontre de nombreux jeunes journalistes free-lance, photographes, cinéastes ; quelques thésards étrangers  recueillant des documents. Une mémoire à construire ? Je le souhaite comme de trouver le futur mémorialiste de cette épopée qui  symbolisera longtemps, un moment de l’histoire de l’Europe et de l’Asie-Afrique

    Insolites, des convois de camions viennent de l’Europe entière et débarquent leurs marchandises . Une  fois  les Belges arrivèrent avec 40 véhicules  emplis de tous les résidus  de la société de consommation (incongruité des contenus: parfois des sous vêtements  féminins ou de luxe !)   Bien sûr  geste maladroit et involontairement « provocateur » pour des  hommes depuis longtemps  coupés des femmes. Au passage : comment fait-on pour qu’une cohorte   de 5000 jeunes gens  se contrôlent,  soient en tous points respectueux de l’autre sexe, ne le  dévisage pas, ni ne pratique invites, ou  allusions douteuses ; bien entendu  des maffias, (Russes ? très présents en ville de Calais à l’affût d’affaires)  ont  installé un bordel de « campagne »,

    On présumera que la  retenue de la part de milliers de jeunes gens coupés de relations féminines, n’est pas uniquement   due à l’appréhension  de l’expulsion mais, je pense,  plutôt à leur culture familiale, une relation  moderne  entre jeunes des deux sexes : On  signale quelques  viols aussi.. par des CRS !). Quand on  sait  la violence sexuelle exercée par nos soldats  durant les guerres coloniales  –où celle, actuelles, des soldats  des forces d’interposition ONU, au Mali, République centrafricaine ,on ne peut   qu’apprécier la différence de mentalité et  une distinction  native,  entre une soi disant civilisation et  la barbarie,  différences qui ne sont pas là où on les croit

    J’ai assisté à 2 réunions de collectifs d’aide  à Calais- même. Là aussi une bonne surprise : pas de rite ni de bavardage creux,   pas de hiérarchie avérée ;  pas d’autoritarisme de leader, pas de contrainte sur sujets et temps de parole. Sur  la trentaine de  militants observés :   jeunesse manifeste ; tous  moins de 30 ans plus  trois ou 4 sexagénaires.  Mélange sans problème et sans  imposition  d’ordre d’intervention ou d’un droit de parole d’aînesse. Tous les participants semblent respecter un temps équivalent à celui des autres. Personne ne monopolise un avis. Là, donc changement total par rapport aux discussion militantes.  Peu de conflits de personnes ; peu de polémiques entre associations : il faut être direct, rapide, efficace dans la prise de décision et  la réalisation des taches

    Cette nouvelle démocratie  de base a-t-elle  demandé un  gros effort, est-elle une contrainte de la situation ?les ego politiques semblent disparus dans une logique d’urgence d’action. Pour celui qui a vécu l’inverse, dans les années antérieures, des mouvements activistes,  c’est un événement à réfléchir D’autant plus surprenant que les origines  et les caractéristiques de la dizaine d’associations présentes  sont variées, incluant des divergences probablement, mais elles n’entravent pas le collectif . Pas de complaisance  à soi, pas de valorisation de son propre groupe. Les sujets évoqués sont la diffusion des informations données par chaque  association ou collectif pour son secteur  au sujet  de l’état de santé  (par exemple les grévistes de la faim); les répliques à l’Etat et à la police ;  les réactions en cours par les personnels et autres actions en  cours justice saisie des instances internationales, un recensement de la population. Je résume excessivement 2 h. 30 de discussions.  Pour  celui qui   abhorre la volonté  ordinaire de se mettre en avant,  la sélection (dureté des actes à mener,  conditions de travail précaires)  engendre des acteurs réalistes et  dynamiques  pour qui l’engagement semble aller de soi.  On ne parle pas des difficultés ordinairesà   se faire entendre de  l’extérieur.   Tous Volontaires  sans complainte, une volonté de se battre contre l’apathie générale malgré l’indifférence des partis locaux et  la pression des groupes fascisants

     Les interventions portent sur la stratégie  à court terme. Les discussions sont basiques et réalistes : résoudrent des cas particuliers ; familles dispersées par la police qui dispatche et ou sépare parents et enfants. Parmi les militants  (en majorité de femmes), plusieurs nationalités,  notamment d’ avocats et personnels de santé  (je n’ai pas vu d’enseignants) se battent sur ce front depuis 3 ou 4 ans (ils étaient là  pour Sangate)

    Quelques  points de l’ordre du jour : les recours, plaintes déposées,  enquêtes pour étayer un dossier,  affectations par la préfecture des abris et destinations,  évacuation des squats  ou assignement et  l’attribution  du  papier (demande d’asile) «  le fameux papier » qui donne le minimum d’existence  face à l’expulsion ou aux  menaces policières ( chez les CRS on   devine deux extrêmes :  tolérance et même bienveillance dans les contrôles ou bien animosité  et violences gratuites : un coup de matraque sur la tête sans raison , en passant)

     

     

     

     

     3 Part du compte–rendu adressé : « Aux camarades » ( et à la mémoire de l’un d’eux, récemment disparu à 38 ans : Max Brichet)

     

     

    Les attentes  à l’égard de la démocratie et de la république ressenties au cours de mes discussions avec des militants de Calais, devenus vite des amis (qui m’ont facilité l’accès) s’appuient, -je le dis avec tout le respect à l’égard  de leur action-, plus que je ne le pensais, sur des  schémas où le rôle de l’Etat reste prédominant.  Ils sont  étonnamment à la fois très critiques et légalistes. Les recherches de solutions qu’ils poursuivent avec acharnement  passent  toutes par la justice civile, administrative ou internationale (faire condamner par la Cour Européenne de justice ; l’appel aux Droits de l’Homme) ,bref mobiliser la conscience des élus et des électeurs,  s’appuyer  tout en les critiquant sur les organes locaux du pouvoir. Et ceci est bien naturel .Premier adversaire : l’Etat, dont l’absence de volonté de solutions humaines  aux migrations est manifeste, mais aussi qui représente contradictoirement, le seul et unique remède (à part l’action citoyenne) . Pas d’autre  « sortie » sinon la violence  pour la violence. Car en face de la force publique et de la loi,  il n’y a rien,  sinon la violence en réponse; les anarchistes au coup par coup ;; l’extrême -gauche agitatrice qui tentent  d’opposer une réponse constructive de féderations d'associations; celle de la république indigne et inhumaine. Entre ces deux  extrêmes :pas d’alternative. Apparemment on ne pourrait sortir du piège actuel  du  manichéisme. Selon l’opinion, si on abandonne le  « modèle » du régime démocratique dominant, même  pourrissant, on tombe dans le nihilisme ou  l’opposition stérile et systématique

    Or, il existe des issues qui nous paraissent, à nous, naturelles.  De vrais exemples et de vraies expériences sur deux siècles  manifestent le contraire du fixisme et de l’immobilisme. Et quand nous leur en faisons part,  ils sont surpris. Les  idées que nous avons abandonnées, nous, il y a longtemps, à base de clichés, de tutelle de la pensée dominante, de catégories de raisonnement devenues obsolètes,  sont-elles trop lourdes à soulever? Entre le système Gauche/Droite qui a pu être un moyen de classement et d’analyse  et qui ne l’est plus depuis 20 ans  (ou même avant) que faire ?  Nous savons  qu’il y a  d’autres voies. Si on n’accepte pas la république et la démocratie actuellement en vigueur, on tomberait dans le chaos ! Non !il suffit d’inventer, de montrer un peu d’imagination historique ; la pauvreté des idées et le conformisme de débat est déprimante. Tous les volontaires, engagés avec qui j’ai discuté, n’imaginent pas  des solutions moyennes. Ils tombent des nues quand je leur dis que nous, notre groupe (c’est-à-dire rien ; personne ; c’est vrai)  avons pensé à la transition vers une autre République très différente, mieux adaptée  au temps, meilleure en résultats que celle qui s’effondre (qui n’a jamais  été convaincante, ex : les épisodes coloniaux)  et qu‘une  démocratie enrichie peu  dépasser celle que nos aïeux ont inventée.

    Quand j’évoque les moyens techniques juridiques dont, nous, nous parlons tous les jours et qui nous semblent évidents,ils restent attentifs mais incrédules comme si les jeux était fait depuis 2 siècles, les normes intouchables, les codes, sacrés puisqu’ ils viendraient de « 89 » ! Gauche / Droite même combat : les « gaudro » comme on dit entre nous, confusion des valeurs et des partis. C’est  simple, pour nous qui avons pensé le combat G/D comme illusoire depuis la guerre d’Algérie et qui avons esquissé des solutions autres

    C’est ce fossé de croyances possibles, le réalisme ordinaire, qui nous sépare des meilleurs militants de Calais  ou d’ailleurs, et qui me fait vous dire que nous avons du pain sur la planche, camarades, pour justifier les solutions  banales, pour nous, démocrates et républicains, mais d’une autre sorte. Alors Calais m’a fait sentir que nous devions combler le fossé,  et redoubler d’efforts  de diffusion de ce qui est pour nous si manifeste ; les  bénévoles qui  oeuvrent et qui sont la régénération au nom de la libération de migrants  devraient être pour nous, le premier public. Les migrants n’échapperont au destin funeste que si la conscience politique française est « révolutionnée ». Mais notre aveuglement ne date pas d’hier, il est historique ; le gaspillage de notre enseignement est ahurissant, idem la pauvreté de notre recherche universitaire.  

    Aux armes, amis,  stylos,  blogs,  exposés  publics : le boulot nous attend et commence  sur ce bord de France !  

    La République  actuelle est fausse bonne idée, la démocratie est fictive  dans les faits et dans les réalisations : il nous faut de la patience, de la pédagogie  et accepter le refus de institutions installées, l’académisme, le journalisme que nous vivons tous les jours,  en lanceur d’alertes   de la médiocrité intellectuelle. Vous savez le sort fait à nos conceptions sur la vie et la fin  des républiques qui ne fait pas débat. Vous le savez, camarades : ce chemin  clandestin sur le web évoqué souvent  entre nous, et le livre quasi collectif ([3] ) qui  en est issu raconte les cas vécus  de républiques fortes ou faibles, vivantes ou en  morts  cérébrales. Toutes les innovations ayant vu le jour doivent être connues. Je rappelle quelques inventions de nos ancêtres de toutes nationalités ;  représentation élective ou tirage au sort sélectif, choix locaux ou nationaux, contrôle des élus par des jurys populaires ? Des quotas de certaines professions ou certains secteurs parmi les élus ?  Droit de vote  ou droit à l’accès au scrutin il faut choisir ! Beaucoup de choses ont été tentées et ont  réussi ailleurs dans l’histoire républicaine.  Nous, on reste bloqué sur notre Révolution de 89.  Le suffrage universel doit être revu  afin que la fausse égalité « un Homme, une voix »  soit atténuée car formelle  ainsi que l’éligibilité à base de la fortune et des dépenses personnelles à   salarier des agents de propagande. Que soient  réhabilités le vote de groupes en collectifs acteurs, et la gratuité de candidature soutenues par des régions ou  des professions

    La limitation des droits de la propriété, notamment  celle économique cruciale imposerait  un  non droit à l’héritage au-delà de 2 générations ; les portefeuilles d’actions et les  fonds  hérités seraient plafonnés. Surveillance des propriétés associatives extensives, la propriété privée, elle même,    ne peut être sans limites ; celle d’entreprise doit être surveillée (corps d’avocats publics à ce service) ;  les directions  ne seraient pas de droit divin mais renouvelables par tirage au sort ou issues  d’horizons variés ;  les groupes de taille mondiale doivent être surveillés et particulièrement la propriété des grands médias et des éditions. Ils nous dictent ce qu’il faut penser aujourd’hui, ce que nous devons croire, comme seules solutions. Notre manque d’imagination créatrice est  funeste et nous renvoie aux vieilles lunes dont se servent de piètres  opportunistes  dans nos organes de pouvoir

     Des anthropologues (Jack Goody le plus connu),  de nombreux historiens ont étudié les diverses républiques dans le temps et par le monde.  Elles ont connu des expériences incomparables et des solutions ingénieuses, riches, aux contradictions parfois fécondes. Nous n’en savons rien puisqu’on ne les étudie jamais en série.  Notre ignorance rétrospective est insondable et personne au sommet ne nous aide, ni n’incite, puisque le mot d’ordre de tout pouvoir est le pouvoir en soi.  La complexité des cas démocratiques  inventés depuis l’Antiquité mérite une réflexion comparative. La diversité des situations mondiales doit faire sortir l’Europe de son enclos frileux

    Par exemple :

    Le mode de gestion des élus devra être contrôlé par les électeurs : refus de mandats successifs ;  mélange  obligatoire des professions à L’Assemblée  Nationales où seules  une quinzaine de professions sont surreprésentées .Chercher des équilibres dans le mélange  des expériences professionnelles vécues par les députés et mélange des compétences des élus. Mille solutions et mille suggestions ont été analysées dans le passé et expérimentées Mais les juristes se taisent et c’est les moins bien placés d’entre eux qui parlent. Donc refuser la professionnalisation des politiciens, à vie. Renouveler  les écoles de formation à la politique et  interdire l’autosélection des élites qui gouvernent depuis 50 ans en puisant dans le même vivier de scolarisation « diplômé ès études politiques » ; de là la sclérose des vedettes en politique  ,leur étroitesse d’esprit  et leur absence de sens pratique

     De nombreuses autres solutions ont été trouvées dans la longue histoire des Républiques -notamment sur le mode de scrutin (ni majoritaire, ni proportionnel par quotas de grands secteurs économiques nationaux). Le mode de représentation : abandon du « Un homme-une voix », au profit des choix de votes multiples, pour des individus en charge de la Nation  (actifs/ jeunes parents)

    -Sur les modalités de vote : rapprocher les  urnes et les bureaux, des cités et des quartiers, les étaler sur plusieurs jours pour intéresser la population qui est actuellement exclue (lourdeur des procédures et  immobilisation du lieu de vote). Votes de groupes ou d’associations qui auraient droit  de parole au mode d’élection; les urnes sur les lieux de vie  et les cités faciliteraient  un scrutin adapté au mode de vie. Tout ceci a été expérimenté  et a marché au profit de la mobilité et de l’ouverture. Depuis 50 ans aucune idée nouvelle des constitutionnalistes, hors de  leur petit terrain,  n’a vu le jour.  La culture historique s’est étiolée

    -Un corps de comptables itinérants comme ceux de la Cour des comptes assurerait la  surveillance de la grande corruption et la peine capitale pour les récidivistes.   Renouvellement obligatoire des assemblées élues par interdiction de deux mandats (la Constituante l’avait fait en 1791,  sinon autosatisfaction permanente des élus)

    Notre sens critique est émoussé, les initiatives sont étouffées. Nous avons perdu toute imagination. Cependant l’étendue de l’expertise des  diverses républiques, bien sûr toutes mortelles, permettra la réflexion sur forces et moyens, sur progressisme et conservatisme,  succès et échecs.

    Un répertoire de création  d’idées neuves  en  amélioration démocratique  sera ouvert.

    A vos tribunes !!

    Et  Merci à Calais  si ce fut le point de départ du renouvellement

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    [1] Pancarte qui survit dans les ruines « Ecole laïque des dunes ». Quelques graffitis  sur ce qui reste de l’ « église » (genre étable de Bethlehem) : « La France se prostitue  sur les trottoirs des dictatures du monde »

    [2] Anecdote cocasse :  avant le départ j’ai fait l’expérience de la menace; allant à la gare avec ma valise, sur le trottoir d’une avenue passante, je me suis porté sans le temps de réfléchir au secours d’une  conductrice qui, se garant, ouvre sa fenêtre et se voir dérobée  par un homme, de sa bourse, le sac et le portable sur le siège. Elle les agrippe, l’homme tire par la vitre et secoue; je suis à pied, et saisis entre les deux,  la lanière tirée par  chacun : je demande poliment  au voleur de « laisser la dame tranquille ». Je reçois un coup de pied au ventre, genre boxe  libre ou karaté, et  suis cul à terre. L’homme qui arrache,  part en courant ;  une leçon : Moi ?  Vouloir porter secours à une femme ?   Pas deux fois !

    [3]  Cf.Nos publications, ou celles introuvables telle ; « La mort des républiques »  : site Mondialisation et Histoire (Peneff et al.)


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  • Le texte correspondant aux essais de médicaments suite au décès d'un testeur faisant suite à la lettre ouverte à Mme la Ministre Marisol Touraine se trouve sur  mon blog particulier jeanpeneff.eklablog.com

     

     

     

     

     

     

    Lettre envoyée par Eric Chabauty ( auteur du livre "7 jours à Calais" voir plus bas , à la fin du Chant des Emigrants) à Mme la Maire de Calais début décembre, avant les élections régionales

    Les médias ont relayé en début de semaine passée (lundi 19 octobre) la proposition de la sénatrice, maire LR de Calais, Natacha Bouchart d’envoyer l’armée pour rétablir une situation qu’elle estime « incontrôlable » dans un bidonville où elle n’a jamais mis les pieds mais où vivent désormais six mille migrants qui cherchent à gagner l’Angleterre. Dès le lendemain de cette annonce, le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve s’est rendu pour la septième fois à Calais avec un contingent supplémentaire de policiers, à défaut des soldats réclamés par l’élue qui admet « ne pas trop savoir ce qui se passe à l’intérieur » de la « new jungle ».

    Suggérons donc à l’élue responsable de s’y rendre sans plus tarder, sans oublier d’enfiler ses bottes, avant de balancer ce genre de proposition. Pour voir comment vit cette jungle, dont elle a été une des instigatrices en chassant les réfugiés de sa ville avec l’aide de la force publique. L’accès y est facile. Pas de barrière. Pas de gardiens à la solde des mafias trafiquantes aux portes de cette ville précaire. Elle aurait vu dans quelles conditions survivent ces milliers de personnes, dont plusieurs centaines de femmes et d’enfants, au milieu d’ajoncs impénétrables et coupants, sur des chemins de traverses inondés à la moindre ondée. C’est dans cet espace dunaire, inhospitalier, qu’après Calais et Mack, s’est constituée, en deux mois, la troisième ville du Calaisis selon la Voix du Nord. Un gros bourg avec ses quartiers communautaires, ses places publiques, ses petits commerces, ses écoles, ses églises. Est-ce pour autant qu’il faille donner l’armée dans cet entassement de tentes et de baraques où les « rues » ne sont pas au cordeau ?
    Sur place, à quatre kilomètres à vol d’oiseau de l’imposant beffroi de l’hôtel de ville, la maire de Calais aurait découvert l’activité fourmillante et continue depuis l’été de bénévoles britanniques, jeunes et moins jeunes, qui soutiennent voire suppléent des bénévoles locaux sur les rotules. Elle aurait mesuré l’effet de cet élan dans l’émergence de plusieurs dizaines d’abris à ossature bois conçus et isolés pour résister au vent et à la pluie. Dire que les associations britanniques sont pour beaucoup dans l’érection de cette ville-jungle est une évidence. Il vaut mieux parler anglais quand on veut comprendre ce qui se passe réellement, et non de façon fantasmée, dans la new jungle. Natacha Bouchart ne parle pas l’anglais. Elle n’est pas la seule. Mais faut-il pour autant y envoyer l’armée ?
    Il lui aurait suffi de faire comme nous, de prendre un thé ou manger une paratha, la galette de pain afghane, dans une des échoppes qui ont émergé sur ce bout de terre « urbanisé » contre toute logique. Elle aurait constaté que, malgré le peu d’engagement de ses services– les associations de bénévoles ne lui connaissent qu’un seul véritable investissement dans l’aménagement d’une butte entre le bidonville et un lotissement dont il fallait, sans doute, préserver la vue de ses résidents - s’est constituée une ville monde qui pourrait préfigurer, comme l’affirme l’architecte Cyrille Hanappe, qui s’est rendu sur place avec ses étudiants, un lieu de vie « amélioré par le haut». Une ville-monde aménagée en s’appuyant sur le savoir-faire de ses occupants. Tout le contraire des camps HCR où se figent sans espoir, des années durant, des populations exilées.

    Les réfugiés en transit à Calais méritent mieux que le bidonville actuel, plus et mieux que le camp de tentes chauffées de mille cinq cents places proposé par le premier ministre Manuel Valls. Un camp de cent vingt tentes qui ne sera installé qu’au plus fort de l’hiver et au prix fort : vingt-cinq millions d’euros. En attendant, l’Etat, qui le financera, n’a pas les moyens de combler les cheminements inondées, d’installer des points d’eau et des douches en nombre suffisant, d’assurer un ramassage régulier des ordures dans la new jungle. Ses atermoiements sont inadmissibles et propres à alimenter un climat délétère, pas forcément dans la new jungle mais à Calais et ailleurs, un climat dont tire profit l’extrême droite donnée gagnante dans le nord aux élections régionales.
    L’idée saugrenue d’envoyer l’armée dans la new jungle vise-t-elle, plus prosaïquement, à rebattre les cartes à quelques semaines de l’échéance électorale ? Natacha Bouchart, deuxième sur la liste LR du Nord Pas-de-Calais, n’en est pas à son coup d’essai. Avant les municipales de 2014, la maire sortante avait invité sur sa page Facebook les électeurs calaisiens à dénoncer les squats en ville, une initiative qui avait contribué à sa réélection… Aujourd’hui, plus question de délation, les squats et les camps en ville ont été évacués par les forces aux ordres du ministre socialiste de l’Intérieur. Le coup de l’armée arrive à propos pour rappeler aux impatients et aux apeurés qu’on s’occupe des migrants, moins visibles mais tellement plus nombreux dans un endroit dont on dit tant de choses… un endroit dont on feint de découvrir aujourd’hui qu’il se trouve en partie sur une zone Seveso. Un bon prétexte pour invoquer, un de ces quatre, la nécessité le faire évacuer manu militari.

    La France et Calais n’auraient-elles pourtant pas tout à gagner en facilitant le flux, dans la dignité, des réfugiés ? Il y a treize ans, fermait le camp de Sangatte qui a vu transiter en trois ans quelque soixante-huit mille personnes. Cette expérience aurait dû être mise à profit par les autorités pour prévenir les migrations suivantes et faciliter le passage des réfugiés, en leur proposant des cadres décents, respectueux de leur dignité. Aujourd’hui, les droits fondamentaux des réfugiés ne sont pas respectés dans ce coin de France, comme l’a rappelé le Défenseur des droits Jacques Toubon qui en passant, a vertement répondu, dans une tribune parue dans Libération, aux attaques dont il a fait l’objet de la part du gouvernement de gauche, qui utilise les mêmes arguments que la droite quand elle était au pouvoir, en opposant les pauvres d’ici aux pauvres d’ailleurs. Attitude indigne, indécente où le citoyen, peu au fait de la situation réelle, est dans l’obligation de se prononcer, de trancher. Alors quand une personnalité politique, responsable et appréciée dans sa ville, propose l’armée comme panacée, qui trompe-t-elle, sinon ses administrés, qui se raccrochent à quelques formules aussi odieuses qu’irréalistes (« tous les étrangers dehors ! ») ?

    Qu’avons-nous vu, en réalité, dans la new jungle ? Un endroit accessible, sans filtrage. Un dénuement flagrant, bien sûr, qui s’étale au détour des abris de fortune, éparpillés sur des dunes rabotées, des détritus omniprésents aussi tenaces que l’entrelacs inextricable d’une végétation revêche. Nous avons aussi vu les manifestations multiples d’une volonté collective de vivre mieux dans ce grand désordre, d’atténuer les souffrances physiques et mentales du quotidien à travers une flopée de services et de petits commerces, de lieux d’échanges et de partage. Nous avons vu des équipes sanitaires efficaces au milieu de cette ville champignon structurée, autour de deux voies qui se croisent, tracées à la hâte par quelques bulls après les demandes réitérées des bénévoles, des poteaux électriques, également dressés à la hâte, quelques points d’eau, trois ou cinq, guère plus, comprenant chacun une demi-douzaine de robinets raccordés à un tuyau fixé sur des dalles de béton surélevées. Pour plus de six mille personnes, c’est ridicule… Nous avons vu des camionnettes d’associations anglaises distribuant des repas à celles et ceux qui n’ont pas eu à manger au centre Jules-Ferry, en face de la new jungle, qui distribue deux mille cinq cent cinquante repas chaque jour. Un centre uniquement ouvert à une centaine de femmes et d’enfants, dont la capacité doit être triplée, c dans les mois à venir. Nous avons vu des Anglais, opposés à la politique de fermeture du gouvernement Cameron, arrivés à point nommé pour soulager des associations locales, usées avec le temps, par les obstacles et l’ampleur d’une tâche qui ne cesse d’augmenter. Certaines, comme l’Auberge des migrants, ont remis en cause leur fonctionnement, levant le pied sur la distribution de la nourriture, pour servir de plateforme et de relais logistiques aux « bâtisseurs » d’Outre-Manche.
    C’est entendu, les autorités anglaises ne veulent pas voir les réfugiés débarquer à Douvres. Mais plutôt que de répéter ad nauseum que c’est leur faute (et celle des migrants qui s’obstinent) si Calais est dans l’impasse, nos politiques ne doivent pas oublier qu’ils ont approuvé le traité du Touquet en 2003 permettant aux douaniers anglais de travailler sur le territoire national avec le soutien efficace et zélé de nos gabelous et de nos gendarmes. Ils ne doivent pas non plus oublier que l’Etat français accepte les aides financières conséquentes octroyés par ces Anglais honnis pour doubler les grillages rehaussés et surmontés de barbelés sur des kilomètres autour des zones d’embarquement ferry et du tunnel sous la Manche.

    Par endroits, Calais ressemble à Berlin au temps du rideau de fer.

    Nous avons enfin vu un Etat de droit incapable d’anticiper et de répondre dignement à la demande de paix à ces gens en transit, rescapé de la guerre. La seule réponse de Bernard Cazeneuve à la situation actuelle ? L’envoi de quatre cent soixante policiers et gendarmes supplémentaires, ajoutés au mille trois cents déjà comptabilisés sur place. Natacha Bouchart doit être contente.
    Les Calaisiens se plaignent d’une image négative de leur ville. Mais rendre les migrants responsables de la situation est faux, inacceptable. Laisser plusieurs milliers de réfugiés dans le plus complet dénuement à la vue de tout le monde renvoie effectivement une image désastreuse de la ville, du Calaisis et de la France


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  • Le chant des Emigrants

     

    Ami entends –tu le cri des assiégés de Calais ? Ami, entends-tu le bruit sourd de ceux qui se sont mis en marche, ceux qui vont à leur rencontre, ceux qui abandonnent toits et champs, bureaux ou usines, loisirs et routine pour leur tendre la main ? Tout un peuple s’est mis en mouvement venu des profondeurs du pays, un large part de l’Europe généreuse pour les délivrer des partis figés, rancis de préjugés, à l’égard des enfermés, les parqués dont on ne veut nulle part sinon les faire tourner en rond . De partout la volonté de rejoindre Calais se fait jour. Calais devient l’emblème de l’esprit de fraternité et solidarité. Parmi ces bénévoles il y avait ceux qui proclamaient ni Dieu ni maître, se disaient bleus et rouges ou d’autres couleurs , ceux qui chantaient « Allons, enfants de la patrie », ceux qui entonnaient une Internationale des damnés de la terre, ou d’autres criaient « Allah est grand »; ceux qui pardonnaient les offenses et donnaient leur pain quotidien, ceux qui aimaient la république généreuse et ceux qui ne l’aimaient guère ; tous se voulaient citoyens du monde en recevant les étrangers qui demandaient asile Tous voulaient le partage, la solidarité, la fraternité des races et des religions. Fini le chauvinisme ou le faux patriotisme ; nous irons tous à Calais pour accueillir dignement la jeunesse du monde !

     

    Français de courte mémoire, souviens-toi que tes parents ou grands parents de Calais et de tout le Nord, en situation d’exode massif, ont trouvé refuge, réconfort et abri chez les Français du Sud par milliers au printemps de 1940. Faut-il gommer aussi les centaines de milliers de réfugiés, les déplacements massifs et violents que nous avons suscités lors de guerres coloniales dans les pays limitrophes - Signé Un Français de Toulouse qui a participé aux deux : l’accueil de nos compatriotes en détresse et le nettoyage des indigènes.... avec la force de l’armée et la bénédiction déjà des pouvoirs socialistes. Merci à Guy Mollet, Lacoste, Lejeune... qui doivent exulter là-haut de leur digne successeur : notre Caseneuve, qui, en guise de mémoire, à une case vide) A proportion démographique relative d’époque, les USA ont accueilli le même nombre de migrants européens et asiatiques, en soixante dix ans : 50 millions qui ont vivifié, régénéré, dynamisé et construit l’Amérique dans un melting pot réussi quand les Noirs du sud les ont rejoints. (Une seule compagnie de 1873 à 1934 a transporté plus de 2 millions de migrants d’Anvers à New-York)

    Alors oui ! Saisissons cette immense chance de rénover l’Europe, de la rajeunir et ensemble construisons, un siècle après, un autre grand continent ouvert et fraternel, grâce à ces arrivées de jeunes dynamiques, travailleurs et résolus et puis appelons-le de façon méritée : Les Etats-Unis d’Europe

    Voir un des deniers livres témoignage, très documenté et travaillé : Sept jours à Calais de Eric Chabauty, Pierre Freyburger, et photos de Luc Georges (collection Les portes de l’Europe), Médiapop Editions , 2015


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     Le témoignage  en question se trouve sur mon blog  jeanpeneff.eklablog.com

    Lettre ouverte à Madame la Ministre de la santé :
    Marisol Touraine


    Vous avez été choquée et émue comme nous d’apprendre la mort d’un testeur de médicament cinq dans un état grave à Rennes. Votre indignation n’était pas feinte. Vous avez argumenté que le fait est inédit, sans précèdent : qu’en savez vous ? Comment sont réalisés ces essais ? Vous avez des informations fiables ? À partir des rapports officiels, de comptes rendus obligatoires, des résultats de votre administration ?
    Alors , Madame la Ministre, permettez moi un ex-cursus ; une expérimentation in vivo. Nous, nous sommes allés voir de près, de l’intérieur, ce qui se passe dans les coulisses au cours de ces journées où les essayeurs qui louent leur corps à la science sont enfermés et « traités ». Le plus courageux d’entre nous a testé plusieurs laboratoires et médicaments à risque. Son retour d’expérience est surprenant. Nous, plus prudents, nous n’avons emprunté que le rôle d’aide-soignant, de brancardier, de secouriste, ou de visiteur médical pendant plusieurs mois dans le privé et public afin de saisir la face cachée du monde médical, les coulisses de cette grande profession et les réalités derrière les bonnes paroles apaisantes. Tout ceci a été publié et sans écho bien sûr ! Le bilan que nous avons apporté ; personne ne voulut l’entendre il y a dix ans de cela

    Mais restons sur les essais thérapeutiques. Au départ, sur les processus, tout, dans les tests ( selon le niveau 1, 2, ou 3 ou la caractéristiques de dangerosité) est conforme. Est-ce seulement en apparence ? Il faut être angélique pour croire que de si nombreux textes prescriptifs, de Codes éthiques, de protocoles si bien encadrés, de lois sévères, de contrôles annoncés à l’avance, n’engendrent pas tout de même des erreurs ou des ratés, vu leur nombre et leur éparpillement. Les labos commanditaires ne seraient pas victimes ou responsables de détournements des lois, et des erreurs s’y produiraient ? Derrière la pratique variable selon les cliniques, les pays, leurs normes éthiques, il serait miraculeux que sur les 700000 essais annuels il n’y ait aucune méprise, aucun dérapage ? Envoyez quelqu’un de votre ministère en anonyme se soumettre à un essai, vous connaîtrez la situation de « patients » acceptant les plus grands dangers en raison de leurs conditions sociables. Les conditions sanitaires ne sont pas égales bien sûr partout, on n’est pas l’Inde, grand pourvoyeur de corps et de vie pour les bienfaits de la médecine moderne

    Ce que nous avons vu, connu mais sont des faits réels, des applications authentiques mais détournées par manque de personnels («économie » des labos pharmaceutiques) ou par leur nombre qui rend les prescriptions contreproductives , du moins impuissantes. Telle est en résumé la conclusion apportées par un cobaye sociologue qui s’est soumis à une dizaine de protocoles afin de saisir les conditions en coulisses. L’ écart est ahurissant (comme dans la vie ordinaire, encadrée, , si surveillée qu’elle laisse passer par la masse des validations, les protections. L’ écran, comme dans la fraude fiscale, le droit du travail, jette un voile pudique pour sauver les apparences en fonction de la précaution juridique. Une preuve des contrôles bâclés car impossibles ? l’ (ex) AMA reçoit pour l’agrément 30 ou 40 dossiers de tests par jour ; ça fait 5 ou 6000 pages à vérifier quotidiennement !Où est le personnel disponible ? Les conflits d’intérêts existent ici aussi ; le test est noyé dans un méli-mélo de définitions arbitraires, de règlements tatillons et donc invisibles. La non transparence du fait de la concurrence des labos, pressés de trouver a molécule « miracle », est de principe. Le brouillage est dans le cas qui nous interpelle, exemplaire : pour un médicament portugais, 4 pays éparpillent les procédures successives : « C’est pas moi, c’est le voisin » , Tchéquie, Grèce, France. Comme pour les finances, elle aussi encadrées, dans la cas présent, la délégation à des sociétés écrans a provoqué l’opacité

    La face cachée des essais conventionnels (les conditions d’hébergement, la mise en isolement, la surveillance infirmière), personne ne l’a vérifiée en situation réelle. L’historien de la médecine travaille sur témoignages écrits et archivés, le politologue n’examine que les textes et le contenu des jurisprudences, la recherche médicale se contente de rapports officiels et des protocoles écrits, le journaliste de fait divers, en coup de vent, peut apporter un témoignage mais ils ne se soumettent à aucun test. Le monde medico-pharmaceutique complexe et opaque ne eut être pénétré que par le chercheur patient qui ne se satisfait pas d’interviewer avec naïveté, c'est-à-dire un socio-etnomogue

    Il y a plusieurs centaines de cliniques privées qui ont vu là un filon juteux : Qui connaît leurs « clientèles » ? Nul n’a recensé les candidats. Vous dites :« ils sont protégés car on ne tolère pas plus pas plus de 3 tests par an par individu ». Pas de fichier des testeurs ! Donc chaque année, 40 000 personnes tente leur « chance »en mettant en jeu leur santé. Mais aucune liste nationale, aucun contrôle possible sinon leur parole. Or, ils sont chômeurs, au fond du trou, et acceptent les conditions les plus risquées. Personne ne leur demande leur avis, ni ne les recense. Alors quand vous êtes chômeur, pour nourrir votre famille, vous prenez le circuit de ville à ville pour tous les essais proposés et pour rentabiliser le passage, les testeurs quasi professionnels acceptent les mieux payés qui sont les plus lourds. Le résultat est qu’on les sacrifie au progrès : par précipitation, manque de personnel qualifié, de médecins surchargés. Les conditions de travail dans ces cliniques privées sont éprouvantes.
    Après, l’accident survenu, nous jouons aux innocents offensés !! Ah on ne savait pas ! Si ! si ! on savait ; en effet le sociologue est le seul ne se fiant pas aux engagements officiels mesure l’écart entre la loi et la réalité et qui découvre des errements, des embrouillages derrière des surveillances médicales vérifiables de l’ANSM ou du Comité de protection des personnes.

    Tout ceci nous l’avons vu, « essayé », éprouvé mais qui s’en soucie ? Qui nous lit ? Qui nous écoute ?Le sociologue participant est le seul scientifique à aller voir de près le réel en devenant, qui, membre des équipes, qui, un sujet cobaye pour savoir par l’épreuve. Justement votre père avait initié ce mode de preuve ; oh ! timidement, il ...était descendu à la mine à 20 ans par curiosité, pas pour travailler bien sûr ! Mais Friedman l’incitait lui, et ses camarades, à affronter directement sans intermédiaire, la réalité Nous n’avons pas oublié son exemple et l’avons systématisé

    Madame la ministre, de grâce, ne dites jamais : « c’est la première fois que ça arrive, c’est sans précèdent, c’est une erreur inédite ». Nous avons découvert des aspects ahurissants aux conséquences graves, effacées par quelques indemnités en dessous de table contre la promesse de ne pas poursuivre dans le cas d’accident thérapeutique. Avec de l’argent, on compense tous les cas qui ne sont pas anodins bien qu’ils détruisent à la longue la santé de ceux qui se contraignent de s’y soumettre : argent gagné, vite fait ; pas besoin de s’inscrire longtemps avant et pas de concurrence pour les places dangereuses
    On nous avait prévenus que c’était des étudiants surtout qui se présentaient ; oui certains, pour les test anodins : les cosmétiques, les produits de dermato etc. Ah si ! Ça vous intéressera, vous qui venez d’une famille de médecins : quand nous avons rencontré des étudiants désargentés il n’y avait aucun étudiant de médecine et de pharmacie
    Voila pourquoi Madame la Ministre, vous ne saurez rien, comme d’habitude et si nous avons publié ce qu’on a expérimenté dans notre chair, cela restera une conviction intime, la cicatrice d’une société du profit contre les hommes. Je vous raconte le récit rapporté par le plus courageux d’entre nous (en l’occurrence Christophe Brochier aujourd’hui MCF dans une université parisienne) qui l’a pratiqué plusieurs fois. Ses camarades et moi-même avons expérimenté le travail de secouriste, d’aide soignant, dans le privé ou le public. Qui les a lus ? Tout le monde s’en fiche puisque ça marche ; restons dans le clair obscur et lâchons les chiens contre les mauvais prophètes ! Voila ce qui nous arriva en devenant curieux de vos tests thérapeutiques protégés. Les deux meilleurs chiens de garde de la médecine (des journaux » Le Monde » et « Libération ») qui rémunère si bien ses médias, ceux qui sont des habitués des « ménages » comme on dit dans l’argot des journalistes qui vendent leur image aux cours d’animations, d’accompagnements des congressistes, de présentations ont fait un barrage efficace et bien rémunéré.

    Donc pas de faux semblant d’indignation, s’il vous plait !

    Avec nos respects Madame la Ministre.....


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