• 22/03/2022

     

    Après 36 ans de vie professionnelle agréable, on peut partir en claquant la porte de professeur émérite pour s'isoler, voir de haut et se dégager de la dévastation des médias, de la culture nationale et des esprits de divertissements et de falsifications.

    Donc tout me pousse aujourd’hui, dans les choix d'aller lire Montaigne, Pascal et tous les autres, dans un petit ermitage de montagne d'où l'on peut avoir une vue plongeante et dégagée du pathos et des luttes pour la gloire.

    Puisqu'il ne faut surtout pas avoir fait Sciences Po ou de la Socio pour comprendre un peu la situation d'aujourd'hui, après Mobo Gao sur l'histoire de la Chine, je signale un autre auteur atypique mais génial : Arnaud Leclerc, La Russie, puissance d'Eurasie, Éditions Ellipses, 2012. Comme le dit la préface, ce livre excellent est l’œuvre d'une personne hors du champ des sciences politiques ou de l'histoire. C'est un banquier (comme quoi on en trouve d'intéressants et de judicieux) qui a fait un excellent ouvrage pour comprendre Poutine, la Russie d'aujourd'hui, sa place en Europe ou en Asie, et l'expérience qu'elle a faite de deux invasions en deux siècles (Napoléon et Hitler). Ce livre érudit, et perspicace, est le fait d'un observateur non-professionnel mais du genre dont on manque en Socio, en Sciences Po et en Histoire. Donc un autre outsider qui nous permet de conclure qu'il faut se méfier des spécialistes, des politologues et des historiens (on y retrouve l'histoire de mes aïeux, de la grande Bulgarie sur la Volga, qui furent chassés par les Russes et les Mongols de l'époque pour se retrouver auprès de la Mer Noire (cf. page 245)). Ce dont on manque en Socio, on le trouve donc à la banque ! Donc ce sont les observateurs, pratiquement de naissance, des sociologues spontanés qui font un véritable travail d'érudition contrairement aux spécialistes. J'ai moi-même beaucoup appris en me retirant du milieu des professionnels pour chercher des informateurs, ou des ethnologues spontanés, qui avaient les qualités pour inventer un genre chevauchant toutes les sciences sociales. Donc, dans ce livre, vous verrez l'histoire de l'encerclement de la Russie par l'Otan, la pression intérieure et les déplacements systématiques de population sur deux siècles. Comme le livre sur la Chine, je recommande donc la lecture de La Russie, puissance d'Eurasie.

    En bref, pour savoir, il faut d'abord voir, et donc il faut se déplacer, aller juger, mesurer sur place, parler la langue, se laisser guider par le hasard des rencontres, des événements.
    Notre génération a profité de l'après-guerre, de cette liberté juvénile de circulation, puisqu’à 25 ans, avant de partir au service militaire (bien sûr en Algérie, et hélas) nous avions vu, mes amis et moi, les Etats-Unis et les ghettos, l'Ukraine et Moscou, et pour d'autres que moi, la Chine ou le Vietnam.

    Cette auto-éducation est nécessaire et nous a beaucoup servie pour juger les événements, les faits occultés, les discours de nos chefs, les opinions de nos intellectuels au sujet de l'Algérie où l'on nous a fait jouer, hélas, le triste rôle que l'on sait. Merci à Bernard George pour son documentaire « Les appelés de la guerre d'Algérie », d'Arnaud Leclerc et Mobo Gao pour leurs ouvrages. J'y ai retrouvé la confirmation de l'allusion précédente dans le livre L'Ukraine, une histoire en question de Laroslav Lebedynsky aux Éditions l'Harmattan :

    « Après avoir détruit la « Bulgarie » de la Volga, les Mongols battirent en 1237 les Polovtses, dont une partie s'enfuit vers l'Ouest. Ces Polovtses furent ensuite accueillis en Hongrie où leurs descendants les Kun (Coumans) ne furent complètement assimilés qu'au XVIIIe siècle. Ensuite, vint le tour des principautés ruthènes de l'actuelle Russie : Riazan en décembre 1237, Souzdal e Vladimir en 1238. A partir du printemps de 1239, les Mongols obliquèrent vers le sud et ravagèrent de nombreuses villes dont Pereiaslav et Tchernihiv » (page 83).

     

    Ces histoires de migrations et de guerres de tribus sont très complexes. Les manipulateurs qui nous gouvernent, les journalistes qui sont vendus, et la plupart de leurs serviteurs, sont des ignares de la culture politique profonde, minutieuse, que l'on doit maîtriser avant de porter un jugement. Or, tous ces journalistes vendus, ces hommes politiques manipulés ou corrompus qui nous inondent « d'informations » sur l'Ukraine aujourd'hui, ne sont pas à l'avantage de notre civilisation.

    Quand on voit tous ces journalistes, qui se harnachent, mettent le treillis et le casque, sortent des abris pour l'interview comme des clowns ridicules venus nous raconter des histoires. Si ce n'était pas tragique, la situation de l'information nous ferait éclater de rire.

    En lisant les livres que j'ai pu vous citer, on voit et on apprend que l'humilité et la modestie sont les racines du savoir, que l'ignorance doit être combattue perpétuellement avant de pouvoir porter un début de jugement. Dans la situation actuelle très médiatisée, j'ai appris que la vie académique, l'histoire et le droit universitaire, les diplômes de Sciences Po, sont des escroqueries de la culture française qui nous aveugle de préjugés et de fausses informations.

    Quand j'ai conclu ça de notre épisode anti-Algérie, je suis allé chercher une « vérité » faisant preuve de modestie, lenteur et prudence des anthropologues et des ethnologues anglo-saxons : Jack Goody, John Dunn, etc. que vous retrouverez sur mon blog et qui nous ont rassuré un peu sur l'avenir de la pensée historique occidentale qui est, aujourd'hui, mise à mal et dévastée par des amateurs et des clowns burlesques. Il s'agit probablement d'un journaliste sur cent, d'un historien sur cent, d'un politologue sur cent, qui ont du mal à s'exprimer, mais qui représentent encore une pensée universelle et de raison. Survivrons peut-être les informateurs qui nous viennent de l'Orient et qui se seront désengagés des combats de l'actualité.

    Pour reconstituer l'histoire de ces cinquante années que nous venons de vivre, et pour comprendre la situation américaine, européenne ou asiatique, il m'a fallu moi-même 20 années de solitude et d'écriture, entamées le premier jour de ma retraite possible de professeur émérite, c'est-à-dire à 62 ans tapants, pour reconstituer le puzzle et les manipulations dont nous avions été l'objet.

    Je sais donc bien que juger une situation historique dans l'affolement du jour, dans le maelstrom des fakes news, dans l'ahurissement des personnels politiques qui se révèlent finalement tout sauf intelligents. Mais on savait que la gloire, l'argent, la visibilité et l'orgueil dirigeaient avec une profondeur incomparable notre pauvre monde occidental.

    Ce qui est complètement occulté dans la conjoncture actuelle c'est que l'épidémie, ou les conflits, masquent le très profond enrichissement des pays riches et des milliardaires de toutes nationalités qui viennent d'accumuler, en 15 ans, ce que le monde économique avait produit pendant les 100 ans antérieurs. Donc, les moyens de transport individuels, navires, avions, les propriétés innombrables dans des lieux chics, les sommes jouées au casino ou dépensées dans des fêtes archi-somptueuses, ont servi à écouler les centaines de milliards de dollars qui ont été ramassées par une oligarchie russe, faiblement chinoise, intensément américaine, en partie européenne, outre les individualités qui, issues du « tiers-monde », dirigent par un personnel spécial, et des partis politiques interposés, de grandes régions d'Afrique, d'Amérique du Sud et d'Europe.

    Ces réflexions du méga enrichissement, au profit d'une minorité, ne peuvent pas mieux être illustrées que dans le monde aussi simple, et aussi élémentaire, qu'est le football. Taper dans un ballon à la cours de récréation et taper dans un ballon dans un grand club international : c'est la même chose, sauf que le prix qu'on reçoit peut varier de zéro à des millions.

    Le journal l'Equipe*, qui n'est pas un grand révolutionnaire, a donné sans le savoir un indice des mégas sommes qui courent dans le monde du sport professionnel.

    Moi-même qui étais averti, qui suis ce sport depuis 60 ans pour l'avoir pratiqué jusqu'à 75 ans (titre de gloire : être le plus vieux licencié de la FFF était quelque chose qui a marqué ma petite histoire personnelle) j'ai été stupéfait ; comme quoi la naïveté s'impose devant ces sommes astronomiques.

    Par exemple, cet article de l'Equipe, nous donne quelques cas de salaires mensuels bruts, de ces garçons que nous voyons en short, courir et se dribbler les uns les autres, spectacle original et tout cas qui me ravit parce que derrière le jeu et le résultat, il y a pleins de petites choses que seul un pratiquant peut voir. Par exemple à Monaco, le plus gros salaire mensuel est celui de l'avant-centre qui touche 650 000 € par mois. Après, vous avez un paquet de joueurs, une quinzaine, qui sont autour de 200 à 300 000 €. Si on regarde le Paris-Saint-Germain, on voit que c'est un domaine de richards parce que Neymar ne touche lui, le pauvre, que 4 millions d'euros par mois. Il est suivi, bien sûr, de Messi qui ne touche lui que 3 275 000 €, et le pauvre petit français, Mbappé, ne touche que 2 220 000 €. Le reste est à l'avenant, mais en divisant par deux ou par trois. Voilà ce que nous entretenons donc, comme exemple à la jeunesse, pour la richesse en France, mais qui est repris par tous les autres clubs à des taux bien moindres, comme Lille et Nice où les salaires maximum mensuels ne dépassent pas 300 ou 400 000 €. Ce sont les prolos du football.

    Tout ceci est la partie visible de l'iceberg puisque ce sont les salaires déclarés. Il y a derrière d'autres profits : interviews, journalistes, et publicités.

    A une échelle humaine, nous à notre petit niveau, on a vu également une explosion des profits, des fortunes de Français ordinaires. J'ai été frappé dans mon village tout-à-fait rustique et modeste, des cadis du supermarché qui étaient pleins à exploser, et sur lesquels le conducteur était couché, pratiquement, en le poussant par son bide, d'ancien ouvrier ou petit agriculteur, devenu obèse en profitant d'une bouffe à volonté à des prix moyens. Lui, qui ne bénéficie que d'un petit salaire, ne peut imaginer les bénéfices de ce qui l'emploient ou de ce qui dirigent l'économie. Les petits salaires, ou retraites, ne peuvent concevoir les échelles de profits dont ils ont ramassé quelques billes. Relevons le grand rôle des médias qui occultent, qui cachent ces immenses inégalités et ces immenses profits grâce à des journalistes complaisants puisqu'ils ramassent quelques billes et cachent consciencieusement les avantages et les profits de leurs employeurs. Tout ce que j'ai vu récemment, c'est une course au pognon, même si ce n'est pas de l'ordre de cette course au ballon, mais en tout cas, les voitures, la dimension des autres véhicules, le nombre de gadgets, de circulations ou d'équipements ménagers ont manifestement montré une explosion incompréhensible pour les gens ayant plus de 60 ans. Ce qui ont connu l'austérité, et pour les plus vieux les rationnements dûs à la guerre et à la pauvreté de la société dans les années 40 et 50, ne peuvent imaginer l'échelle ahurissante des profits aujourd'hui.

    Je ne veux dénoncer personne, mais je trouve que cette débauche matérialiste a complètement obnubilé notre sens de la solidarité nationale, et même notre absence totale de sentiment vis-à-vis des peuples plus lointains qui n'ont pas profité, ou pas à ce taux là, des ressources de la planète et de l'enrichissement général.

    Donc, tout ce qui se produit en ce moment et qui semble anormal, incompréhensible, que ce soit le virus, Poutine, etc., sont des choses prévisibles que certains d'entre nous ont annoncé et pour lesquels ils ont pris la seule solution qui s'imposait : couper les ponts avec la société de consommation. Pour ma petite personne, je suis allé m'enfermer là-haut où je n'ai aucune occasion de dépenser les euros que ma retraite m'octroie, sauf pour les biens de première nécessité. Par conséquent, je laisse aux générations futures le soin et le souci de continuer à fond là-dedans, ou de se séparer en faisant un pas de côté pour regarder où l'on va, d'où l'on vient, avant de critiquer, incendier et de condamner les autres, car il n'y a pas de justesse dans les luttes nationalistes, les revendications historiques et la volonté de puissance de tel ou tel groupe d'individus associé au monde de la presse et des médias, tous complices évidemment, toujours du côté du pouvoir et de l'argent.

     

    * L'Equipe, « Les salaires de la ligue 1 », mardi 22 mars 2022.


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  • 15/03/2022

     

    Dans cette poudrière de l'Europe que les Balkans et l'Ukraine, la Bulgarie n'existe pas. C'est le seul pays qui ne fait pas parler de lui, qu'aucun journaliste ou reporter n'évoque. Par conséquent, elle a disparu. Les intellos, les journalistes, ne vivent que des débats, que d'avis héréditaires qui changent tous les dix ans, et font, en ce moment, tout un cinéma sur l'Ukraine et la Russie avec, en réalité, très peu d'informations ponctuelles et prouvées.

    C'est pour ça que je disais à mes étudiants « ne faites jamais des catégories universelles, des jugements péremptoires, mais de simples études de cas ».

    Donc, dans la marée des mégas reportages, des journalistes sur le front équipés comme en 14, le côté théâtre me démoralise. Ça me rappelle la Guerre d'Algérie (dont deux émissions passent actuellement à la télé : documentaire « C'était la guerre d'Algérie » de Georges-Marc Benamou, Mickaël Gamrasni et Stéphane Benhamou) où la folie, le délire, l'hystérie anti-arabe nous prenait à la gorge comme maintenant quand on parle de Poutine et de l'Ukraine. Il serait difficile de se faire une opinion car vraiment rien d'empirique profond, rien comme description minutieuse, rien comme analyse socio-historique, ne vient étayer les déclamations et les gesticulations de nos envoyés spéciaux qui choisissent des informateurs vraiment spéciaux eux-mêmes.

    Je viens de tomber à la BU sur ce livre de Mobo Gao qui traite avec sérieux, minutie historique, comment elle a du s'imposer sur la scène internationale. Nous qui avons été les petits soldats de ces grandes guerres idéologiques, nous savons ce que valent les médias, d'où vient l'argent dont ils vivent, et comment ils recrutent leurs journalistes. Donc, après l'Afrique, puis la Chine, maintenant on s'est découvert un autre ennemi mortel, éternel et définitif : la Russie.

    Dans ce maelstrom où tout est dit et son contraire, il y a un seul petit pays qui a été effacé de l'histoire, un pays slave, alphabet cyrillique, religion orthodoxe et disparu des écrans. Apparement, la Bulgarie, dont je parlais en tant que pays de mes aïeux, ne fait plus partie de ce monde. Je pense que c'est réconfortant et heureux pour eux.

     

    Ceci me permet de rappeler combien j'aimais recommander aux étudiants l'utilité du recours à l'étude de cas. Elle permet de comprendre, décrire et analyser, au-delà des catégories générales, la société où l'on vit. Notre sociologie empirique, inspirée de Howard Becker, est une suite générale d'études de cas, pas forcément reliées entre elles, pas forcément définitives, et pas forcément riches en conclusion. Mais ça fait réfléchir et prendre du recul. Donc, je jugeais mes étudiants à la valeur de la description du cas d'enquête qu'ils avaient choisi et non pas de l'application de catégories morales générales, ou de théories à la mode.

    Comme Becker le disait, la sociologie n'est qu'une étude de cas. Et donc, il faut le faire consciencieusement, sans orgueil, sans prétention universelle, sans espoir de généralisation, avant de rencontrer quelqu'un qui vient de l'autre extrémité de la planète et qui travaille comme vous.

    Je souhaite bonne chance, et de la ténacité, aux jeunes gens que je fréquente un peu, qui auraient pu être mes étudiants il y a vingt ans, et qui commencent, eux-aussi, à mettre au point une philosophie personnelle, graduelle, patiente, tenace, de ce qu'est le contraire de la sociologie en prétention. Alors qu'ils se nomment ethnologues, observateurs participants, spectateurs curieux, qui soient en socio ou ailleurs, je les approuve, je les fréquente si je peux, je les applaudis, et je leur dis tenez bon, restez ensemble, groupez mais différents, travaillez de façon indépendante, et puis, inch'allah, bonne chance.


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  • 01/03/2022

     

    Les gesticulations, les grands discours, les leçons de morale que j'entends sans cesse me font penser à mes grands-parents qui doivent se retourner dans leur tombe. Pourquoi ? Parce que mes ancêtres furent chassés par les Ukrainiens d'alors, du Nord vers le Sud, et dans leur exode ils passèrent le Danube, et créèrent, sur la rive Sud, un nouveau royaume (certainement au détriment des peuples locaux), un nouveau pays : la Bulgarie. Parce qu'ils venaient d'un endroit près de Kiev, à la rencontre du Don et du Volga, le royaume Bulgare. Ils furent défaits dans une guerre avec les Ukrainiens du Nord, et partirent donc, en masse, en horde organisée, en combattant et les repoussant de plus en plus vers le Sud jusqu'au Danube qu'ils passèrent. Plus tard, ils furent victimes, encore, de l'occupation, turque cette fois-ci, et furent les sujets de l'Empire de Constantinople avant de se libérer à nouveau au 19ème siècle.

     

    Alors mes grands-parents, mes arrière-grands-parents etc., seraient étonnés et souriraient de l'attitude des Ukrainiens d'aujourd'hui, révoltés par l'envahissement de la Russie du Nord puisqu'ils pratiquèrent, eux aussi, ce genre d'expulsion et de répression de population plus faibles.

     

    Mais de tout ceci, on en entend plus parler puisque les médias, et les politiques, sont d'une ignorance crasse. Les médias n'ont aucune mémoire et la culture disparaît sous les bombes, de qui, je ne sais pas, mais en tout cas nous régressons.

     

    J'avais expliqué ça dans un article publié, et qui vient d'être à nouveau édité aux PUG *.

     

     

    La morale, en politique, ne sert à rien. Hélas, c'est toujours le rapport de force. Or, le rapport de force engendre des défaites et le départ des plus faibles momentanément. Ce sont de gigantesques migrations qui ont construit notre société d'aujourd'hui (Gaulois, Goths, Romains, Francs), vainqueurs et défaits, marchant vers le Sud ou vers le Nord. L'énorme migration intérieure des peuples qui ont erré dans toute l'Europe (pensons à la Gaule, les Romains, les Huns, etc.) ne s'établissait que vers le Sud, s'y trouvaient les populations moins militarisées et moins armées qu'eux-mêmes. L'Histoire n'est donc que celle d'un mouvement de tribus auquel mes grands-parents auraient pu participer en étant vaincus et chassés par les Ukrainiens d'aujourd'hui qui crient au crime s'ils voient un Russe. Et ces Russes s'établiront là, jusqu'au jour où ils seront chassés par des occupants encore plus cruels.

     

    Tout le monde a occupé quelqu'un et quelque chose, et il est très difficile de distinguer le bien et le mal. Il n'y a pas de morale dans l'histoire du monde, il est très difficile de se faire une opinion, et je ris intérieurement quand je vois ces discoureurs, juges comiques, baratineurs à la télé, qui savent d'entrée qui est le bon et qui et le mal.

     

    J'avais 22 ans lorsque je suis allé à Kiev. Accompagné de deux ou trois amis en voiture pour juger et trouver les traces de nos ancêtres qui avaient fuis sous la pression ukrainienne. Je n'ai vu aucune différence entre les villes russes, Minsk, Koursk, et celle du Sud, en Crimée, pour décider qui était le bon ou mauvais Ukrainien. Je n'ai entendu qu'une langue, entre Moscou et Varna, je n'ai vu que la même religion, je n'ai vu que les mêmes types physiques, et je n'ai vu, ou lu, que le même alphabet, la même architecture des bâtiments religieux. Donc, cette guerre civile entre Russes et Ukrainiens, moi je ne peux pas la juger en dix minutes, puisqu'il m'a fallu 10 ans pour me faire mon opinion sur la raison pour laquelle mes arrières et arrière-grands-parents avaient dû s'enfuir sous les coups des Ukrainiens d'aujourd'hui, brutalement devenus les saints et les martyres de nos médias, et nos professeurs de morale en politique. D'autres penseraient que ceux qui sont battus méritaient de l’être, et qu'il n'y a pas de jugement moral à apporter à ces phénomènes historiques qui comportent toujours la force des peuples, le besoin de conquérir les terres, l'occupation et la répression, et plus ou moins, l'interdiction des anciens modes de vie. On ne peut pas juger, trouver une morale et une leçon à tout ça, mais on y gagnerait à garder le calme, un esprit équilibré, et des jugements modérés. Apparemment, l'époque ne s'y prête plus.

     

    Cette histoire m'a été transmise d'abord par mon père, né dans un petit village entre Varna et Sofia, au pied du Balkans, lequel l'avait entendu bien sûr de sa mère et de son père (mort lui-même au cours d'une guerre) et parce que je suis allé, très jeune, à 10 ans, voir ce pays de l'exil et de l'insoumission dont mon père était issu, dont je portais également le nom. Et je décidais, une fois majeur, d'aller voir les Ukrainiens chez eux avec deux camarades, voir Kiev, une très belle ville d'ailleurs, bizarre, avec ce fleuve qui coupe, cent mètres plus bas, dans un ravin, la ville en deux parties, couverte par ailleurs de nombreuses églises orthodoxes aux toits dorés et aux murs à fresques.

     

     

    Je n'ai décidé de croire qu'à une chose, après m'être formé politiquement personnellement, qui est celle de notre ignorance, de notre inconséquence à juger, et celle de l'importance de se fabriquer une morale à soi. Biographiquement, cette auto-formation m'a permis d'éviter le pire, car, à mon tour, on me demanda de pratiquer l'expulsion, les exécutions de masse, la cruauté sur des civils innocents. Bref, la pire des guerres d'un peuple contre un autre comme nous le fûmes en Algérie, envoyés pour tuer des enfants, brûler des villages et torturer de jeunes maquisards. Donc nous avons du sang sur les mains, et les médias, au moins, pourraient avoir un peu de pudeur et essayer de faire marcher l'intelligence, le relativisme, et la connaissance exacte historique. Sinon, nous devenons des parasites, des idiots qui manqueraient de relativiste et de connaissances historiques. Nous allons devenir les parasites de la pensée conforme, les idiots à la merci de la presse, et donc des gens ballottés et ne réagissant qu'à des sentiments exploitables par d'autres.

     

     

    Tout ce que cette crise de l'Ukraine provoque en nous est notre ignorance historique, notre dépendance vis-à-vis des médias purement commerciaux, et de l'envahissement d'une morale éhontée. Donc, cela me fait souvenir des périodes de colonisation et de décolonisation qui ont fait couler de notre fait, et par notre action, le sang, la souffrance, et les déplacements de populations en Afrique, ou au Moyen-Orient, dans notre grande entreprise moralisante de la colonisation.

     

    • Jean Peneff, Sur le terrain, un demi-siècle d’observation du monde social, 2021, Grenoble : Presses Universitaires de Grenoble, Libres cours sociologie, 463 p.

    • Le lecteur peut également se référer à l'ouvrage : Laroslav Lebedynsky, Ukraine, une histoire en questions, 2019, Paris : L'Harmattan. On y verra que la Bulgarie, dans ce grand maelstrom de peuplades slaves, est restée pacifique, sans ambition impérialiste, et sans agression sur quiconque.

      Mais également : Jean Peneff, « La Bulgarie expliquée aux Européens », réédité dans Sur le terrain, un demi-siècle d'observation du monde social, 2021.


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  • 22/02/2022

    En ce moment, il y a une intensité de travaux publics dans les rues, avenues et boulevards d'Aix-en-Provence, qui fait entrer en ville des camions géants transportant des bulldozers, des grues et des bennes parce qu’on y fait des trous : routes, trottoirs, jardins. Le sol est ouvert avec un matériel insensé, géant, et dont les canalisations sont percées par des dizaines d’engins pour vérifier les connexions souterraines.

    Je sais bien que, dans les périodes délicates, il faut faire des dépenses inconsidérées : « trou de la sécu », » trou des finances publiques », « déficit », et la municipalité d'Aix, comme en période d'élection, se lance dans une politique de l'espace public à dimension non humaine. Mais quand une espèce est en disparition, elle connaît ses excès de taille et de poids (dinosaures, brontosaures, tous ont disparu après avoir atteints le gigantisme). Cette période électorale est le parfait moment pour vider les caisses, faire des trous financiers, placer et favoriser les entreprises amicales, et les sociétés de travaux publics qui sont favorables aux élus, en tout cas en bons termes avec eux.

    Alors, je ne sais pas si j'ai une vue partiale, si je suis le seul à être sensible aux bruits, à la circulation, et à l'importance des chantiers urbains, mais il me semble qu'Aix est en train d'atteindre un sommet de la dépense publique inconsidérée.


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  • 15/01/2022

     

    Le « vieux » est devenu la valeur centrale et il faut le faire durer à tout prix parce que c'est rentable, ça donne de l'emploi, et c'est moins polluant, et fatiguant, que l'industrie et la fabrication matérielle. En tenant compte de ceci, il était évident qu'on trouverait n'importe quel virus, dans les pays riches et avancés, pour occuper dans des emplois de classes moyennes, tout ce que le monde de la production matérielle et de l'industrie de masse ne pouvait plus mobiliser.

    C'est pourquoi, dans le Règne des banquiers va commencer écrit avec mon jeune collègue M. El Miri il y a douze ans, on avait prévu ce transfert. Plus d'ouvriers ni de classes laborieuses en Europe ou aux États-Unis, mais l'exportation de l'industrie polluante et des problèmes encombrants que posent la création d'une classe ouvrière forte, bien organisée, et menaçante. Ce bouleversement a été accompli sur vingt ou trente ans, et maintenant que la part ouvrière et de fabrication matérielle a été déplacée à l'étranger, nous n'avons plus besoin de l'ancienne classe populaire et ouvrière, indépendante et agressive, pour offrir ces millions d'emplois à leurs enfants, des générations plus jeunes qui porteraient sur les services, l'économie non matérielle : enseignement, santé, art, presse, fourniture de documents et de voyages pour occuper tout d'un coup un temps de loisirs qui a été multiplié par deux ou trois.

    Ce bouleversement de ce type de société, bourgeoisie contre ouvrier, système de classes, violence des rapports, menace sur le régime, a été systématiquement effacé au profit d'une société où les classes sont moins évidentes, moins antagonistes, moins menaçantes.

    Là-dedans, il faut inclure une mine d'or qui a été découverte : l'allongement de la vie. Peu importe la santé mentale et physique dont les personnes qui se voient accorder dix ans de plus bénéficient.

    Avec mon jeune collègue M. El Miri, nous avons étudié les luttes de classes en France sous l'aspect de ce bouleversement, sous le nom Le règne des banquiers va commencer, pour mettre à la place Le règne des médecins, des services à la personne, d'enseignements et de créations culturelles qui ont complètement modifié le sens de l'histoire développé depuis deux ou trois siècles.

     Il ne fallait pas être grand prophète pour écrire ça il y a dix ans. La place déterminée de l'imposition d'un système de santé où les plus de 80 ans imposeraient, grâce à l'organisation de la médecine et à l'extraordinaire embauche de personnels de santé, enfants des classes moyennes et du haut des classes populaires, inemployables ailleurs, mais pour lesquels on a trouvé cet extraordinaire débouché qu'est l'extraordinaire retardement de la mortalité pour la population des 70 à 95 ans, qui ont fait une véritable razzia pour vider les caisses et assurer un bon salaire à des masses de jeunes qui n'auraient pas trouvé une spécialisation, une technicisation, parce que ils ont évité les exigences d'une instruction scientifique et mathématique pour lesquelles ils n'étaient pas préparés. Donc, on a inventé une industrie du vieux qui ne demande pas beaucoup de préparation par les études, ni n'exige une intense rivalité ou compétition entre jeunes mathématiciens, ingénieurs, techniciens supérieurs. Relisez dans Le Règne des banquiers, avec à l'esprit celui qui l'avait précédé, La France malade de ses médecins, pour comprendre ce qu'on vous a caché par de grandes études supérieures en physique, mathématique ou sciences de la nature, au profit d'un enseignement vague, moral, et plus ou moins technique qui sont simplement les intérêts pharmaceutiques, médicaux, hospitaliers, de telle manière que la banque de l'assurance maladie soient en mesure d'épuiser nos ressources et nos richesses au nom d'une vague exigence morale de solidarité.

    Donc, dans ce nouveau paysage, où l'on a plus d'ouvriers, mais bien d'avantage d'infirmiers, d'assistants médicaux et d'hospitaliers, on fait payer le transfert et une partie de la richesse nationale vers un puit sans fond : le besoin d'immortalité, l'évacuation de la peur de la maladie et l'assistance à une population de morts vivants, ni vraiment morts, ni vraiment vivants, qui dévore les richesses et les économies que des générations avaient réalisées.

    Mais de tout cela, nous en avons parlé. La production de masse des malades a été le passage en douceur d'un grand pays industriel à la mécanisation intense qui pollue, détruit le paysage et y fait mauvaise impression, fabrique une classe organisée, mobilisée et menaçante pour la bourgeoisie, la petite bourgeoisie, et les classes moyennes travaillant dans les « services ».

    Vous trouverez dans le blog les carnets de l'Institut Diderot sur le corps humain et sa propriété face au marché*. Et vous trouverez dans la France malade de ses médecins, les références nécessaires pour réfléchir à la révolution invisible et douce qui vient de se produire sur les vingt ans précédents.

    Pour cette découverte en retard, il y a un article récent du Vendredi 11 février 2022, paru dans l’Humanité, donnant la parole à Jean-Marie Harribey, « Le monde d'avant, la cause des désastres »**. Tout le monde se met, maintenant, à essayer de comprendre les mystères et raisons cachés de l'apparition de ce fameux virus qui a été précédé, et sera suivi, d'une masse d'autres virus puisque le monde vivant des humains est issu de ces combinaisons de cellules, de phénomènes organiques, et de créations d'êtres et de la vie depuis des millions d'année. Donc, pour nous auteurs et sociologues, le virus a été évident depuis dix ou quinze ans, il suffisait d'attendre pour que l'on s'en rende compte. Mais évidemment, auparavant, on a cherché à nous faire taire. Les journalistes, ou les revues spécialisées, m'ont agonisé d'injures, ont manifesté une agressivité envers mes deux livres que je n'attendais pas à ce niveau-là. Mais la colère et la haine que j'ai suscitées, et qui se sont manifestées dans les meilleurs journaux de gauche (Le canard enchaîné, Le Monde etc.) avaient été précédées, bien évidemment, d'une tentative de corruption puisque mes deux livres, avant publication, voulaient être achetés, ou appropriés, par de grandes banques américaines ou d'industries du médicaments qui m'ont directement offert des sommes astronomiques (plusieurs dizaines de milliers d'euros) pour acheter mon manuscrit et interdire sa publication.

    En même temps qu'on découvrait la désindustrialisation, constatant le recul du secteur secondaire, qu'on inventait la médecine obsessive et coûteuse, qu'on construisait dans le monde des services l'industrie du vieillard, on s'est rendu compte – et je m'en aperçois en lisant la presse générale – du recul des mathématiques, au moins jusqu'au baccalauréat, qui vient de s'imposer à la vue des observateurs. Et donc, l'industrie médicale à remplacer les sciences, les techniques avancées, parce qu'il n'y a plus d'étudiants, et peu d'élèves, dans les classes de mathématiques qui ont fait brutalement horreur aux parents et aux élèves. L'école primaire que j'ai connu nous a appris le calcul mental rapide, les représentations logiques, et l'agilité mathématique de l'esprit. Cette école primaire privilégiait le calcul, une logique scientifique élémentaire, et donnait aux enfants un niveau de mathématiques qui leur permettait de rentrer dans les facultés de sciences. Si mon observation est exacte, on comprendrait que la presse et les élites viennent de se préoccuper de la baisse de niveau, du manque de candidats, du recul de l'enseignement des mathématiques dans le secondaire, et toutes sortes d'autres organisations intellectuelles qui demandent logique, rigueur, calcul, induction et déduction.

    J'en ai une preuve élémentaire : mon livre sur Clément Ader****, et les mathématiques précoces, a été refoulé par ce caractère honteux, que j'attribuais à la société d'aujourd'hui, et qui donnait dans l'enseignement des mathématiques une faible place. Cette absence d'agilité et de logique, cette forme d'esprit rigoureux et toutes ces carrières d'ouvriers qualifiés, de techniciens, d'ingénieurs et de chercheurs en sciences dures, toute cette époque qui valorisait ces modes intellectuelles, a disparu en quelques années. Or, Ader l'aérien : un ingénieur toulousain valorise les mathématiques qu'il apprend dès l'âge de trois ou quatre ans à travers un esprit arithmétique, d'observations rigoureuses, et de calcul mental. Mon livre qui exaltait ses qualités a terrorisé les éditeurs, et les lecteurs, parce qu'il est plus facile de s’épancher dans les disciplines à baratin, plus ou moins littéraires, floues, et sans rigueur. J'en faisais la remarque quand j'évoquais Ader à l'école primaire, qui, âgé de six ou sept ans, pouvait atteindre un niveau de certificat d'étude et rentrer à dix ans au lycée dans des disciplines scientifiques. Les élèves de la communale que j'ai fréquenté pourraient rire des ados actuels, du point de vue du nombre d'observations, de la rigueur de la mémoire, et des façons inconscientes d'évaluer, de compter et de calculer.

     Donc, mon livre sur Ader, qui exaltait l'enseignement des mathématiques dès l'âge de cinq ou six ans – ce qui avantageait les enfants des classes populaires bien moins cultivés par ailleurs en disciplines littéraires, par la culture familiale, que leur camarade qui allaient devenir petits ouvriers et paysans. Mais avec une langue correcte, et une rigueur de raisonnement, qui ont été les bases d'une réussite sociale et professionnelle.

     Mais de tout ça il ne faut plus parler, c'est honteux d'exalter les calculs quand les machines les font, et que l'on peut se passer de cet enseignement qui est pénible, exigeant, et finalement peu utile au regard du baratin et des spéculations littéraires. Mon livre sur Ader ne pouvait que tomber dans l'obscurité puisque notre civilisation laisse à une petite caste, et aux machinistes, le soin de la rigueur de l'esprit et de l'agilité du calcul dans une zone de baisse, de déclin. Puisque l'industrialisation disparaît de nos pays, et que les secteurs secondaires de production directe et de fabrication déclinent fortement au bénéfice des professions tertiaires, du service ou des arts, de la littérature ou de l'invention spéculative. Et donc, une fin de civilisation grandiose quand l'art, les lettres, l'imagination valorisent les métiers et soutiennent les professions qui embauchent. Je le regrette pour nos descendants, mais c'est une fin classique de toutes civilisations, et la nôtre qui fut grandiose pour les sciences exactes, décline de façon irrémédiable. Quand tout s'écroule, il reste l'imaginaire et le gigantisme, la construction absurde et monumentale, comme tout empire inconnu, l’Égypte et les pyramides, les Romains et les palais, les Mayas et les temples, qui annonçaient la fin d'une époque.

     Nous, pour les remplacer, nous avons l'industrie du vieillard. L'exaltation médicale, la multiplication des lieux de soins et des moyens pharmaceutiques qui ont donné au personnel de santé une place inouïe, incroyable pour notre génération. Les effectifs y ont été multipliés par dix en quarante ans, et il était évident que n'importe quel petit virus (parmi les centaines qui nous entourent , comme microbes, bactéries etc.) provoquerait une révolution de toute l'économie, un arrêt de toute éducation, un effondrement de tout esprit de rigueur.

     Donc, dans le Règne des banquiers va commencer, nous n'avions pas de mérite à annoncer, dix ou douze ans avant, qu'un virus plus ou moins sévère, ou imaginaire, pourrait faire trembler notre civilisation sur ses bases.

    Comme ces empires victimes du gigantisme à la fin d'une civilisation, le gigantisme de notre société s’illustre par le développement de l'industrie du vieillard, puis à la vidange des caisses publiques, et la création d'une dette insondable. Cela nous a porté à accorder une attention particulière, une obsession, qui ne pouvait que dramatiser qu'un minable virus de la grippe comme il en exista auparavant, toutes les années au moment des grippes, rhumes, légères baisses de la protection naturelle des anticorps.

     Donc, il ne fallait pas être un grand clerc pour deviner à l'avance que l'industrie du vieux serait le signal, pas de la disparition de l'espèce, mais d'une certaine sous-espèce, disparition momentanée et inégalement répartie selon l’orgueil de chaque civilisation gouvernementale.

     

    * Agacinski Sylviane, Le corps humain et sa propriété face aux marchés, Paris, Institut Diderot, coll. « Les carnets de l’Institut Diderot », 2020, p. 57.

    ** Skalski Jérôme, « Entretien. Jean-Marie Harribey « le monde d’avant », la cause des désastres », Entretien. Jean-Marie Harribey « Le “monde d’avant”, la cause des désastres », L’Humanité, Vendredi 11 février 2022.

    *** Peneff Jean, El Miri Mustapha, Chapitre 11. Changer d’école ? Maintenant le règne des banquiers va commencer… les luttes de classes en France et ailleurs, Paris, La Découverte, coll. « Les empêcheurs de penser en rond », 2010, p. 220 : « Des gouvernants ont rêvé d'une économie sans classe ouvrière sur notre sol, du profit par la seule financiarisation : ils y parviennent, soulagés de ne plus avoir à faire avec la pression des organisations syndicales. Ils imaginent, dès lors, une société sans enseignants. Ils l'auront(2). Sous prétexte de péripéties sanitaires ou d' « insécurité », on fermera les classes (d'abord temporairement, pour un essai). Il suffira d'un virus – et, si ce n'est pas la grippe H1N1, attendons le prochain-, il y a aura toujours une menace gravissime, une mise en scène terrorisante pour servir de diversion. Nos dirigeants décréteront la fermeture provisoire et on étudiera chez soi grâce à la télévision, ce formidable moyen d' « éducation » ».

    **** Peneff Jean, Ader l'aérien : un ingénieur toulousain, Paris, Saint-Honoré, coll. « Etude biographique et scientifique », 2020, p. 193. Le mot de l'éditeur au verso du livre : « Jean Peneff, sociologue, descendent de Clément Ader, né dans la banlieue de Toulouse, a bénéficié de documents familiaux. Il est professeur émérite de l'université de Provence ; il a enseigné auparavant à Alger et à Nantes ; il fut « visiting professeur » à Chicago. Ses dernières publications : La France malade de ses médecins (2005, Seuil), Le Goût de l'observation (La Découverte, 2012) et H. Becker : sociologist and musicien in the « École de Chicago » (Routledge, New York, 2018). Et douze autres livres, portant sur l'ethnographie et l'observation participante. A pris sa retraite dans un tout petit village d'Isère, à la limite du Parc National des Écrins, pour être loin de l'agitation moderne et se consacrer à l'écriture. Il a dirigé plusieurs thèses, est l'ami proche de Howard Becker, et de bien d'autres sociologues américains de l'école dite de Chicago ».

     

     


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