• Eternels  Migrants et Ignorance tenace. 

     

    Le racisme commence avec les vocables incorrects et les notions confuses exprimant le refus de savoir des élites puis ensuite de la Nation. La Méditerranée, domaine d’asile et de migrant : maëlstrom depuis deux mille ans à la circulation intense. Tous les peuples ont tourné en multiples sens dans tout le Proche et Moyen Orient. Hier, les Grecs, les Phéniciens, Romains, Francs, Lombards, outre de multiples peuples différents qu’on confond avec le terme Arabe en masses indistinctes : hier les Byzantins, les Perses, les Berbères, les Ottomans, les Maghrébins, qui se battent ou échangent Marchandises ou Migrants en tous sens. C’est le sud qui vient au Nord après que ce fut l’inverse (Croisades, Napoléon, partage occidental de la Syrie de l’Irak et tout le Proche-Orient maintenant occupé depuis 1945 par un émissaire direct de l’Occident : Israël) ! Il faut lire l’Histoire de la Méditerranée de J. Carpentier et F. Lebrun(Seuil) 

     On confond une dizaine de peuples très différents par l’histoire, la religion (plusieurs types d’Islams), les langues (pas plus de rapports entre elles que toutes les langues européennes qui ont le latin comme mère lointaine). L’arabe littéraire, l’arabe du Livre dans ce mélange est la langue des élites, la langue de référence mais les langues parlées dites Arabes, sont nombreuses et n’ont que des rapports lointains entre elles sans être des dialectes nationaux. Il y a au moins une dizaine d’« Arabes » parlés  aujourd’hui. En confondant ces données historiques ainsi qu’en ne distinguant en religions que shiites et sunnites, on commet d’énormes bévues politiques. Typiques comme celle qui nous fit croire que nous avions vaincu et chassé les « Arabes » à Poitiers. Alors que c’étaient des Berbères, justement l’ennemi juré des premiers (voir le numéro 446 et l’article de G. Martinez-Gros dans l’histoire)

     Mis à part quelques centaines d’érudits qui connaissent ces langues arabes variées, les journalistes incultes et les politiques mettent tout ça dans le même sac. On sait les catastrophes qui en découlent. Que sort-il au sein de notre information et politique ? rien ! aucune leçon retenue du passé d’erreurs, aucune réflexion. L’incapacité, la faible compétence dont sont victimes des peuples arabes, si différents pourtant par leurs langues, leurs religions au sein de l’ensemble dit Islam et par leurs cultures ressemblent à celles des Américains qui débarquent en Europe et qui ne voient pas de différences entre un Suédois et un Portugais ; ils perpétuent d’effroyables bévues commettant des jugements politiques aberrants.

     Dans le chaos actuel au Proche-Orient, on voit surgir l’insuffisance crasse des médias et informateurs (radio, télé, presse, personnalités, élus). Personne ou presque pour rappeler l’Histoire ; que le pays de Bachar est lui-même divisé entre tendances irréductibles et insolubles, que « Syriens » signifie surtout amalgame d’erreurs et d’approximations induites par la terminologie.  Quelles différences, les enquêteurs, les commentateurs expéditifs font entre la trentaine de groupes ethniques ou de sectes dites islamistes, la douzaine de peuples distincts par l’histoire et les coutumes ou la diversité des langues parlées ? Aucune !  Quiconque s’approche de cette extrême division du monde arabe est saisi de notre manque de connaissance surtouts en France où l’ignorance est un culte, bon chic et bon genre, du style Sc Po ENA. Quand je « visitais » pour voir le camp de Calais,   on se rendait compte combien la non-saisie des différences entre « Arabes » est préjudiciable à notre entendement. Quelqu’un qui serait allé, jeune, en Algérie sait bien qu’on ne peut comparer un Mzabite avec un Kabyle, un Bédouin avec un Oranais, que leur histoire interne est complexe et divergente ainsi que la langue, leurs pratiques ou croyances religieuses. De même sans rien savoir de l’histoire des Omeyades, des Abbassides, des Andalous, des Ottomans, des Alaouites etc, on met tout ça dans le même sac syrien et… vogue la galère de notre « désinformation » usant de tout ce qui permet d’engendrer  puis de répandre l’ignorance arrogante bonne à diffuser dans notre société actuelle fermée aux migrants d’hier et de demain, une vision   européenne où surnagent les préjugés et l’hostilité à l’égard de ceux qui  cherchent à savoir avant de juger  

     

     Enfin… heureux sont les simples d’esprit qui abondent dans notre culture moderne dite éclairée ! Si le mot malheureux d’Arabe ou d’Islam permet toutes les confusions cela est peut-être l’effet recherché à des fins intéressées mais a des conséquences graves. Heureusement pour le symbole de notre passé cultivé, il reste quelques milliers de personnes chez nous pour respecter la connaissance, voire l’érudition, apprendre une des langues arabes, avant de parler pour ne rien dire. Ne pas penser, ne pas réfléchir se  fonde sur le non savoir. Nous commettons la même erreur avec l’autre inconnue de la planète quand on dit « le monde Chinois ». Mais là, on le paiera cher et cash. Quand on réfléchit au fait qu’un milliard et demi d’hommes ou presque sont amalgamés et appelés du même nom géographique, alors qu’on en ignore tout : les langues variées, les cultures internes, les croyances spirituelles. On mesure la vanité et le ridicule de nos juges  ou tribuns quand il n’y a en France qu’une dizaine de milliers de sinologues  qui eux ne traitent pas des centaines de millions de Chinois comme si c’était une entité même s’ils constituent une large palette de fédérations de Républiques 

     

    Malheureusement l’école, les médias donnent l’exemple de la suffisance et de l’aveuglement ; cela nous permet de nous exonérer de toute curiosité et du travail d’apprendre  avant de savoir. En tout cas notre méconnaissance est hallucinante. On se permet de juger des cultures millénaires et les situations inextricables actuelles, à l’aide de quelques stéréotypes et clichés.  Cela permet aux radios, télés et autres médias de nous raconter n’importe quelle absurdité tous les jours et nous…marchons, nous nous croyons informés et cultivés. Heureux les imbéciles arrogants ! Je souhaite à nos enfants et petits enfants des commentateurs et des politiques plus intelligents et cultivés. Mais cela n’arrivera pas… c’est le genre Trump qui nous guette !  

     

    Dans notre univers occidental étriqué, en pleine régression, on saluera donc le courage, dans la lutte contre les préjugés, de quelques spécialistes ès mondes étrangers, ceux qui ont appris les langues étrangères et l’histoire des autres continents.  Saluons aussi les quelques centaines d’amateurs qui tentent avec peine de s’y reconnaitre dans ce chaos et nous informent autant qu’ils le peuvent. Parmi eux, je salue en particulier les militants de Mulhouse Eric Chabauty et Pierre Freyburger auteurs de l’enquête « la Dérive du continent », (Médiapop éditions 2017) qui ont eu le courage d’enquêter sur place; tout comme le spécialiste connaisseur M. El-Miri (Université d’Aix) qui passe plusieurs mois sur le terrain 


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  • Racisme ambiant  et  fondation de  l’Histoire en « l’Occident »

     

     Au long de la démarche ethnographique de l’auteur Mustapha  El-Miri  (univ de Provence) au Proche Orient, en Afrique du nord  et subsaharienne , l’auteur démonte  les diverses situations  intriquées et obscures , les formes, les variantes du racisme,  essence de l’Occident qui s’expriment .  Grâce à l’observation directe et une forte érudition  il  décrit des faits vécus ou lus dont il tire les  conclusions au sujet du racisme contemporain,  qui se manifeste  sous des formes à peine neuves après 5 ou 6 siècles Il prend notamment le racisme anti-Noir  comme  principe fondateur,  ciment d’autres  racismes  depuis la Traite jusqu’aux migrations auxquelles l’Europe fait face de la manière  qu’on sait. Il nous conduit à concevoir le racisme comme une catégorie structurelle qui justifierait   la plupart des mouvements démographiques
    1   Le racisme noir occidental fondateur des autres racismes ( antisémitisme ,islamophobie, etc )
     Si le racisme a été universel à partir du moment où il y a eu conquête d’une population par une autre,  il est cependant multiforme  dans notre histoire  ( visible depuis  au moins  Christophe Colomb ),au  moment où   sur les autres continents toutes les populations  de natifs ont vu arriver sur leurs côtes,  particulièrement  en régions riches en terres,  minerais ou métaux précieux, des centaines de migrants « Blancs »  qui  deviendront des millions, déferlant par mer  terre  ( Afrique ,Asie, Australie, Amérique du nord et du sud) . Et tout à coup les autochtones se découvrent « Noirs » « Rouges ou « Jaunes »   selon  la désignation de leurs « visiteurs » Blancs. Attitudes multiculturelles qui façonneront une civilisation   et les mentalités des exploiteurs de ces    autochtones  ( style le petit Blanc)
      L'explication et les étapes historiques sont indispensables pour saisir la division interne, « naturelle », que  des sociétés qui s’  appuient sur la force inégale des armes détermineront  la durée de la domination. Classements et  catégorisations de « couleur » sont indispensables pour saisir  des  jugements  et des incompréhensions  consubstantielles  à toute la culture occidentale  Elles allaient déterminer des infériorisations,  des exploitations,  des déplacements forcés qui  survivraient  pour  réaliser   le socle  qui construirait nos conceptions profondes,  nos jugements historiques,  politiques et intellectuels  ( y compris dans les "sciences sociales"). C’est ce qu’avait esquissé Jack Goody dans Le vol de l’Histoire . Il s’est battu contre cette conception de l’écriture historique :«  Comment  l’Europe  a imposé le récit de son passé  au reste du monde »  ( sous-titre) a été son  livre le plus important,  un  grand pas en avant des  dernières années sauf en France  bien sûr où il a été ignoré malgré  sa traduction récente. 

    C’est-à-dire :d’abord on « fait » l’Histoire » (conquête, traite, esclavage, imposition d’une nouvelle religion,  transfert des richesses locales ) et  ensuite  on « l’écrit ».

    Cette façon de voir le passé   chez Goody  démolit les  préjugés de l’ histoire  académique classique . Il  rend justice aux études des meilleurs intellectuels locaux qui récusent ce qui fut écrit par les Européens sur leur société. Il combat  les  concepts scientifiques  en faisant appel à   de nombreux faits sur deux siècles . Ses références factuelles:   300 auteurs anglo-saxons  et une trentaine de Français qui prirent   un point de vue  non conventionnel  et ont contesté  l’ethnocentrisme des sciences  humaines .

    Quand les arguments racistes prirent-ils le pas sur la justification économique par rapport à la force  pure de la domination ?  Notamment quand les armées partirent et  que les colons restèrent ,et  légitimèrent leur présence  grâce aux théories biologiques  de la fin du 18è quand on déplace de force les  dominés et  qu’on les transforme en e soit en esclaves, soit en travailleurs forcés.  Goody suggère que  les théories de la domination naturelle des Blancs ont affecté toute la culture et toutes les attitudes, y comprises progressistes  et bien sûr les  idées religieuses ;  en en faisant  des convictions profondes, intériorisées et même parmi les plus engagés dans la libération   y compris les marxistes qui ont perçu les conflits de classe comme  premiers ; notamment  les intellectuels des sciences sociales et politiques du 19è et 20è.  Devenues naturelles au bout de 3 ou 4 siècles, ces convictions  n’eurent pas besoin  de longues justifications.  Selon  Goody ,  les idéologies écrites et raisonnées socialement,   n’eurent pas  besoin  de discours , ni de proclamations ou de récits  justificateurs ; elles devinrent innées   au point que les esprits les plus engagés, les révolutionnaires du XIXè manquèrent ce débat. Ce fut la remarque que de nombreux intellectuels Noirs  ou métis  adressèrent aux marxistes  (ainsi  lors de la lutte des Noirs américains pour les droits civiques) Ce sont ceux-là que la lecture de MEM remet au jour.
     Quel rapport   a ce combat de quelque  historiens  et anthropologues isolés au 20è avec la thèse de MEM ici étudiée ?  Justement il apporte de l’eau à ce moulin-là ,en   fournissant le matériau de l’ethnographe ou du sociologue d’observation participante  au sujet des formes subtiles et  diffuses du racisme  par rapport à l’exploitation de  la force de travail et la non reconnaissance de Droits. C’est pourquoi le racisme est  plus multiforme, plus enraciné  que l’aliénation au travail dans un rapport de race avant de classe. Il suggère que le racisme « méditerranéen » actuel (des pays du pourtour) est fait  de différenciations fines que seul l’ex-colonisé qui « transite », ressent.  Il montre les nombreux visages de ces   racismes : celui de pouvoir et d’institution bien sûr, mais aussi celui, privé des témoins, passeurs , aides et employeurs .  Le racisme corporel n’est pas la même chose de part et d’autre de la mer, le racisme de langage   est également distinct chez l’Arabe, qui voit transiter ou  chez l’Espagnol ou celui du Français méridional.  Les comportements racistes varient aussi selon le lieu, le moment et le style de comportement à leur égard   dans la cité, Ils ont imprégné la culture de voisinage et la moindre sociabilité ; ils ne sont pas saisissables pour la majorité des intermédiaires ou des observateurs extérieurs. Cela s’explique aussi par l’ancienneté du contact  et par   la durée du séjour  oula réussite du migrant   au contact de l’étranger.
     L’essentiel est de retenir que la culture occidentale ( et en partie aussi l’arabe)  a été imprégnée pendant de siècles de domination, de  représentations inconscientes inculquées par de nombreux biais  . Il est impossible de les percevoir de l’extérieur,et  de  concevoir comment elles sont reçues  Aussi les pages  de  El -Miri qui les  décrient sont riches en petits indices probants.

    Contrairement aux formules de l’ethnocentrisme classique ou de l’égocentrisme social,  celles du racisme institutionnel  consubstantiel  sont le filtre  à travers lequel  se construisit  « l’Histoire du monde ». Cette progression jusqu’à aujourd’hui est essentielle pour analyser   les étapes de la migration au XXè et XXIè et comprendre l’intériorisation par l’émigré actuel, de ces formules  historiques cumulées  qui le conduisent à travers  des « accueils » différents au long du périple à assumer au moins  plusieurs « identités » infériorisées   distinctes
      Avec ce cadre analytique en tête,  El-Miri  mène  une enquête  par observation directe  des diverses étapes   du déplacement  de Noirs à travers le  Sahara, puis le Maroc  et l’Europe du sud.  Il met en évidence les simplismes  de la construction ( et l’efficacité) d’un racisme anti Noir à chacune de ces étapes   au long de la traversée  (désert, pays arabes,  puis passage de la mer et rencontre avec l’Europe).  Ces migrants « noircissent » si on peut dire, au fur et à mesure des pays qu’ils traversent, se découvrant de plus en plus noir  au cours de la rencontre de l’émigré avec diverses acculturations. Tout cela  lui demande une gymnastique subjective imprévue, tissée de nombreuses ségrégations et discriminations du monde arabe vis-à-vis des subsahariens jusqu’à l’indésirable en Europe. Chacun des racismes au long du voyage   se construit sur des bases nationales   et le migrant doit découvrir, progressivement, l’intégrale altérité : couleur, statut, éducation, critères  assignés par des sociétés  qui présentent à leur égard,  des manifestations ambiguës  dans l’échelle de valeurs, allant de la désignation par la couleur de peau   aux imputations d’infantilisme,  pi bien d’ intelligence primaire, necesairement associées au  statut de quémandeur. A l'évidence  il   y a de nombreux barreaux   à descendre dans l’échelle du racisme tout au long de son périlleux parcours


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  • Le terrorisme et l’égoïsme 

     

    Candide :  j’ai gravi la montagne pour vous voir  et vous demander  votre interprétation des événements que nous vivons ? Qu’arrive-t-il au Monde Occidental  actuellement ?  Qu’est ce qui lui tombe dessus, un effondrement ou  une plaisanterie, un  éclatement en un chaos ou   un  grand rire ? On ne lit rien de solide et de sérieux pour expliquer une conjonction d’événements  prétendus imprévus par tous les  augures  professionnels  Toutes  les boussoles s’affolent  et toutes les Madame soleil  et autres voyantes en perdent leur latin  Personne ne sait par quel bout aborder cette absence de logique dans l’interprétation 

     L’ermite  Oui la confusion est totale.   Il n’y a jamais eu de pensée politique plus indigente.  On peut l’aborder  par les  puissances des marchés qui ont conquis le monde ; la guerre économique ; la concurrence  au couteau. Ou par  le capitalisme concentré en quelques mains  cachées  que ne peuvent pas  aborder ou appréhender  les analystes  d’aujourd’hui  perdus. Les mutations de la formule capitaliste  ancienne s’imposent à la vitesse de l’éclair, laissant les observateurs pantois. La concurrence est  souvent faussée : ce n’est pas un absolu ; il a toujours eu des ententes, des coalitions, des négociations secrètes en vue d’alliances cachées  qui font de la concurrence un mode transgressé comme un autre  rapport économique, et  en rien le  concept intouchable  qui cimente la démocratie occidentale sous le couvert de l’union des oligopoles  mondiaux. Seul le grand capital concentré pouvait réussir cette colonisation des esprits et   dans le même mouvement l’élimination du prolétariat qui « pourrit » la vie des très riches, salit le paysage urbain et pollue. Ils s’y sont arrivés récemment et c’est leur jour de triomphe : lors de la dernière présidentielle et législative toute la gauche (PC, socialistes,  insoumis) ne fait à peine  plus que 20%  Bref aucun danger ; le business pourra continuer sans ennui !

    Le sens de l’Histoire n’a  plus aucun sens !!

    Peu d’ auteurs à  forte audace  osent relier les deux événements de la fin du XXè :l la montée du terrorisme et l’aggravation de l’esprit d’égoïsme ( lucre, luxe,  avidité  à l ‘argent etc.;) cela remonte à la disparition du prolétariat  de la grande industrie et simultanément,  à l’irruption des classes moyennes, formées de catégories disparates ,surgies du succès d’un capitalisme fin de siècle. Ont   été unifiés le haut des classes populaires bien scolarisées (ce qui explique leur respect pour « l’Ecole » et donc leur légalisme  à l’égard de la République) et d’autre part la petite bourgeoisie possédante   qui accède à un haut niveau de vie,  paralysée par son respect pour toute forme de propriété  y compris la plus gigantesque ; un conglomérat  aisément manipulable, certes  un peu frondeur mais pas du tout révolutionnaire. La survenue de ce genre de classes moyennes  sur la scène nationale    a été l’événement  marquant de la fin du siècle dernier. Leurs 30 glorieuses c’est 1975 à 2015. Républicaines,  respectueuses des conventions d’ordre, de  politesse , de  civilité,   elles ont laissé s’installer  une démocratie dirigée en secret par des banques et  les trusts de niveau du Cac 40. On croyait cela parvenu   à la connaissance ; apparemment ce n’est pas le cas. Il existe trop de notions-écrans, dont un  goût pour l’idéologie de la république,  une loyauté à son égard, une absence de méfiance 

     Les prolétaires traditionnels, disparus, sont le phénomène le plus curieux. Ainsi  passer de 20% à 2%  de votes pour le PCF en 20 ans est stupéfiant. Sans explication convaincantes. La classe  ouvrière  qualifiée a été « exportée »   lorsque son travail délocalisé  a peu à peu  été abandonné  sur notre sol. Les industries à faible technologie, celle de biens de consommation communs, les bas services (manœuvres,  chauffeurs,  bâtiment, les employés d’entretien)  sont restées mais  ces emplois sont  occupés par des travailleurs jeunes,  anciens  ou nouveaux immigrés, et même    clandestins

     Tout ceci largement connu , facilement justifiable  bien que le discours politique    s’appuie sur le ressort de la  fidélité aux idéaux naïfs ( liberté du marché, égalité de tous, solidarité),   et cela  a  fonctionné jusqu’au moment où la gauche qui jouait les faire valoir de la droite  ne disparaisse à son tour, récemment. Ce que personne n’attendait puisque, dans ce cadre, la gauche était  verbale et gesticulatoire depuis 1981 ,  la chimérique alternance  a été utilisée par la droite  et fonctionnait    comme écran.  Les œillères de la culture politique que nous avons acquises à l’école, dans la famille et dans les institutions empêchaient notre génération de concevoir  une république  masquant l’essence  du combat politique    en tant que partage du  pouvoir  entre diverses droites. Maintenant c’est clair : à la lumière   de la première tentative de suicide  de la gauche en 2002 , quand, sous Chirac , manipulée, elle  se rallie à la réaction. Il fallut d’abord éliminer les communistes ;  ce fut acquis avec leur propre accord  (innocence de penseurs de bureau ? ) puis parachevé avec la fin des socialistes  ( les mois derniers ). Disparation  faite aussi avec l’accord des intéressés, la plupart passés à droite sans   regret.  Donc un  double suicide consenti; exit la « Gauche » !

    Ou bien...alors pour comprendre les liens entre le terrorisme et l’esprit capitaliste, partons d’autres faits ; retournons à la réalité  complexe  quoique  pas  imprévisible. En  Occident les critiques  du capitalisme  sont cent fois plus nombreuses que les  apologies issues de ses défenseurs  attitrés ; les détracteurs verbaux supplantent, et de loin, les soutiens officiels. Pourtant   rien ne se passe ! Aucun   changement espéré !.Jamais le capitalisme intégré et concentré n’eut autant de force et de liberté d’agir. A quoi servent ces bataillons de contradicteurs, de dénonciateurs ? De caution ?   De faux espoir ? De   mode de  patience ? Ils ne nous expliquent pas  le phénomène essentiel du succès de ce type de capitalisme en France,  qui  a sa source  particulièrement Outre Rhin.  l’Allemagne qui a raté deux occasions de dominer l ‘Europe  économiquement et qui , deux fois,battue ,revancharde, s’est élancée,  soutenue par l’ Amérique dans cette troisième guerre mondiale, celle exclusivement  du marché. Pour cela, elle a commencé par  diriger en sous-mains l’union européenne, elle a continué à a démembrer les nouveaux membres admis. Diviser pour régner ; elle a ouvert les vannes   en faisant éclater la Yougoslavie ; la Serbie, l’Ukraine , etc ..encourageant toutes les autonomies et  les particularismes. Là ; oui  on peut dire : le marché a fait éclater les frontières, celle des vieux États où  tout le monde veut  se séparer  dans la Grande Famille européenne. C’est la discorde acrimonieuse  des grandes entités  nationales :Usa ; Grande Bretagne, Espagne ; demain Italie ? Symptôme mais de quoi ?. Qu’allons nous faire notamment  en France de ces  révolutions ? Problèmes cruciaux !

     

    -Candide : Mais quels liens avec le terrorisme ? Que cache le virus de la séparation ?  c’est contradictoire avec la mondialisation dont nous sommes une faible part

     Ermite  Eh bien ...il faut sortir de la politique pour s’intéresser à la société profonde et secrète. On peut prendre le problème par cette autre entrée :la morale publique disparue   en raison  de notre indifférence aux autres nationaux, ceux de  jeunes pays  en guerre en  Afrique et Asie du sud - une jungle entre eux.  L’Occident   traverse une période  de  forte démoralisation ;en s’aveuglant sur  lui-même, espérant se recentrer sur soi, alors qu’il connaît un malaise  spirituel sans précèdent, une crise  du sens  à donner à la vie collective, un mal-être ensemble  qui  inclinent ( une partie la plus visible)  à une autodestruction collective   par certains d’entre nous. Par exemple l’entraînement à la mort des spectateurs et des passagers ( premiers signes!) :l’accident  provoqué de l’avion Germanwings, et autres avions  étrangement disparus..) . On vivait sur un petit nuage : 72 ans de paix  sur le sol européen. Aucune guerre  chez nous, toujours chez les autres (naturellement, puisque nous les envahissons ou bombardons)  .  Ce phénomène de paix  relative et sélective a été irrémédiablement  remis en question : « ça ne pouvait plus durer » disent les fatalistes la période la plus longue qu’il y ait eu dans notre histoire  d’ absence de conflit armé sur notre sol est terminée !Alors oui !  La guerre   revient  sous des formes  inhabituelles : fusillades scolaires, violences, coups de couteau au hasard  des rues. Personne ne  nous aide à  saisir   le sens de ces démonstrations mortifères entraînant des  collectifs  (attentats au hasard se terminant par la mort des auteurs).Personne en fait le rapport  entre ce nouveau  terrorisme intérieur avec une  mode, « tendance américaine »   qui n’avait, chez nous,  pour ancêtre que les anars style  bande à Bonnot (qui,   eux, ciblaient) . Cette violence  exercée souvent par une jeunesse, à l’encontre d’une autre jeunesse aux loisirs  « chics », fêtes commémoratives, ou symboliques,  promenades en famille. Assauts et fusillades  visent- certes pas clairement- un style de vie d’une jeunesse  argentée   très moderniste  aux réjouissances scandaleuses pour le reste de la jeunesse mondiale en situation  désespérée de non avenir, de drame d’enrôlement guerrier ou de pauvreté .  Notre  monde a  fait récemment éclater les revenus entre  jeunes riches et  jeunes pauvres  éparpillés dans plusieurs continents  dans une proportion multipliée par 100 en 50 ans C’est dire le fossé, que dis-je, l’abîme  qui sépare les deux jeunesses mondiales

    Ce   phénomène  d’ écartèlement des modes de vie des jeunesses  est très ressenti par les  victimes intéressées  qui nous frappent indirectement mais personne ne veut le voir.  Pourtant le rapprochement  avec   l’afflux de migrants pauvres, les noyades,  violences des passeurs, exils, camps de rétention , parcage genre Calais est justifiée  ; c’est du capitalisme sauvage du transport,  l‘ancien produit   d’un faux équilibre  ignoré entre importations et exportations de  main d’œuvre.  Nous avons laissé partir notre jeunesse spécialisée  et  nous avons supprimé les emplois d ‘ ouvriers industriels  chez nous. Nous avons « exporté » notre force de travail en délégant l’industrie manufacturière  au Tiers monde ou  à la Chine.  Un mouvement  original au début  dont nous n’avons plus la décision en main.  Pour la première fois, la mondialisation initiée par nous nous échappe : la délocalisation de  populations rurales  de mondes retardés  a ainsi  créé un autre mouvement migratoires   inédit à cette échelle. La mondialisation des circulations va  dans tous les sens, désordonnée, incluant des transferts démographiques  continentaux  en Asie du sud , en Afrique et au Moyen Orient dont on se demande idiotement s’ils sont « demandeurs d’asile » ! Bien sûr qu’ils le sont tous ! Prolétaires exilés intérieurs, et  migrants -revenants- comme  fantômes du passé de notre conquête -se rencontrent sans se voir

     Par conséquent le  bon vieux  sens de l’Histoire part de tous les côtés, en lambeaux.  Les explications lumineuses  d’hier à base de préjugés  n’ont  plus aucun effet.  Phénomène abasourdissant : tous les ensembles et les fédérations  éclatent. Alors ,  qu’on croyait  cela seulement  dévolu à l’ex URSS,  cette  implosion   touche également  l’Occident.  Unions-rétractions de régions  unies. Actuellement  on n’ajoute plus, on soustrait.  On a tout  et son contraire à la fois. Murs et  abolition des barrières douanières, grands marchés de l’Europe  et  sa démolition par des régions autonomistes  ou  de petits pays  dits de l’Est qui dictent leur  découpage, leur  séparatisme . Pied de nez à l’histoire  .  Pas étonnant que le grand  public et des médias censurés masquent cela à l’opinion  ne s’y reconnaissent  pas. D’autant que les intellectuels puissants, la presse et leurs clientèles d’hommes politiques   n’offrent  que des commentaires abracadabrants  incohérents où   des dérivatifs

    Afrique , Moyen Orient et Asie du sud-est :  effet papillon

     Le terrorisme de rue, religieux ou non , est un sous-phénomène relié, une forme anti capitalisme et donc d’anti-progrès . Les jeunes radicaux  musulmans sont une part du même  problème  (pauvreté et perte d’avenir de la part de la jeunesse  qui n’accède pas au genre et niveau de vie de ses congénères d’autres pays, les occidentaux) . Ils signent dans le désespoir et le nihilisme le lointain découpage de 1920 de l’Empire ottoman ; découpage que nous avons conçu avec une règle et une géométrie,  sans tenir compte  des guerres de tribus  et en oubliant  les schismes du Coran qui rendent les alliances impossibles et les haines ressuscitées par nos interventions intempestives et arrogantes. D’où , sans surprise , nous avons allumé la mèche du chaos  et ... « c’est la guerre ». Et c’est nouveau, le double front. Il fallait y penser avant d’intervenir  pour la troisième fois dans le Moyen Orient, piège ; ou  en Afrique. Alors oui !, le boomerang de nos interventions    par des irresponsables sans  pertes  pour nous puisque nous bombardons de haut et de loin  (sous le contrôle bien sûr de l’ONU et pour la « paix » !)   conduisent l’Europe et l’Amérique   en guerre   sur 2 continents et …à l’intérieur d’elles-mêmes.  Là, on a des effets  cumulés   et les inconvénients   retardés :  mais  la bouillie qu’on nous sert : explications  ahurissantes  jamais imaginées( justifications,  légitimations, film de guerre  des jeux d’ enfants)  n’est plus opérante. Un effet boomerang  se dégage ; bref ça cavale en tous sens  .Les dérangés de luxe d’ armes à feux collectionnées  en  passe-temps de retraités oisifs. ? Après le golf :le tir à balle  réelle , les  détraqués   font des feux d’artifice  et des cartons sur nos enfants . Eux qui nous disent « merci papa ; merci maman de nous  introduire  dans ce monde  de bisous-bisous  »

     De plus, les responsabilités historiques  se sont inversées : la justification  de la lutte contre les religions arriérées   s’appuie  sur la notre,  qui est  juste et morale. La grande science économique    pour faire « snob » et moderniste   légitime  la  religion, du marché libre,  le culte de la consommation,  l’envie insatiable du profit, l’obsession de la richesse ;  on ne dit plus capital mais néo libéral  c’est mieux ; le  consommateur  glouton ,increvable  avale  tout ce qui se présente   «engloutissez, engloutissez  »  Quand est-ce que la planète en aura marre de notre intrusion ? Elle commence par le manifester.

    Candide Alors la suite au prochain numéro ?  Je reviendrai

    Ermite Oui.. .  bien que vois  tout ça de très haut, de très loin.On rediscutera de  la révolution qui est à l’ordre de tous les jours. La révolution est partout, dans toutes les bouches, le mot fait fureur toute la vie française.Qui en est rythmée à tort et à travers. C’est le mot référence  usé jusqu’à la corde. Même sciences Po  la prône  ; c’est tout dire ! Bref ,ça sert au moins à  quelque chose :l’immobilisme !

    L

     

     


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