• Selon Thoreau, marcher en forêt c’est désobéir (Rousseau le grand marcheur le pensait aussi).
     Pour moi dormir à la belle étoile quel que soit le temps c’est aussi ne pas obéir  aux lois de conformisme, des  conventions et  des contraintes du besoin de confort. Pas besoin d’aller dans le Massachusetts ou dans les forêts de  Sibérie… pour  sortir  des sentiers battus  et des excès du  modernisme
    Ne pas obéir   compense et justifie  le  refus de la protection artificielle des villes, de la chaleur de sa maison et le refus  de   se sentir  mouton, noyé  dans la masse de la foule anonyme.  Dormir dehors  signifie une perception très différente de la nature, du monde  minéral ou vivant.  Cela commence   dans l’enfance par  apprivoiser  les bruits étranges nocturnes,  par  retourner la peur du noir en  amitié solide avec l’obscurité, par  rencontrer peut-être sans les craindre,  nos fantômes intérieurs. En dormant dehors, on maîtrise quelques heures son destin  loin des horaires et contraintes des « effrois » de notre temps. Il y a longtemps que je pris cette habitude  pour me débarrasser des miasmes de la civilisation  organisée jusqu’aux minuscules détails de notre vie. C’est pour ce genre d’éducation, qu’adepte régulier de cette pratique, j’y mène souvent mes enfants ….ou des amis curieux de cet univers inconnu qu’est la nature, la nuit.  Tout s’y transforme : des bruits aux perceptions  des couleurs du soir  ou du matin, et bien sûr la meilleure connaissance de la vie sauvage, celle des animaux
    Sortir la nuit  de chez soi, c’est  sortir de soi, de la protection artificielle de la civilisation :  c’est penser librement. La situation nocturne  y convie .Partir seul à l’aventure dans un coin  peu habité,  voire désert,  c’est se consacrer à l’essentiel ; construire ou aménager son abri improvisé, faire un feu pour  cuire son repas (notamment si on a pris quelque poisson avant) .  Partir la nuit hors de chez soi  c’est   aussi  s’enraciner dans la  vie organique ;  c’est fonctionner auprès  des arbres, élément essentiel  de la protection  de l’humanité dès ses débuts. Pour moi  les arbres me  protègent de la pluie  ou de la rosée,   m’octroie le bois pour le feu ,  me donnent  le droit accrocher mon hamac (je suis partisan de ce couchage depuis que j’en pris l’habitude chez les Indiens d’Amazonie ;un  hamac bien choisi protégeait de l’humidité et des animaux rampants  en forêt équatorienne ). La nuit, ici,  dans un endroit totalement isolé me donne la possibilité de  renouer avec mon passé. En général je choisis la montagne, les bords des lacs ou des rivières,  ou encore les cabanes de pierres sèches des bergers du Causse : là où on ne rencontrera personne.  Bien choisir son arbre, comme Brassens le dit,  est essentiel : on doit calculer une distance correcte pour la suspension, l’orientation et la solidité   du hamac! Tout un symbole : l’arbre a été l’ami de Henry Thoreau, celui de Sylvain Tesson en Sibérie aussi. Le bois  représente  tout dans la mythologie des gens de la nature, des marcheurs ; il sert à toutes sortes d’usage sans parler des fruits : bois de construction, bois des vaisseaux   afin de traverser les mers,  bois de chauffage. Le foyer  de la grotte préhistorique  jusqu’à  la maison protectrice ont été alimentés par lui pendant  des millénaires. Il est aussi la protection contre le vent, atténue la pluie ;  il parle à travers ses branches sous le vent ; il se plaint, gémit ou adoucit la violence de la bourrasque
    Donc  d’abord toucher l’arbre, obtenir sa confiance, accrocher nos affaires   lui  laisser le temps de se familiariser  avec l’intrus que nous sommes.  Lui qui va nous balancer au gré de la brise,  fait admirer  son fut et ses bouquets de branches qui,  vus du bas, couché à leur  pied,  nous transmettent  sa force,  son éternité au-dessus de nous, loin  du sol
     Ordre des taches vitales
    1) Nettoyer  d’abord  l’endroit choisi des déchets de la civilisation de loisirs  et de ses  pollutions de la part de promeneurs  ou des touristes peu responsables
    2) Ranger ses affaires, prendre ses marques d’un soir ; préparer du bois pour le  feu , se baigner ou  trouver un bon endroit de  pêche  particulièrement si on a emmené son canoë  gonflable
    3)  Puis explorer les alentours ; écouter la rivière,  admirer la voûte céleste et vérifier  si la « belle étoile »  est  arrivée,
     4) En partant laisser la place intacte; notamment remettre les pierres qui ont servi au foyer à leur place initiale, recouvrir les cendres de terre et de feuilles ; n’abandonner aucune des traces de son passage  que le temps  serait chargé d’effacer : la nature n’est pas faite pour notre service ; c’est l’inverse
    Une nuit dehors : on ne s’ennuie pas ; au contraire. Mais  à notre époque, on n’écoute pas  ce message; ici, pourtant,  on peut  reprendre possession de soi-même et retrouver le sens du silence. Non qu’il n’y ait pas de bruit la nuit.  Au contraire, il y en a de multiples : arbres qui « parlent » au gré du  vent,   l’eau   tumultueuse du torrent ou  les  animaux nocturnes qui s’appellent  .Le tout  a une sonorité singulière, selon la situation  géographique  ou la saison ; une autre musique, douce ou colérique. On ressent l’histoire des hommes qui depuis des éternités  vivaient  là  et qui eux  respectaient la nature nourricière.  Les arbres qui vont soutenir mon hamac   sont mes deux piliers de cette régénération. Chaque fibre, chaque branche  s’élance   à cette recherche  de liberté. C’est pourquoi je noue une relation  particulière avec  eux . A passer  des  nuits dehors, je retrouve le goût de marcher pied nus, ce que je ne peux faire en ville ;  je choisis  là  un mode  de circulation  dont j’use régulièrement dans la vie quotidienne, chez moi dans mon jardin  et  en  tous terrains. On ressent directement notre lien avec le minéral, la solidité de la terre qui nous supporte.  Le contact fréquent avec le sol  que j’apprends à mes enfants  est une nécessité   organique    afin de  se sentir en accord avec son environnement matériel
    4  Ne pas oublier de contempler le coucher du soleil, de se laver  au torrent. Et le faire  également  au sens figuré, afin de se laver de toutes les fausses obligations, les artifices et  les  occupations oiseuses imposées par notre société.  Cela permet d’   établir  à l’occasion une autre relation humaine avec  d’autres solitaires. Quand   on rencontre le berger  avec ses moutons, le pêcheur et ses truites,  le ramasseur et ses champignons,  on noue un rapport simple et authentique  puisqu’ils sont amateurs et   connaisseurs de la  nature nourricière  que nous respectons  ensemble
    Une  autre relation humaine de qualité
    Si j’ai  emporté un livre de Thoreau   je le lis à  l’aide  de ma frontale ; alors, je ressens les mêmes sensations exprimées dans  sa Bible : « Désobéir »  (Cf  p 106) qui est une Ode à  la forêt.  La sauvegarde du monde   implique la préservation de cette nature sauvage dit-il : 
    « Je  pénètre dans la forêt   comme dans un lieu saint ;  c’est là que se trouve la vigueur,  la moelle de la Nature  La préservation des animaux sauvages suppose la création  d’une forêt pour qu’ils puissent y  demeurer  ou s’y retirer. Il en va  de même pour l’homme. Il  y a cent ans  on vendait dans nos rues de écorces prélevées  sur les troncs de nos arbres et autres plantes médicinales… Je crois  en la forêt, en la prairie,  et en la nuit  qui voit pousser le grain (p100).. Le voyageur  peut  fort bien s’étendre  dans les bois la nuit presque partout  en Amérique du Nord .Il y a quelque chose  dans l’air qu’on respire en montagne  qui nourrit  l’esprit et  l’inspire » p 97.
     A mon retour dans la « civilisation », je vois  la société  d’une autre manière : plus miséricordieuse, plus compréhensive  et  je suis plus tolérant à son égard. Ceux qui pratiquent ces bases fraternelles  entretiennent  et font survivre le respect  de la Nature  font comme moi. Car nous sommes plus nombreux qu’on le croit  à exercer cette  démarche,  non de retrait égoïste et de refus de la société, mais  de recherche d’un meilleur rapport  à la société à travers une relation profonde  avec notre mère : la terre. Donc  j’envoie ce signal à tous ceux qui n’ont jamais essayé  et qui vont le  tenter .Partager  cette Renaissance et se ressourcer : ce pas de côté, dans les horaires et contraintes de la vie quotidienne,  est une  source  de  résistance  face  à  la société quand on la trouve  parfois    trop conformiste  ou envahissante .
    Alors... ce que je viens de raconter n’est pas une histoire à dormir debout, mais simplement un  geste  de  bonne  santé et d’équilibre mental que tout un chacun peut pratiquer à l’abri   du regard des curieux,  des pulsions de l’exhibition ou de la  grande absence de  modestie ; choses  si  banales  chez nos contemporains  .Je suis jaloux de ma liberté  et je  n’en parle qu’à mes très proches ; je n’aurais pas  confié mes réflexions  si mon père - qui connaît la chose  et  l’a pratiquée - ne m’y avait invité. C’est pourquoi  je  n’écris ce témoignage qu’à l’adresse du petit nombre de personnes, celles qui sont aptes à comprendre : bien sûr mes familiers et   quelques amis intimes  qui, eux,  ont saisi le sens profond de l’acte de  dormir dehors   : Alors Bonne Nuit !
    Doc 
    La chanson de Brassens est « auprès de mon arbre,je vivais heureux »
    Les deux livres  de Thoreau :Désobéir  et de S. Tesson dans les forets de Sibérie sont édités en livre de poche


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  • 22/12/2021

     

    Don Quichotte en ermite : l'isolement pour réfléchir.

     

    Lucas m'a ramené mes textes écrits et dispersés sur les blogs, dans des papiers de conférences et des notes pour moi, la soixantaine de petits articles que j'y ai publié depuis une dizaine année. Il les a réuni en quatre tomes, respectivement à leur répartition effective depuis le sommaire de ce blog. Le premier se nomme « Accueil » et fait 500 pages, le second « La mort des républiques » fait 25 pages, le troisième « politisation de la jeunesse » fait 20 pages, et le quatrième « objectifs et projets » fait 80 pages.

    En relisant cette centaine de notes et d'articles, j'ai réalisé que j'avais travaillé plus que je ne le croyais depuis dix ans, depuis que j'ai arrêté d'écrire des livres. Mon dernier, sans compter Ader, date de 2009 et s'appelle Le goût de l'observation. C'était là mon testament intellectuel. Après je me suis lâché et j'ai utilisé l'hostilité de mon ermitage pour écrire sur la société, au jour le jour, en improvisant, sans codes ni normes, bref, une totale liberté d'invention et d'imagination.

    Le bilan que je tire de cette réunion de réactions épidermiques est un sentiment de Don Quichottisme où je me suis sentie ridicule dans mon projet de me rendre utile en m'enfermant, là-haut, dans une solitude extrême.

    Cependant, je considère encore que dans la confusion actuelle, dans la manipulation des esprits, même involontaire, dans le brouillage des idées et l'abaissement du sens de l'intelligence, il était justifié de s'en éloigner, de s'en distinguer, et de voir de haut et de loin ce que mes contemporains sont en train de fabriquer, ou de détruire.

    Je vois plutôt le sens de la destruction, de l'automutilation, et de l'abaissement de ce qui fait le propre de l'Homme, c'est-à-dire la pensée, la réflexion et l'observation. Si je reprends cette lecture à mon compte, je réfléchis à ce truc de dingue : 800 pages en 10 ans sur l'actualité, le passé récent, et le futur probable.

    Alors, il s’agissait peut-être pour moi d’un défoulement, l'ennui d'être seul, là-haut, de marcher de manière automatique pour susciter une vision neuve.

    D'accord, on dira orgueil, vanité, c'est probable. Mais depuis cinq ou six ans tout va trop vite, tout change en un éclair, par exemple il n'y a plus de lecteurs, de lectures, très peu de livres, et surtout, ce qui me frappe, plus aucun sens critique.

    Alors, on excusera le manque d'unité de cet homme et de ses papiers parce qu'il n'y a pas de possibilité d'échanger, les quelques esprits libres qui demeurent sont éparpillés, et je ne vois aucune unité à l'expression critique qui se manifeste, ici ou là. Donc je livre ces textes à la bienveillance de quelques lecteurs qui m'excuseront d'être parfois mauvais, parfois impulsif, parfois observateur judicieux. Puisqu'il n'y a plus de sociologues engagés, au moins il restera l'intuition d'un sociologue dégagé, d'un intellectuel arrivé qui refuse, un jour de plus, de travailler dans un lieu de prestige, refusant la contamination par un orgueil intellectuel, la vanité des manières d'idées que nous sommes, et l'influence qu'il aurait pu avoir sur les étudiants, de les manipuler par nos observations dites supérieures, et par les notes arbitraires que nous leur donnons. Donc je ne veux plus de ce pouvoir sur l'avenir des jeunes gens, pouvoir que rien ne justifiait auparavant dans ma vie, ou dans mon expérience.

    Je laisse donc les lecteurs anonymes de ces textes, peu régulés et homogènes, se promener sur mes deux blogs avec bienveillance : « Mondialisation et histoire, comprendre la crise », et « Jean Peneff ».

    C'est triste une société qui a perdu son sens du ridicule, le goût de la caricature, l'ironie comme moyen d'intelligence, et qui ne fait preuve d'aucune fantaisie. Je regrette les années 60 à 80 où les chansonniers, les comiques, les intellectuels, se montraient d'une très grande acidité ironique, faisaient rire de nous et donc de notre société. Ce sens de l'ironie est perdu. Le rire, comme moyen de réflexion, a disparu. Il n'y a plus de comiques professionnels qui nous faisaient réfléchir. Et pourtant, que de choses à dire aujourd'hui sur les absurdités, les incongruités extravagantes de notre pauvre société qui a perdu le sens de l'auto-critique.

    Et pourtant, que de choses il y aurait à dire sur le petit macroléon devant lequel sont agitées des marionnettes de Zemmour.

    Une société qui a perdu le sens de la caricature devient totalement manipulable, et peut-être intoxiquée par n'importe quelle marionnette, ou par une menace supposée mortelle. Mais cette prophétie, facile à faire, nous l'avions fait en 2005 sur les essais thérapeutiques. Je fais référence au texte de Brochier qui avait testé les médicaments, contre un bon salaire d'ailleurs, mais qui montrait l'aspect superficiel, incohérent et inapplicable des règles de fonctionnement pour établir des remèdes. A partir de là, nous avons fait de ce genre d'écritures, d'énoncés par l'ironie, d'énoncés de falsificateurs, les outils de destruction des illusions faciles pour mettre à la place des choses réelles (200 ou 300 migrants dont des enfants noyés par jour et par nos attitudes d'un égoïsme forcené ou de citoyens masqués qui sont la proie de n'importe quelle religion de la médecine ou des illusions républicaines que les médias, à longueur de journée, ne cesse de diffuser).


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  • 15/12/2021

     

    Ce cher plastique,

     

    Ce cher produit moi j'en veux au moins trois couches. Ma biscotte du matin dans sa boîte plastiquée, dedans la ranger dans sa boîte plastiquée, et ce cher plastique pour ma biscotte à croquer. Cette chère biscotte il faut la gagner.

    Le plastique est partout. Il nous inonde, il tue la planète, il détraque le climat, mais ça ne fait rien, c'est bien. D'ailleurs, quand je disparaîtrais, je veux être emballé dans du plastique. Le regret c'est de constater que dans ces bêtises de production de la société, aucun sociologue ne se lève pour se moquer. C'est comme le sucre : il est partout, dans tous les aliments, les légumes sélectionnés, la viande arrangée. Nous sommes devenus addicts au sucre. Mais je suis content puisque les asticots aussi, qui me dévoreront, seront devenus addicts au sucre.

    Il n'y a plus de ces humoristes, de ces chansonniers, de ces acteurs comiques qui bercèrent notre jeunesse et le début de la vie adulte grâce à l'auto-moquerie, à la caricature de nos défauts et à la dénonciation par le rire des bêtises que notre société véhicule à longueur de journée. Cela ne pousse pas à l'admiration. Le manque d'esprit caustique, l'absence d'auto-ironie, le recul de la caricature, sont le fait de la gauche et de la droite. Ils dénotent l'effondrement de l'esprit et l'absence de tout recul historique de nos élites et de nos chers professeurs. On peut dire « la gauche, la gauche, la main sur le cœur » et sentir qu'il n'y a plus aucune différence dans les esprits laminés par la bêtise et l'absence d'humour. Si ce n'était pas prétentieux, on leur dirait « rappelez-vous : où étaient vos parents en 1940, en 1958, en 1968, avant la grande disparition des esprits libres et de la recherche de l'indépendance de la pensée ? ».

    Pour observer, il faut avoir des idées d'observation. Il faut se saisir de toutes les scènes de rue, de transports, des univers observables de loin ou de près, et initier les jeunes à ce besoin éternel d'écouter, regarder, lire et observer la vie. Les profs et les élèves, la rue ou le café, le travail ou la maison, le bus ou le train : tout est là, offert au regard. Et demandez-vous : qu'est -ce qui a changé en 6 ou 10 ans (rien vous me dites, mais si, tout à changé ces dernières années). Profitez de ces univers observables, voyagez, circulez, ouvrez les yeux, fouillez votre mémoire, et mettez de côté sur des carnets, ou dans un coin de votre tête, ce que vous avez vu et que vous voulez garder.

    Sinon cette belle société du 21ème siècle va disparaître sans regard extérieur, sans auteur neutre, et sans spectateur passionné par les phénomènes contemporains inouïs et passés inaperçus. J'ai pu en citer quelques-uns, d'une main noyer les migrants, et de l'autre se sucrer , bouleverser le climat par le plastique et la pollution, se signer et se réfugier dans des mirages où se noyer d'illusion.

     

    15/12/2021


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  • 17/11/2021

    Retour sur le Singe Nu

     

    Pour une sociologie ouverte s'intéressant aux deux problèmes de notre temps :

    1. Les migrations s'accélèrent et le monde s'est mis en mouvement, il y a des migrants partout, pour le bonheur ou pour le malheur de nos sociétés vieillies, repliées sur elles, et fermées à tout mélange de races ;

    2. Le rapport qu'il y a entre les événements météorologiques terrestres, les nouvelles conditions d'existence de la planète et l'action de destruction, donc d’auto-destruction, des conditions de santé que des minorités nous imposent par la pollution de l'air, de l'eau (multiplication des voyages en avion, des paquebots de croisière) et la création de matières artificielles, participent à bouleverser les conditions physiques et chimiques de la dernière étape de notre vie d'Homo Sapiens.

     

    Je pense qu'il faut réfléchir aux grands textes des anthropologues, des paléoanthropologues et des zoologistes qui viennent de tirer la sonnette d'alarme. Nous sommes sur la voie de plus en plus rapide de la destruction de notre environnement. Cette destruction peut prendre de multiples formes : inondation, cyclone, changement de climat, réchauffement, mauvaise qualité de l'air. Nous sommes à un seuil de vérité. Si nous continuons à épuiser la terre nourricière et les ressources nécessaires à notre survie, comme le font déjà l'agriculture industrielle et la production d'un bien plus ou moins utile, nous connaîtrons à une catastrophe naturelle avec une prolifération de nouveaux germes, de virus, de microbes.

     

     

    L'épisode de ce petit virus 19 est typique des dégâts que nous pouvons créer. En effet, notre histoire a connu des centaines de virus, de bactéries, de microbes. Par exemple, la Peste Noire qui a éradiqué un quart de la population sur un siècle ou deux pour arriver au XXème siècle, provoquant 20 millions de morts. Ce petit virus 19 que nous venons de traverser est une aventure d'ampleur ridicule par rapport à ce que notre espèce a connu. Ainsi, il faut être vigilant sur nos consommations, le maintien de l'équilibre ressources / exploitation, et ne pas se laisser intoxiquer par les médias qui alternent régulièrement endormissement – écran – menaces hallucinatoires – création de peurs paniques.

     

    Il ne faut pas se laisser intoxiquer par les fabricants d'opinion qui a coup de milliards achètent la presse, la presse, la télévision, la radio etc. Pour cela il vaut mieux vivre un peu à l'écart, en retrait, sans participer à la folie générale.

     

    En recommandant les deux lectures utiles, dont les références figurent ci-dessous, je souhaite souligner la parenté entre ces deux grands chercheurs qui relativisent les peurs et les paniques que nous connaissons, et qui dévoilent les corrélations et les signes que nous ne voulons pas voir. En signalant que Sapiens est une société toujours en mouvement, que la planète est en libre circulation, que ses ressources et ses conditions sont pour tous universelles, ils relativisent les menaces que nous fabriquons à l'égard des migrations. La circulation incessante, l’exploration du milieu, le mouvement éternel, c'est le propre de toutes les espèces y compris de la notre. Depuis un ou deux millions d'années, Homo Sapiens est un membre de l'univers en perpétuelle mouvement (alors oui, c'est vrai qu'aujourd'hui le mouvement par la technique et l'invention s'est accéléré. De Clément Ader, mon ancêtre, premier créateur d'avion, à Pesquet, l'astronaute français qui descend de là-haut, il n'y a que 130 ans : un rien, une poussière dans l'histoire du temps. Mais ceci caractérise la relativité que nous devrions construire au sujet des paniques et des terreurs que les gens qui nous dirigent, les médias qui nous informent, les hauteurs et les philosophes qui nous assomment d'idées reçues) nous devrions relativiser tout ce que nous attendons aujourd'hui et qui n'ont aucun rapport avec la réalité. Il est temps de se reprendre en main, de se mettre à l'écart pour réfléchir. Et enfin, d'observer les phénomènes sociaux incroyables que l'on voit se dérouler sous nos yeux.

     

    A peu près tous les gouvernements de notre planète se servent de l'épidémie du covid pour asseoir leur pouvoir, réguler leurs intérêts, encadrer les esprits et fabriquer une nouvelle espèce d'homo sapiens proche de l'animal bien dressé, obéissant, aux réflexes conditionnés. L'histoire de la planète doit nous servir à nous libérer, nous émanciper des clichés et des faux problèmes pour ne plus rester coincer à la maison, marcher au pas, se faire vacciner de telle ou telle manière, comme des animaux dociles et obéissants et qu'une poignée de dirigeants, d'entrepreneurs, ou de politiques, cherche en rivalisant entre eux à nous imposer un conditionnement idiot et en menaces exagérées.

     

    C'est comme ça, doucement, que le monde occidental a fabriqué un ordre moral aux mains d'une poignée de dirigeants marionnettes afin d'éliminer toutes contestations, toutes critiques et interdire dorénavant, tout esprit libre.

     

    Alors oui, la question des migrations, celle de la désobéissance démocratique, de l'émancipation de notre cerveau des cadres de pensée imposés, cette question se pose comme urgente, cruciale, vitale.

     

    C'est pourquoi mon petit esprit critique m'a suggéré de me mettre pendant 20 ans à l'écart de ce mouvement perpétuel et de cette fausse agitation des esprits pour me faire retirer en montagne dans une sorte de refuge, d’ermitage, pour avoir le recul nécessaire, le retrait des activités superficielles, pour me faire récupérer mon équilibre et mon analyse. Parti à la retraite le premier jour où j'ai pu le faire, j'ai alors abandonné un poste de prestige, des créations lucratives. Ce que je ne regrette pas, étant donné ce que j'observe de l'évolution triste et négative de la société dans laquelle j'ai vécu.

     

    Le nouvel observateur, Pierre Mornet, propos recueillis par Véronique Radier, « Yves Coppers : Sapiens est un pirate de l'évolution » , n° 2776, 2018

     

    Le Singe Nu, Desmond Morris, 1968, ed. Grasset


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  • Mercredi 08 décembre 2021

     

    Jeunes gens, comptez sur vous-mêmes comme vous aînés l'ont fait.

     

    Je suis triste, très triste, quand je vois vos aînés, quand je relis vos ancêtres, et que je repense à tous ceux sur cinq siècles qui se sont battus pour une société un peu plus juste, un peu plus consciente. Bref, avec un petit bout d'intelligence. Le premier, il y a longtemps, avait déploré que lorsqu’un régime voulait mourir, il trouvait toujours les moyens et la persévérance pour arriver à ses fins. Ils ne pensaient pas encore aux régimes occidentaux démocratiques qui ont porté l'impérialisme à son plus haut niveau. Mais sa prédiction se révèle juste aujourd'hui car le chemin de l'auto-destruction est bien entamé (merci donc Machiavel).

    Nous avons été éduqués, nous, dans la lecture, l'estime, l'admiration d'intellectuels ou de gens du peuple qui se battaient contre tous les régimes dangereux et les menaces sur la civilisation intellectuelle. J'ai fait mes études avec ces exemples sous les yeux: Marc Bloch qui réalise et ose, sous l'occupation, d'écrire l’Étrange défaite où il analyse l'aveuglement, le sien et celui de ses pairs. Nous avons admiré Bloch et avons été troublés par ce genre d'engagement car il a meurt dans la résistance.

    Mais nous avons eu la chance de rencontrer directement d'autres personnes qui se sont battues, seules ou avec quelques-uns, les mains nues contre des régimes politiques soumis, infantiles, manipulables, et des hommes politiques d'un niveau intellectuel inimaginable il y a même quinze ans.

    Nous nous parlons de Germaine Tillion, ethnologue, et de ses camarades dans un camp nazi, qui prennent des notes et font sans le vouloir, et le savoir, de l'observation participante. Mais elle et ses camarades rescapés, nous avons rencontré, discuté, et écouté leurs informations dans une situation où nous étions nous-mêmes relativement en danger : pendant la guerre d'Algérie. En résistant à la cruauté de nos camarades soldats, et de leurs chefs criminels, nous avons contacté Germaine Tillion et ses sœurs pour leur demander comment faire : faut-il déserter, faut-il affronter un procès ? Et nous avons apprécié toutes les informations qu'ils nous ont donné.

    Nous avons donc échappé au pire, mais jamais oublié cela lorsque nous avons enseigné la sociologie. L'observation participante, comme j'ai pu l'écrire, avait des ancêtres glorieux (y compris en Amérique : dureté du Ghetto, défense des autochtones par Jack London, et protection des minorités ethniques par nos camarades de l'école de Chicago).

    Par conséquent, nous avons essayé de transmettre ça à la génération suivante à travers les cours, les livres, mais aussi l'exemple individuel. C'est pourquoi ma désertion de l'enseignement supérieur, qui prenait une orientation déplaisante, ce départ n'était pas une désertion, mais une volonté de combattre, un peu seul dans mon coin, l'exemple négatif que représentait mes camarades sociologues, mes collègues académiques, tous les défenseurs de l'ordre établi. En me retirant, et en réfléchissant, écrivant, seul à la montagne, j'ai voulu m'inspirer de l'exemple de mes glorieux aînés.

    Aujourd'hui le rôle de la sociologie serait de coller à la réalité quotidienne, d'enquêter tous les jours, de faire de n'importe quoi un terrain, sans perdre de temps, sans bibliothèque, sans vraiment de livre, et sans carrière conformiste espérée. La lucidité a un prix, mais elle a un avantage : c'est qu'on peut se regarder dans la glace.

    Alors jeunes gens, je vous plains. A vous de trouver votre chemin, de construire votre esprit de rébellion ou d'analyse, et je vous souhaite bonne chance.


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