• 12/03/2021

     

    Un livre somptueux : richesse et originalité.

    BROCHIER, Christophe. Qu’est-ce qu’une république : sociologie historique du gouvernement républicain en Europe (500 av. J.-C. – 1940). Essai (Sciences politiques). Paris : St-Honoré éditions, 2021.

     

    Je veux parler d’un livre éblouissant dont j’ai fièrement accompagné l’auteur durant sa thèse sur le Brésil. Ce livre restera inégalable pour longtemps parce qu’il fait partie des ouvrages qui sont d’immenses synthèses, relevant d’érudition entretenue par la lecture d’une centaine de références, et s’attaquant à des sujets cruciaux et capitaux, notamment : pourquoi le monde européen a imposé dans l'univers le sentiment que la république était le meilleur système politique possible, et qu'elle devait être adoptée sur la planète entière ? Un objectif presque réussi, la république étant devenue la référence politique ordinaire.

     

     

    Dans ce livre absolument étonnant, il y a l’analyse concrète des circonstances politiques où un régime s’est appelé république sur deux-cents ou trois-cents cas. Cette originalité, et la survie d’un système de pensée antique, caractérisent la vie occidentale sur près de trente siècles. Alors, c’est l’honneur de la sociologie d’avoir eu un de ses « enfants » qui se soit affronté à l’une des plus grandes singularités perceptibles quant à l’imposition du mot de république comme modèle de gouvernement en Europe.

     

    Bien sûr, il nie l’évidence qui consiste à penser que la république n’a pas de rapport autre que la démocratie puisqu’elle suppose le pouvoir du peuple, sur le peuple, pour le peuple. Or, il s’agit d’un mythe, des minorités républicaines et anti-républicaines mélangées s’emparant toujours du pouvoir. La finesse de son travail réside dans le regard qu’il apporte sur une centaine de république. Ceci à propos du partage du pouvoir entre gens fortunés, chanceux au départ et qui appartiennent à l’élite des possédants, à une fraction de propriétaires et de riches, ainsi qu'à un groupe de personne sans héritage au départ mais qui deviennent membres de l’élite après de longues études approfondies.

     

    Une fois éliminés tous les slogans, du genre « liberté, égalité fraternité » (pas beaucoup applicables aux colonies et encore moins en métropole où le droit de vote n'a été octroyé qu'à certaines catégories sociales dont on serait certain qu'elles n’abuseraient pas de la revendication égalitaire).

     

    Si des fractions, un peu moins bourgeoises, possédantes et fortunées, ont pris le pouvoir dans certains pays européens, elles ont immédiatement conçu la création d’une élite fermée, repliée, cherchant à se maintenir au pouvoir par tous les moyens possibles sur le mode occidental. On pense bien entendu aux républiques populaires, aux démocraties populaires et à tous les régimes qui, au nom du communisme, ont isolé une partie de la population respectueuse, différente, obéissante, au profit de gens qui avaient fait ou profité d’événements historiques pour faire, disaient-ils, une révolution politique.

     

    Après la lecture de trois-cents pages très denses, on est amené à se questionner à propos du rôle que joue la sociologie étudiant le monde politique, les élites politiques et les grandes fortunes. C. Brochier nous le suggère, indiquant qu’elle ne sert à rien, si ce n’est presque rien, sinon à faire le job du sociologue qui applaudit et cautionne. En d’autres termes, il faudrait multiplier les études de cas, les monographies, les séquences historiques sans leçon, les descriptions gratuites sans morale ni conseil à donner. Là réside la vraie socio, celle qui consiste à décrire pour rien, regarder pour savoir, au mieux pour rire ou pour sourire de la divergence entre les actes et les mots. La vie en société est un théâtre permanent et le sociologue est au raz de la scène, dans le trou du souffleur en regardant, admiratif, de tels mirages se développer et de telles situations se diffuser.

     

    A la fin, C. Brochier rappelle que faire une centaine d'études de cas, de façon gratuite, sans théorie politique à soutenir, sans idéologie, sans souci de voter, sans militer : c'est là le rôle de la sociologie qui réside dans l'acte gratuit de l’homo sapiens : savoir pour savoir. Il fait référence à Howard Becker qui nous confirme que les descriptions des études de cas forment le seul objet raisonnable dont on comprendra le sens peut-être dans trois ou quatre siècles, comme on ne comprend rien aujourd'hui aux anciens collectionneurs de timbres ou de papillons qui ne faisaient que ça pour le plaisir de comparer : mettre cinq cents papillons épinglés les uns à côté des autres, et puis on ne sait pas, peut être que dans deux cents ou trois cents ans, il y aura un Darwin de la vie sociale et politique qui nous dira : « j'ai comparé les cinq cents cas dont j'ai trouvé les traces, les survivances, et c'est à vous maintenant de regarder si ça a un sens, une direction, une utilité ».

     

    A la fin de la lecture de ces trois cents cinquante pages de C. Brochier, on se dit que le jeu en vaut la chandelle et que le propre de l'Homme c'est de ne jamais demander « pourquoi » mais « comment », ou « dans quelles circonstances une série d'actions se produit » etc. Dans le cas étudié ici, le fait de savoir qu'une catégorie de possédants, de gens très fortunés, de milliardaires, se disent et se montrent comme les défenseurs de la république, les amis de la démocratie, et que dans chaque cas ces successions d'alliances, les combinaisons de forces entre fractions, forcément « démocratiques » font la politique, l'idéologie et le sens de l'existence de nos sociétés contemporaines. Tout ceci n'est pas rien.

     

     

    Donc c'est la simple curiosité du collectionneur de se dire : les républiques ont une idée forte, la falsification, la manipulation, l'exploitation, une manière organisée mais une bonne conscience et une morale intransigeante. En gros, la sociologie politique à la C. Brochier permet de sourire ou de rire de nos pauvres dirigeants, gouvernants, possédants qui s'agitent pour nous exploiter, pour détourner notre attention et pour obscurcir notre réflexion.

     

     

    Inutile de dire que ce livre a suscité la colère des historiens, la haine des éditeurs et comme tout écrit de lucidité : a été chassé de la Cité, en tout cas refoulé de notre conscience.

     

     

    Ce livre décapant montre l'idéologie latente républicaine sur tout le monde intellectuel français, et notamment sciences po', droit, lettres, sociologie et histoire. Bien que l’auteur ne le dise pas, on y devine la sociologie ironique de l’histoire de ce modèle républicain, et la revanche de tous les livres mis au ban de la société, condamnés sur le banc des accusés pour ne pas voir été naïvement républicain (beaucoup d'auteurs ont dû renoncer à leur manuscrit). Il y a un « effet France » à cette idéologie, la force de l'imposition de dictatures morales paraissant propre à ce pays, alors que d’autres visions, claires et objectives, se manifestent dans le reste de l’Europe. Je pense bien évidemment à John Dunn, Jack Goody, Kenneth Pomeranz, des auteurs résumés et discutés sur ce blog.

     

     

    Avant-dernière conclusion quant à la singularité de C. Brochier, sa capacité de mettre en pratique sa critique du système républicain, manifestant l’existence d’îlots d'intelligence et de lucidité en France. Mais le connaissant, lui ou ses camarades, je sais qu'ils se sont mis à l'écart des honneurs, des carrières et des ambitions, pour réaliser ce saut de géant, cette prise de recul que je n'ai vu obtenu dans ma génération que 4 ou 5 fois dans les sciences sociales américaines. Mais dans d'autres continents, comme le Brésil, le Canada, peut-être l'Orient, il y a de grands historiens-anthropologues-sociologues qui, comme une race en danger, maintiennent tout de même l'esprit de recherche et un sens de la besogne réunis pour élaborer des œuvres de l'esprit.

     

    Une question qui n'intéresse que les sociologues : comment organiser une série de cas dans une présentation claire et aérée? Ici, il y a plus de 200 cas de républiques étudiées. Ainsi, la sociologie montre que ces études de cas constituent la base du travail, les idées justes naissant de leur comparaison et opposition. Mais ces idées justes sont décevantes pour les esprits simplistes des éditeurs, des lecteurs, des professeurs parce qu’elles ne proposent rien à la vente, rien à en retirer comme gloire et comme honneur, le seul profit qu'on en tire étant de se fâcher avec de nombreux entourages. Cependant, la ténacité des études de cas débouche un jour sur une grande théorie de l'évolution, comme celle de l’anthropologue du vivant, Darwin, qui les a réuni une grande et unique perspective.

     

     

    En outre, ce livre illustre que l'idée et l'envie de république n'existent jamais que pour une petite minorité de la population, un groupe concerné par le désir de suprématie, de direction et de prise de pouvoir, un groupe à la grande culture et aux grands moyens matériels. Brochier nous explique qu’à un moment donné, la direction et l'invention d'une république est le fait de deux ou trois fractions de la bourgeoisie, deux ou trois fractions des grandes fortunes qui se sentent à l'étroit dans le cadre de la puissance dont ils ont hérité par fortune, par hasard, par membres de l'élite et par connaissance historique et scolaire.

     

    Par conséquent, la démocratie telle qu'elle est décrite ou racontée, n'existe évidemment pas. C'est le nom donné à l'envie de partage, de participation d'une association hasardeuse de gros et moyens puissants du monde, de gros et moyens possédants, de dirigeants bannis ou exilés, mais de riches et puissants qui veulent revenir dans le métier politique en se saisissant du fait que la démocratie républicaine peut ouvrir plus d'ambitions et d'intérêts que les régimes qui l'ont précédé.

    Enfin, ce livre et cette analyse de 200 ou 300 républiques aussi différentes les unes que les autres, est un pari fou, un défi à la raison, une contradiction avec tout ce que les sciences humaines enseignent, et avec évidemment la critique implicite des régimes en France républicaine précédents, et de l'actuel. N'oublions pas que notre république à nous a été le fait d'un général un peu fou, venant d'un excellent milieu intellectuel et social, qui réalisa deux coups d’Etat pour la purifier, c'est la moindre des choses en 1940 et 1954. Heureusement, cette contradiction n'est relevée par personne, absente des livres scolaires, à l’instar d’un désaveu pour toutes les sciences humaines enseignées et diffusées dans notre monde contemporain.

     

    Conclusions à tirer :

    Au sujet de l'idéologie latente, ou extériorisée, républicaine sur les sciences politiques, les sciences humaines, l'histoire ou le droit, il serait utile de savoir quelle place devrait tenir la sociologie et s'il y a intérêt à une réunion de disciplines entre l'ensemble des études d'histoire et des études de sociologie. L'intérêt en France serait l'apparition de chercheurs qui échapperaient à la dictature morale républicaine et qui seraient des penseurs libres. Nous n'avons aucun Jack Goody, aucun John Dunn, Richard Evans, qui sont des alliances critiques issues de l'histoire et de la sociologie apprises ensemble à l'université.

    Ce livre, il est facile de le comprendre, a suscité le refus des éditeurs, provoquera, s'il est lu, la colère des historiens et des sociologues. L'auteur ne sera pas chassé de la Cité, mais en tout cas refoulé de notre connaissance. J'ai connu cette situation puisque mon livre sur la Mort des républiques a été écarté par tous les éditeurs et je l'ai enterré. Ironie de l'histoire, ce genre de réflexions avait été l'aboutissement d'un long chemin, qui en 1848 a vu une république française s'effondrer, et qui à la suite à décider de ne pas faire carrière, de se mettre en retrait et de se consacrer à la critique des dictatures morales que représente la république. Il s'agit bien évidemment des écrits dits de « 1848 » de Karl Marx. Lui-même était un rat de bibliothèque, un lecteur insatiable, admirateur de la grande culture historique du XIXème siècle, fabriquant de notes innombrables, et son petit appartement, avec sa famille, croulait sous les papiers de lectures, les notes, les pages arrachées, dénotant le besoin d'une grande culture historique avant de porter tout jugement sur l'histoire présente.

     

    Merci à cet éditeur original que sont les Éditions Saint-Honoré.


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  • Vendredi 09 janvier 2021.

     

    Le Covid et le gigantisme des institutions.

     

    Ce qui me frappe dans cette pandémie actuelle, et dans sa réception, c’est le manque d’expérience des grandes crises du passé affrontes aux épidémies qui ont frappé le monde à des dates récentes : mes grands-parents ont connu la grippe espagnole, mes parents la grippe asiatique et nous-mêmes ce virus du même registre que ce que l’histoire nous a fait rencontrer.

    J’ai fréquenté la médecine et les hôpitaux par curiosité et non pas en tant que malade. Depuis l’âge de quatorze ans, je n’ai pas rencontré la médecine, je n’ai pas eu besoin d’elle. C’est sans haine, sans rancune et sans préjugés que j’ai regardé le développement tentaculaire de différentes médecines qui se sont séparées pour travailler chacune de leur côté ; les patients et les médecins qui ne se rencontrent jamais, seulement peut-être lors de grandes occasions comme aujourd’hui.

    En tant qu’ethnologue, j’ai été frappé dans les vingt dernières années, depuis que j’ai écrit La France malade de ses médecins aux éditions La Découverte, par le gigantisme qui a saisi ces activités en parallèle, puis maintenant en concurrence.

    Comme les espèces animales qui ont grandi trop vite et trop tôt pour devenir monstrueuses (exemples : dinosaures, brontosaures), le gigantisme brutal engendre un déséquilibre entre espèces et vivants et milieux de vie. On sait que les dinosaures, et les autres espèces concurrentes de même taille, se sont effondrés en luttant terriblement pour utiliser leur milieu.

    Or, aujourd’hui j’aperçois quatre espèces gigantesques de taille impressionnante, ayant grandi en dix ou vingt ans à une dimension inimaginable. Je pense à la médecine de ville contre la médecine hospitalière. Je pense à la médecine hospitalière publique contre la médecine privée. Je pense à toutes les spécialités, originales et nouvelles, qui viennent se créer dans un marché qui était à dimension humaine, désormais passé à un niveau cent fois supérieur.

    De même, la médecine de campagne libérale s’est affrontée à la médecine de spécialités, de plus en plus exigeante et sophistiquée. Ces guerres internes entre campagnes et villes, villes généralistes et villes de spécialistes, établissements de soins et établissements de prévention, multiplication des espaces et division du travail médical en dix ou douze grandes branches. La petite médecine de campagne générale a disparu. La relation libérale rurale a été débordée par les spécialités, conséquence de la vitesse de déplacement et du quadrillage du pays.

    Là-dessus s’est greffé un autre appareil, plus ou moins d’état puisque ces gigantesques dinosaures médicaux se sont multipliés, une organisation du médicament qui n’a rien à voir avec la petite pharmacie de campagne que j’ai connue. Ainsi, on est rentré dans un monde nouveau que je n’avais jamais soupçonné, et qui en dix ans a bouleversé soignants et soignés, quadrillage et nombre d’effectifs d’agents et d’acteurs, et prélèvement phénoménal sur le produit intérieur brut.

    En ce sens, le Covid dévoile tout ce que l’on ne voulait pas voir, où la demande est déterminée par l’offre, celle-ci ayant plusieurs visages et niveaux, comme une hydre vivante qui s’entretient régulièrement, grandissant et grossissant sans cesse et qui finira par détruire le milieu dans lequel elle vivait, à l’instar des dinosaures en rivalité avec deux ou trois grandes espèces atteintes de gigantisme qui se sont détruites entre elles, ou éventuellement ce sont auto-détruites parce que ces histoires de virus, de variant, d’origines et de nationalités différentes, ont créé des étiquetages fantaisistes des médias et des politiques, ce sont agrandis jusqu’à un seuil d’éclatement.

    Ayant vécu beaucoup de crises internes d’origine politique, je peux dire ce que sera l’issue de cette crise sanitaire, positive maintenant que le roi est nu, que la politique des labos et des médias s’est emparée des sujets, que la fantaisie et les inventions jamais épuisées de présentations qui s’entretiennent les unes des autres, détruisent à la fin l’espèce entière, ou en tout cas, les catégories de l’espèce qui avaient fait une confiance illimitée à ce monde médical qui depuis vingt ou trente ans est devenu une dictature peu visible, et finalement recherchée, sinon adorée.

    Dans l’histoire des institutions qui meurent, je ne vois comme leçon à retenir, des effondrements du genre de celui des économies des pays socialistes, et notamment de leur agriculture, où des espèces de séquences historiques durant lesquelles le patronat a dirigé l’économie entière en prenant une avance stupéfiante sur les autres niveaux de l’économie, annexant la politique et finalement racialisant les relations sociales autour d’un seul parti. Je veux parler de l’Allemagne nazie. Là où le patronat, ayant considérablement alimenté les partis politiques, a fabriqué son propre bourreau qui le conduira finalement à la mort en 1945. D’autres exemples, comme le communisme dans les campagnes où les économies socialistes ont tant concentré, voulu moderniser et créer un appareil de cadres et de commandements, ont finalement réduit le paysan ou le producteur à un simple petit agent manipulable, ce communisme des campagnes s’est effondré lui aussi en quelques mois ou années.

    Alors, l’Occident rencontre ce problème de la fin de trois ou quatre espèces antérieures et l’on verra que sa croissance, trop rapide et trop profonde, ne permet plus à ceux qui l’ont initié de la maîtriser, de la manipuler et de l’utiliser à leurs propres fins.

    C’est tout ce dont je voulais parler à partir de soixante ans de rapport à la médecine, au système hospitalier et à la santé, de la part de quelqu’un qui a regardé ces espèces en voie de disparition, sans haine et sans état d’âme, parce que la chance est son régime de vie alimentaire, ou son système de croyance, l’ont mis à l’abri de tout contact à la médecine en raison à la maladie, de demande de soins et de recherche de paix à l’âme, parce que tout ceux-ci sont des attributs personnels que l’on acquiert par son caractère, par un style de vie, un rapport à la nature, un goût pour la dépense physique et un scepticisme total envers les messages, les ordres d’une société qui, par son armée, son église, son système éducatif, et aujourd’hui par son média et sa presse, ont voulu nous imposer.

    En restant à l’écart de tous ces événements, l’auteur de ces lignes, vivant seul en haute montagne, se permet de porter depuis son ermitage là-haut, un jugement amusé, curieux et sans prétention, sauf celle de faire penser au retirement et à la sagesse d’un Montaigne.

    Puisque le hasard m’a fait sociologue de l’hôpital et de la médecine, je veux suggérer comment échapper aux mâchoires de la médecine qui s’emballent aujourd’hui.

    Ne devenez pas, comme la médecine folle le souhaite, ainsi que les religions rétrogrades, des Vincent Lambert qui avait vécu 20 ans en réanimation, sans la moindre conscience, ni manifestation de vie.

    Echappez à l’hôpital si vous êtes âgé comme moi, échappez à la diffusion systématique de pharmacies et de spécialistes, échappez à l’emprise de la maladie et de la mort que l’on veut vous inoculer par un montage médiatique, une oppression idéologique, un chantage aux bons sentiments qui sont en fait un égoïsme personnel débridé et affolant.

    Anecdotiquement, je dirais comment mes parents ont échappé à la médecine lourde, à la chirurgie intrusive, en fin de vie, à 86 ans pour ma mère et 91 ans pour mon père. Ils ne sont pas partis à l’hôpital. Ils décidèrent de mourir chez eux. Ils le réussirent au bout de quelques jours d’inconscience, nous avons débranché, ma sœur et moi, notre père dans le coma et notre mère restée seule plusieurs années, a refusé la médecine hospitalière et la maison de santé pour finir seule dans sa chambre, d’une crise cardiaque.

    Moi-même, une fois hospitalisé dans ma jeunesse, suite à un accident sévère de match de foot et après une journée de plâtrage, de fractures, de points de suture de plaies, j’ai pris mes cliques et mes claques et j’ai quitté l’hôpital en douce. Souffrir ou mourir libre et indépendant est un honneur que nous revendiquons et un droit que nous défendons becs et ongles.

    C’est avec ce recul, cette absence d’angoisse, que j’ai pu étudier avec beaucoup d’amusement et d’ironie les services d’urgences, les hôpitaux, l’emprise des dépenses de santé sur une société devenue folle d’égoïsme.

    Une seule journée de nos dépenses de santé collective, équivaudrait à assurer le transport, la réception, l’intégration de plusieurs milliers de migrants qui fuient la misère. A travers la santé, nous avons perdu la tête, devenus fous et le virus le plus inquiétant est celui de notre égoïsme.

    Mais je sais que ce combat de nombreux de mes jeunes camarades, le mènent, ont pris la relève et j’espère, entraineront beaucoup de jeunes étudiants, puisqu’il s’agit là d’un groupe de jeunes et de moins jeunes qui viennent me visiter dans mon ermitage, là-haut, comme vient de le décrire David Lepoutre dans son beau livre « Ne demandez pas comment mais pourquoi ? (Odile Jacob éditions).

    C’est pourquoi je veux évoquer les écrits et les actions d’une bande de jeunes (de 40 ans) que j’évoque souvent dans ce blog : Christophe Andreo, Christophe Brochier, Mustafa El-Miri, etc. qui, d’étudiants sont devenus des amis intimes, des collaborateurs, dont les écrits me donnent fierté et espérance que toute intelligence n’a pas disparu.

    A d’autres que je ne connais pas, je dirais avant de partir, faîtes des sciences, aimez les maths et la physique, soyez des scientifiques, et tout le reste viendra : l’intelligence du social, des évènements rocambolesques du virus, une saine critique permanente, viendront naturellement (comme je le raconte dans mon dernier livre Ader l’aérien, un ingénieur toulousain - Saint Honoré Editions – Paris 2020)

    Je veux rapprocher mon insoumission dans la façon d’écrire la sociologie et dans le refus d’accepter la bêtise collective, la terreur de la mort et l’obsession de la maladie perpétuelle. Notre génération, elle a dû lutter contre des virus plus graves : nous avons été des insoumis face à la stupidité de la République qui nous avait envoyé tuer et massacrer en Algérie. Notre vaccination à nous, c’est celle contre l’obéissance à nos chefs, à la critique des institutions, et à la bêtise de la population qui se laissait manipulée. Donc s’ils viennent me vacciner de force, je partirai dans la montagne et vous direz aux gendarmes que je serai sans armes et qu’ils pourront tirer, en référence à la belle chanson de Boris Vian « Le déserteur ».

    Ecrit en collaboration avec Lucas Amétépé. 


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  • Vendredi 22 janvier 2021.

     

    La bonne blague : l'écran et la tablette qui remplaceraient Jules Ferry.

     

    Jules Ferry a institué une école obligatoire, longue sur la durée de l'année (au moins 4 jours sur 5 avec de courtes vacances) pour que l'instruction devienne le pilier de la formation des générations.

    C'est donc il y a un peu plus d'un siècle et demi que Jules Ferry est consort, et tout un mouvement intellectuel avec lui, et d'organisations politiques, ont pu mettre au point, imposer, diffuser un système d'éducation, d'acquis du savoir, à l'opposé de ce qui a régné intérieurement, d'une manière non concurrentielle, puis à partir du 18e et de la RF, d'une manière plus conflictuelle, à savoir l'instruction formaliste, l'apprentissage par cœur de texte, l'éducation sans fait et sans expérience, la récitation comme système de pensée. J'ai vu ce changement dans les années 40 et 50 où le partage des progrès et des savoirs ne peut se faire en dehors de groupes et de collectifs concrets, immédiats, qui joignent leurs compétences, associent leurs réactions, qui donnent la parole aux élèves, aux apprentis, aux jeunes savants. Dans ma classe, régnait un certain mutualisme puisque l'institutrice faisait l'école a 5 rangées différentes d'élèves, du cours préparatoire au cours de fin d'étude. Elle jonglait avec les programmes et les phrases, les grands élèves aidaient les petits, les échanges avec l'enseignant n'était pas fréquents, mais quand quelqu'un posait une question il intéressait les 5 rangées d'élèves d'âges différents. Les réactions collectives étaient une forme d'enseignement mutuel où l'apprenti jeune côtoie, travaille à côté de l'apprenti plus âgé. Les discussions pouvaient se poursuivre à la récréation ou sur le chemin du retour.

    C'était une grande découverte de l'enseignement qui a duré 1 siècle en France. Le climat, le contexte collectif du savoir, l'émulation permanente, les échanges élevés âgés ou très jeunes, font partie de l'auto éducation et c'est l'école, primaire et publique, qui a été à l'origine de cette révolution de l'instruction.

    J'avais vu les derniers restes de ce conflit dans l'Ouest catholique, et j'avais écrit un livre sur la concurrence de ces deux enseignements, à travers la concurrence de leur deux systèmes scolaires, l'un privé et l'autre public. J'avais donc décidé, dans mon enseignement, si un jour il se réalisait, d'être moi aussi un prof' spontané mais riche, aux multiples pédagogies ajustables, adaptées à chaque élève, et souhaitant qu'ils s'auto enseignent les uns les autres dans une perpétuelle compétition pacifique qui s'appelle la simulation, l'invention d'idée à plusieurs, engagée déjà bien avant le virus à rendre étanche les savoirs individuels, à en avoir qu'une vague ébauche de la vie du prof qu'on avait devant nous et de ne rien comprendre à l'histoire de l'enseignement dont nous étions alors le produit et les acteurs.

    Je souhaite bien du plaisir à ceux qui vont apprendre à travers les écrans, les tablettes, la télé : ils n'ont qu'à faire comme les petits enfants endoctrinés de l'enseignement privé que j'ai connu, apprendre par cœur, avoir des réactions programmées, être de véritables agents manipulables de n'importe quelle politique ou victime de n'importe quel virus.

     

    Ecrit avec la collaboration Lucas Amétépé. 

     




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  • La traite des Noirs, la mise en esclavage d’un continent, leur exportation vers l’Amérique, furent un grand symbole de notre régime occidental de productivisme et de l’exploitation des autres « races ».

    La transformation de conflits entre nous, la concurrence pour la marchandisation des humains ont produit entre nous des guerres terribles que nous avons exportées pour qu’elles deviennent mondiales. Mais maintenant, la troisième guerre mondiale dont nous assistons au commencement se fait à notre détriment pour nos déficits et pour accélérer notre chute. Donc le virus est un symbole et un dur rappel à la réalité de l’histoire, puisque les deux continents qui résistent victorieusement à ce petit virus parmi dix autres sont la Chine et l’Afrique noire. Ils tiennent enfin dans leurs mains, radieux, leur revanche , de deux siècles d’humiliation.

     

     Comme  pour les maths modernes ci dessous  la santé a pris le chemin inverse de la Raison Pour appréhender les raisons de la chute de niveau, il faut remonter au temps où l'enseignement des maths en France atteignait l'excellence. Pour Jean Pierre Demailly, enseignant chercheur à l’université de Grenoble, il faut remonter à l'époque de Jules Ferry, qui en 1881 instaure l'enseignement gratuit et obligatoire pour tous jusqu'à l'âge de 13 ans :

    La troisième guerre mondiale a commencé : celle contre, peu visible, le virus celle occasionnée par le virus

    C’est l’heure de la revanche et de la gloire pour des secteurs entiers de la médecine qui avaient été sous-estimés, de campagne, rustique, aux faibles moyens contre la  médecine hospitalière. Par exemple les urgences qui ont longtemps étés considérées comme la poubelle de l’hôpital ou de la ville. (Dépôt des SDF ou des poivrots  ,la honte de la médecine d’urgence qui doit les nettoyer et les faire repartir). Aujourd’hui les urgences sont l’entrée triomphale, l’honneur de l’hôpital puisqu’ils accueillent les malades glorieux du virus, ceux qui bloquent toute la Nation.

    La grande médecine technologique hyper-dépensière aux très grands moyens techniques et mécaniques, la réanimation, deviennent le centre névralgique de l’hôpital. Auparavant la Réa traitait un cas sur cent, maintenant c’est un cas sur deux, l’honneur de l’hôpital est le pic de l’attention extérieure puisque « tout le monde «  veut ressusciter »

    Le matériel énorme, le prestige nouveau fait d’un docteur des mandarins ou des seigneurs régnant sur les autres services.Tous ces changements cachent que   plus des ¾ des malades ainsi hospitalisés affectés par le virus ont plus de 67 ans, âge moyen de vie. Donc la pandémie, pour la médecine et pour l’hôpital, est un simple déplacement, un transfert de vieillards qui, au lieu de décéder chez eux ou à l’EPADH meurent sous les projecteurs de l’actualité à l’hôpital .Le troisième âge est bientôt le quatrième deviennent la priorité absolue, l’objet de travail de nombreux soignants et le symbole de la victoire de la médecine technologique mécanisée, suréquipée et hyper coûteuse

    Derrière ce cadre se cache l’intérêt capitaliste des environnements médicaux,  le plus simple, le profit qui était inimaginable, i y a quelques mois : l’occasion de la plus-value des grandes banques et entreprises pharmaceutiques. Finalement, saluons le vainqueur de cette crise : Alzheimer et peut-être d’innombrables Vincent Lambert pourront rentrer en état végétatif, de survie. C’est-à-dire des morts  dits vivants, que l’on maintient dans une vie artificielle ou le corps pratiquement ne s’appartient plus mais dépends de machines sophistiquées. Ce Vincent Lambert sous l’effet de la pression de l’opinion extrémiste des catholiques intégristes attendit depuis 20 ans soit  la résurrection divine soit le repos mérité de la tombe. Comme tous les catholiques il attendait le jour où ils sortiront du tombeau ou de la vie totalement végétative, mécanique. Pendant 11 ans ses parents fanatiques avaient refusé qu’on le débranche. Donc nous sommes tous des Vincent Lambert en puissance lorsque la médecine et l’idéologie prennent le pas sur la vie et la solidarité entre vivants, et non pas tous les vivants tournés au service des morts.

    La médecine revanche et spécialisation outrancière

    Beaucoup de branches en concurrence pour vivre sur le même tronc la méd hyper techniciste  et informatisée  contre la médecine traditionnelle où c’est le médecin qui se déplace  le toubib voit » le malade chez lui juge se son milieu  son environnement et en déduit un traitement adapté.  Maintenant la machine contre l’homme ; la Réa  lieu de prédilection pour les  greffes  ou  opérations du cerveau, les fractures graves !! .. La majorité des décès Covid ont plus de 84 ans : de là on réquisitionne tout l’hôpital à leur service : sans virus, aucune chance pour le citoyen lambda  d’aller en salle d’opération ou de soins lourds !!  et il est même pas sûr qu’il ait eu surmortalité ces derniers mois .Selon chiffres popu INSEE il y a eu en France moins de morts en 2020 premier semestre, que le même semestre en  2019 . Alors : » vive le virus qui fait moins de morts sur 6 mois » !

    Mais les médias qui servent des intérêts puissants, cachent ou ignorent par paresse  ou soumission  habituelle ces chiffres.  Pour le moment : légère surmortalité chez le plus de 85 ans  . Moi, qui ai connu l’hôpital depuis le poste de soignant aux urgences ,  je peux dire que c’est la résurrection pour ce service dévalué et marginalisé  ( les sans grade des agents)  ou les toubibs  les charitables qui veulent soigner les pauvres,  sans médecins traitant : pas d’argent pour la consultation) .   Maintenant l’urgence est une  voie royale d’entrée :un triomphe pour ces marginaux du personnel. Quelle revanche : les médias à leurs pieds,  au profit du 4éme âge.Bravo , on s’incline. Pour assurer un « avenir » radieux  à nos pauvres « vieux » , on arrête l’économie, la scolarisation,  la musculation, le sport et aussi la culture :   voilà ce qu’on dit à la jeunesse :

     Déculturez-vous !

     Déscolarisez vous !

     Demuscularisez-vous


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