• Bilan de ce retour à la civilisation

    28/04/2022

     

    Seconde réflexion sur le second vote où je suis allé à nouveau voter Macron / Le Pen dans la même enveloppe, inespérables, bien entendu nul. J'avais les mêmes raisons, prises il y a 30 ans, de ne plus voter, mais j'ai trouvé la situation actuelle tellement cocasse que je n'ai pas pu m'empêcher d'aller observer mon bureau de vote. Bureau bien évidemment tenu par des femmes, scrutatrices, guides, gestionnaires, organisatrices de la tenue et du vote. Un seul homme pour cinq femmes quant à l'organisation de la vie électorale. Ce sont des gens très bien, en gros des classes moyennes aisées de mon quartier. A propos des électeurs, s'il y a deux femmes pour un homme au moment où j'étais là, les hommes dépendaient quand même des femmes puisque les vieillards étaient soutenus par leur épouse (avec les réflexes conditionnés « oulala j'ai oublié mon masque » alors que personne ne l'exigeait, mais le masque est devenu une sorte de réflexe d'obéissance politique).

     

    Dans ce bureau de vote, forme laïque de la vie religieuse, il y a silence, rites nombreux, obéissance des électeurs, procession devant l'urne, mais il y avait, il me semble, aujourd'hui, une atmosphère générale d'enterrement.

     

    Il faut dire que en vingt ou trente ans le super capitalisme a été multiplié par sept ou huit, les richesses dans mon quartier ont vu une grande croissance (bagnoles, appartements, travaux immobiliers) à notre échelle, les milliardaires qui polluent ailleurs ou qui sont nombreux dans les pays occidentaux, viennent d’accumuler en quinze ans ce que leurs ancêtres avaient mis deux vies à accumuler. Cet aveuglement, ou cette autocensure, ont coïncidé avec le déclin engendré par une explosion du capitalisme dans le monde entier, coïncidant avec le faramineux essor des milliardaires, les grandes fortunes ont été multipliées, les profits ont crée une classe spéciale au-dessus de la très grande bourgeoisie : on peut les appeler les « financiers de la planète », les « supers banquiers d'aujourd'hui » et les « archi milliardaires » de toutes nationalités, mais y compris du monde de l'Europe de l'Est (Ukraine, Russie), soutenus par ailleurs par les milliardaires du pétrole des pays du Moyen-Orient, ou de ceux d'Amérique du Nord qui sont devenus innombrables.

     

    Le phénomène qui m'intrigue, et dont je ne vois aucun sociologue conscient de ça, est le passage rapide des classes moyennes de nos pays européens au sein de la moyenne et grande bourgeoisie. Les classes populaires ne font que cinq à six pourcents de la population, ils sont d'ailleurs non votants, non inscrits, et parfois non recensés. Je vois monter l'agressivité au sein des classes moyennes enrichies, croulant sous les dépenses de futilités, faisant tourner un commerce de luxe signalé par les containers dans la rue, les bacs à déchets qui croulent tous les jours sous les enveloppes et emballages des achats multiples qu'ils font de chez eux par commandes interposées. Je suis triste parce que personne, à part quelques jeunes et moi-même, ne perçoivent, ne décrivent, ne concluent rien de ces changements de décor quotidien.

     

    Il n'y a rien de neuf sous le ciel du capitalisme triomphant, sinon que le nombre des grandes fortunes, des archi milliardaires de toutes nationalités viennent de se répandre, multipliées par dix ou vingt en quelques années.

     

    Le super capital a vu ses profits multipliés par dix ou vingt dans les dernières années. Ce que l'on voit à Aix-en-Provence, dans la rues et les quartiers aisés, est involontairement confirmés par la télévision qui montre le genre de vie, de population, pour non incompréhensible, arrogant, à la richesse ostentatoire, multipliant les achats de luxe. Je ne reconnais plus rien aux véhicules d'hier qui ont devenus des bagnoles aussi longues que des navires, et aussi hautes que des tours, et des villas qui, tout d'un coup, poussent comme des champignons dans la banlieue d'Aix.

     

    Il me semble que l'atmosphère a changé. Et j'en ai la confirmation puisque pour nos appartements, des agents immobiliers viennent nous proposer, pour un éventuel achat, des sommes multipliées par deux ou trois en dix ans. Donc, il y a bien une société de luxe qui s'est brutalement imposée et diffusée, et sur laquelle je ne vois que très peu d'historiens économiques, et encore moins de sociologues ouverts et curieux.

     

    Si on creuse un peu, on voit que ce qu'on appelle les oligarques sont devenus banals dans tous les pays, y compris les plus pauvres (je mets dans ce phénomène d'euphorie tous les continents, sauf l'Afrique, l'Amérique du Sud, et il faudrait voir peut-être la Chine et l'Inde).

     

    Cela nous fait penser que notre réflexion doit porter sur la crise économique des années 90' qui a été refoulée pour connaître une explosion de richesses. Ceci présage aussi d'un effondrement comparable à la grande dépression des années 1930 qui avait été précédée par l'euphorie des années 1920. Mais de tout ça, je ne vois que quelques rares esprits informés, arrivant difficilement à s'exprimer ou faire passer des avertissements, des messages de prudence, parce que derrière ces dépenses inconsidérées, cet énorme gaspillage des éléments naturels, il y a une atmosphère d'enterrement, d'aveuglement, d'uniformité des moyens d'expression, de l'extrême droite à l'extrême gauche, de tous les médias, officiels ou non, et de tous les autres moyens d'expression.

     

    Comment échapper à cette atmosphère de dilapidation et d'enivrement avec tous les symboles du déclin, de la désaffection pour une vie économique prudente où une sagesse de société qui devrait manifester un peu plus de prudence et de sagesse (la fin de l'Empire Romain, celle des grandes civilisations antiques, avaient été également signalées par une politique de dépense faramineuse, de destruction de l'espace et d'anarchie invisible des rapports intérieurs).

     

    Si on regarde qui vote aux élections, et qui s'abstient, sans compter les vingt ou trente pourcents de non inscrits et de non recensés, on voit que la grande bourgeoise s'oppose à la moyenne bourgeoisie et que les classes populaires ont complètement disparues, sans parler des petites classes moyennes qui, devant les attitudes agressives du luxe, se retirent de la vie publique, évitent les grands restaurants et cafés pour se réfugier dans un mode de consommation plus sage et plus prudent.

     

    Quelles sont les impressions que je retire des six mois que je viens de passer parmi mes prochains dans une riche ville du Sud Est, et avant que je ne reparte pour m'enfermer là-haut, seul, à l'écart, proche des animaux et de la nature, et pouvant m'appuyer sur la montagne qui, elle, solide, résistera à nos actions d'autodestruction.

     

    Ainsi, je clos quarante ans de souvenirs vus de là-haut, et je retourne dans la solitude qui est une forme de sagesse parfois difficile à supporter, mais indispensable à celui qui veut maintenir un peu un esprit sain.


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