• Bios insolites

    Les biographies insolites

     

    L’idée d’écrire des biographies courtes et cocasses  m’a été donnée par Becker quand il m’a envoyé son récit  d’enfance: « Grandir et observer à Chicago »(voir Le goût de l’observation) . On aurait pu penser qu’il s’agissait là d’un contre-pied aux habituels matériaux biographiques, leur préférant des éléments futiles, événements anodins choisis non en vue de justifier une vocation, mais pour signaler  les hasards de parcours, les changements surprenants, bref les bizarreries de toute histoire individuelle. Au lieu de chercher une rationalité à l’histoire de vie, l’adepte de la « biographie incohérente » fouille les individus, note les doubles ou triples visages, la formation erratique (chacun a plusieurs cartes en main). Par conséquent, s’offre un désordre de libertés de choix plus qu’un déterminisme. Au lieu de sélectionner des faits en vue d’une homogénéité comme les biographes de métier le font, ma conception donne en vrac des actes de la vie courante, parmi lesquels le lecteur farfouille pour se faire sa propre idée de l’auteur.  Mais ces petits événements de la vie quotidienne doivent produire des explications caractérisables.

    Par ex . K. Marx, nous l’avons présenté sous un jour insolite, insistant sur le couple et le trio. Pas de génie, sans Jenny, pas de Marx sans le sponsor-collaborateur, Engels, qu’en privé, Marx et sa femme appelaient « Mr facture ». Autre exemple : Goody aurait pu être aussi bien prof de Lettres, archéologue, diplomate ou militaire de carrière. Il a été 6 ans soldat ; ce n’est pas rien en raison des péripéties où il aborda toutes les classes sociales (italiennes, surtout, et anglaises aussi ; bergers des Abruzzes et princesses romaines). L’œuvre de Goody ne se comprend pas si on ne voit pas qu’il est devenu un spécialiste de l’évasion (de camps de prisonniers et de l’académisme).Pas le « Goody », touche à tout exceptionnel, s’il n’y pas d’apprentissage de la liberté de création et celle de parcours. De manière incidente, Becker signale la valeur  de  la connaissance de ce que faisait le futur auteur ou sociologue  à 17 ou 18 ans.  Quant à lui, il se décrit avec pertinence  indépendant financièrement de ses parents, dans un statut de travailleur de la musique. Ce qui fut décisif pour le reste de sa vie.  Idem pour J. Dunn : pas de linéarité mais une ressource plurielle de vies croisées (3 mariages, enfance en internat en Angleterre et  vie aux Indes) .  Faire sa place dans les convulsions de l’histoire, c’est courant, sinon banal mais pas facile.  D’où peut-être le scepticisme un peu dandy de Dunn. Voila pourquoi j’aime écrire des présentations « bios » inhabituelles afin de trouver une clé de l’œuvre. Le but est de restituer les détails triviaux, paraissant anodins probablement à un autre. Tout ce qu’on ne dit pas dans le genre noble, tout ce qu’on n’écrit pas par convention morale, par peur d’indiscrétion (non pas scandaleuse mais d’inconvenance intellectuelle),sera, dès lors, bon pour nous. La sociologie du quotidien et l’ethnographie s’inscrivent contre la tradition littéraire ou romanesque de l’histoire. Nous, nous cherchons le prosaïque, le mineur, sinon le minable, le détail de la vie pratique (notamment les revenus et les conditions de vie des parents). Les éléments concrets, m’ont plus apporté pour caractériser un auteur ou un ouvrage que les poses grandioses ou héroïques. En cherchant les détails réalistes, on tombe sur la faible cohérence des choix, on perçoit mieux les attitudes qui concerneront plus tard l’auteur. Par l’éducation donnée aux enfants, par le rapport inculqué à l’argent, l’aspiration ou non à la notoriété, ou bien par la familiarité acquise dans les relations directes de classes, grâce aux parents ou aux menus incidents sociaux, on positionne le futur individu connu dans l’échelle. Les vraies déterminations résident souvent dans les esquisses décalées du « devenir adulte » (autre chose que le croustillant ou le honteux de ces âges) avec leur dose d’aléatoire et de déraisonnable .Cela compense l’excès de sérieux, l‘auto-valorisation dus à la notoriété. 

    Toute existence doit être traversée comme une pièce de théâtre humoristique où l’autodérision est le remède contre la vanité d’auteur 

     

     

     

     

     


    Tags Tags : , , , ,
  • Commentaires

    1
    ZKqdpemo
    Vendredi 2 Septembre 2011 à 09:17
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :