• Justifications d’une originalité

    22/03/2022

     

    Après 36 ans de vie professionnelle agréable, on peut partir en claquant la porte de professeur émérite pour s'isoler, voir de haut et se dégager de la dévastation des médias, de la culture nationale et des esprits de divertissements et de falsifications.

    Donc tout me pousse aujourd’hui, dans les choix d'aller lire Montaigne, Pascal et tous les autres, dans un petit ermitage de montagne d'où l'on peut avoir une vue plongeante et dégagée du pathos et des luttes pour la gloire.

    Puisqu'il ne faut surtout pas avoir fait Sciences Po ou de la Socio pour comprendre un peu la situation d'aujourd'hui, après Mobo Gao sur l'histoire de la Chine, je signale un autre auteur atypique mais génial : Arnaud Leclerc, La Russie, puissance d'Eurasie, Éditions Ellipses, 2012. Comme le dit la préface, ce livre excellent est l’œuvre d'une personne hors du champ des sciences politiques ou de l'histoire. C'est un banquier (comme quoi on en trouve d'intéressants et de judicieux) qui a fait un excellent ouvrage pour comprendre Poutine, la Russie d'aujourd'hui, sa place en Europe ou en Asie, et l'expérience qu'elle a faite de deux invasions en deux siècles (Napoléon et Hitler). Ce livre érudit, et perspicace, est le fait d'un observateur non-professionnel mais du genre dont on manque en Socio, en Sciences Po et en Histoire. Donc un autre outsider qui nous permet de conclure qu'il faut se méfier des spécialistes, des politologues et des historiens (on y retrouve l'histoire de mes aïeux, de la grande Bulgarie sur la Volga, qui furent chassés par les Russes et les Mongols de l'époque pour se retrouver auprès de la Mer Noire (cf. page 245)). Ce dont on manque en Socio, on le trouve donc à la banque ! Donc ce sont les observateurs, pratiquement de naissance, des sociologues spontanés qui font un véritable travail d'érudition contrairement aux spécialistes. J'ai moi-même beaucoup appris en me retirant du milieu des professionnels pour chercher des informateurs, ou des ethnologues spontanés, qui avaient les qualités pour inventer un genre chevauchant toutes les sciences sociales. Donc, dans ce livre, vous verrez l'histoire de l'encerclement de la Russie par l'Otan, la pression intérieure et les déplacements systématiques de population sur deux siècles. Comme le livre sur la Chine, je recommande donc la lecture de La Russie, puissance d'Eurasie.

    En bref, pour savoir, il faut d'abord voir, et donc il faut se déplacer, aller juger, mesurer sur place, parler la langue, se laisser guider par le hasard des rencontres, des événements.
    Notre génération a profité de l'après-guerre, de cette liberté juvénile de circulation, puisqu’à 25 ans, avant de partir au service militaire (bien sûr en Algérie, et hélas) nous avions vu, mes amis et moi, les Etats-Unis et les ghettos, l'Ukraine et Moscou, et pour d'autres que moi, la Chine ou le Vietnam.

    Cette auto-éducation est nécessaire et nous a beaucoup servie pour juger les événements, les faits occultés, les discours de nos chefs, les opinions de nos intellectuels au sujet de l'Algérie où l'on nous a fait jouer, hélas, le triste rôle que l'on sait. Merci à Bernard George pour son documentaire « Les appelés de la guerre d'Algérie », d'Arnaud Leclerc et Mobo Gao pour leurs ouvrages. J'y ai retrouvé la confirmation de l'allusion précédente dans le livre L'Ukraine, une histoire en question de Laroslav Lebedynsky aux Éditions l'Harmattan :

    « Après avoir détruit la « Bulgarie » de la Volga, les Mongols battirent en 1237 les Polovtses, dont une partie s'enfuit vers l'Ouest. Ces Polovtses furent ensuite accueillis en Hongrie où leurs descendants les Kun (Coumans) ne furent complètement assimilés qu'au XVIIIe siècle. Ensuite, vint le tour des principautés ruthènes de l'actuelle Russie : Riazan en décembre 1237, Souzdal e Vladimir en 1238. A partir du printemps de 1239, les Mongols obliquèrent vers le sud et ravagèrent de nombreuses villes dont Pereiaslav et Tchernihiv » (page 83).

     

    Ces histoires de migrations et de guerres de tribus sont très complexes. Les manipulateurs qui nous gouvernent, les journalistes qui sont vendus, et la plupart de leurs serviteurs, sont des ignares de la culture politique profonde, minutieuse, que l'on doit maîtriser avant de porter un jugement. Or, tous ces journalistes vendus, ces hommes politiques manipulés ou corrompus qui nous inondent « d'informations » sur l'Ukraine aujourd'hui, ne sont pas à l'avantage de notre civilisation.

    Quand on voit tous ces journalistes, qui se harnachent, mettent le treillis et le casque, sortent des abris pour l'interview comme des clowns ridicules venus nous raconter des histoires. Si ce n'était pas tragique, la situation de l'information nous ferait éclater de rire.

    En lisant les livres que j'ai pu vous citer, on voit et on apprend que l'humilité et la modestie sont les racines du savoir, que l'ignorance doit être combattue perpétuellement avant de pouvoir porter un début de jugement. Dans la situation actuelle très médiatisée, j'ai appris que la vie académique, l'histoire et le droit universitaire, les diplômes de Sciences Po, sont des escroqueries de la culture française qui nous aveugle de préjugés et de fausses informations.

    Quand j'ai conclu ça de notre épisode anti-Algérie, je suis allé chercher une « vérité » faisant preuve de modestie, lenteur et prudence des anthropologues et des ethnologues anglo-saxons : Jack Goody, John Dunn, etc. que vous retrouverez sur mon blog et qui nous ont rassuré un peu sur l'avenir de la pensée historique occidentale qui est, aujourd'hui, mise à mal et dévastée par des amateurs et des clowns burlesques. Il s'agit probablement d'un journaliste sur cent, d'un historien sur cent, d'un politologue sur cent, qui ont du mal à s'exprimer, mais qui représentent encore une pensée universelle et de raison. Survivrons peut-être les informateurs qui nous viennent de l'Orient et qui se seront désengagés des combats de l'actualité.

    Pour reconstituer l'histoire de ces cinquante années que nous venons de vivre, et pour comprendre la situation américaine, européenne ou asiatique, il m'a fallu moi-même 20 années de solitude et d'écriture, entamées le premier jour de ma retraite possible de professeur émérite, c'est-à-dire à 62 ans tapants, pour reconstituer le puzzle et les manipulations dont nous avions été l'objet.

    Je sais donc bien que juger une situation historique dans l'affolement du jour, dans le maelstrom des fakes news, dans l'ahurissement des personnels politiques qui se révèlent finalement tout sauf intelligents. Mais on savait que la gloire, l'argent, la visibilité et l'orgueil dirigeaient avec une profondeur incomparable notre pauvre monde occidental.

    Ce qui est complètement occulté dans la conjoncture actuelle c'est que l'épidémie, ou les conflits, masquent le très profond enrichissement des pays riches et des milliardaires de toutes nationalités qui viennent d'accumuler, en 15 ans, ce que le monde économique avait produit pendant les 100 ans antérieurs. Donc, les moyens de transport individuels, navires, avions, les propriétés innombrables dans des lieux chics, les sommes jouées au casino ou dépensées dans des fêtes archi-somptueuses, ont servi à écouler les centaines de milliards de dollars qui ont été ramassées par une oligarchie russe, faiblement chinoise, intensément américaine, en partie européenne, outre les individualités qui, issues du « tiers-monde », dirigent par un personnel spécial, et des partis politiques interposés, de grandes régions d'Afrique, d'Amérique du Sud et d'Europe.

    Ces réflexions du méga enrichissement, au profit d'une minorité, ne peuvent pas mieux être illustrées que dans le monde aussi simple, et aussi élémentaire, qu'est le football. Taper dans un ballon à la cours de récréation et taper dans un ballon dans un grand club international : c'est la même chose, sauf que le prix qu'on reçoit peut varier de zéro à des millions.

    Le journal l'Equipe*, qui n'est pas un grand révolutionnaire, a donné sans le savoir un indice des mégas sommes qui courent dans le monde du sport professionnel.

    Moi-même qui étais averti, qui suis ce sport depuis 60 ans pour l'avoir pratiqué jusqu'à 75 ans (titre de gloire : être le plus vieux licencié de la FFF était quelque chose qui a marqué ma petite histoire personnelle) j'ai été stupéfait ; comme quoi la naïveté s'impose devant ces sommes astronomiques.

    Par exemple, cet article de l'Equipe, nous donne quelques cas de salaires mensuels bruts, de ces garçons que nous voyons en short, courir et se dribbler les uns les autres, spectacle original et tout cas qui me ravit parce que derrière le jeu et le résultat, il y a pleins de petites choses que seul un pratiquant peut voir. Par exemple à Monaco, le plus gros salaire mensuel est celui de l'avant-centre qui touche 650 000 € par mois. Après, vous avez un paquet de joueurs, une quinzaine, qui sont autour de 200 à 300 000 €. Si on regarde le Paris-Saint-Germain, on voit que c'est un domaine de richards parce que Neymar ne touche lui, le pauvre, que 4 millions d'euros par mois. Il est suivi, bien sûr, de Messi qui ne touche lui que 3 275 000 €, et le pauvre petit français, Mbappé, ne touche que 2 220 000 €. Le reste est à l'avenant, mais en divisant par deux ou par trois. Voilà ce que nous entretenons donc, comme exemple à la jeunesse, pour la richesse en France, mais qui est repris par tous les autres clubs à des taux bien moindres, comme Lille et Nice où les salaires maximum mensuels ne dépassent pas 300 ou 400 000 €. Ce sont les prolos du football.

    Tout ceci est la partie visible de l'iceberg puisque ce sont les salaires déclarés. Il y a derrière d'autres profits : interviews, journalistes, et publicités.

    A une échelle humaine, nous à notre petit niveau, on a vu également une explosion des profits, des fortunes de Français ordinaires. J'ai été frappé dans mon village tout-à-fait rustique et modeste, des cadis du supermarché qui étaient pleins à exploser, et sur lesquels le conducteur était couché, pratiquement, en le poussant par son bide, d'ancien ouvrier ou petit agriculteur, devenu obèse en profitant d'une bouffe à volonté à des prix moyens. Lui, qui ne bénéficie que d'un petit salaire, ne peut imaginer les bénéfices de ce qui l'emploient ou de ce qui dirigent l'économie. Les petits salaires, ou retraites, ne peuvent concevoir les échelles de profits dont ils ont ramassé quelques billes. Relevons le grand rôle des médias qui occultent, qui cachent ces immenses inégalités et ces immenses profits grâce à des journalistes complaisants puisqu'ils ramassent quelques billes et cachent consciencieusement les avantages et les profits de leurs employeurs. Tout ce que j'ai vu récemment, c'est une course au pognon, même si ce n'est pas de l'ordre de cette course au ballon, mais en tout cas, les voitures, la dimension des autres véhicules, le nombre de gadgets, de circulations ou d'équipements ménagers ont manifestement montré une explosion incompréhensible pour les gens ayant plus de 60 ans. Ce qui ont connu l'austérité, et pour les plus vieux les rationnements dûs à la guerre et à la pauvreté de la société dans les années 40 et 50, ne peuvent imaginer l'échelle ahurissante des profits aujourd'hui.

    Je ne veux dénoncer personne, mais je trouve que cette débauche matérialiste a complètement obnubilé notre sens de la solidarité nationale, et même notre absence totale de sentiment vis-à-vis des peuples plus lointains qui n'ont pas profité, ou pas à ce taux là, des ressources de la planète et de l'enrichissement général.

    Donc, tout ce qui se produit en ce moment et qui semble anormal, incompréhensible, que ce soit le virus, Poutine, etc., sont des choses prévisibles que certains d'entre nous ont annoncé et pour lesquels ils ont pris la seule solution qui s'imposait : couper les ponts avec la société de consommation. Pour ma petite personne, je suis allé m'enfermer là-haut où je n'ai aucune occasion de dépenser les euros que ma retraite m'octroie, sauf pour les biens de première nécessité. Par conséquent, je laisse aux générations futures le soin et le souci de continuer à fond là-dedans, ou de se séparer en faisant un pas de côté pour regarder où l'on va, d'où l'on vient, avant de critiquer, incendier et de condamner les autres, car il n'y a pas de justesse dans les luttes nationalistes, les revendications historiques et la volonté de puissance de tel ou tel groupe d'individus associé au monde de la presse et des médias, tous complices évidemment, toujours du côté du pouvoir et de l'argent.

     

    * L'Equipe, « Les salaires de la ligue 1 », mardi 22 mars 2022.


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