• mort des républiquess

     

     Quelles sont les raisons de la naissance et la mort des républiques ?

     

     

     

     

     

     

     

     

     Ce livre n’est pas un ouvrage ordinaire. Initialement destiné aux étudiants de sciences sociales et politiques aux militants intéressés par le passé, il a été livré en fiches de lecture dans mon blog Mondialisation et Histoire. Au long de ces pages et au vu de notre documentation, la conviction d’une réticence à forger des concepts à l’échelle mondiale, à proposer aux jeunes gens une acculturation à l’égard des sociétés de la globalisation s’est imposée , je l’espère, au lecteur français. Les obstructions à la connaissance du reste du monde, un provincialisme accentué sont manifestes. Le nombre de personnes désirant s’informer sur les divers types de républiques, de la naissance à leur disparition semble croître en fonction particulièrement de l’actualité française. Pour sortir moi-même de l’ethnocentrisme professionnel j’ai ouvert un « blog pédagogique » qui s'appuie sur un éventail d’auteurs, dont cinq ou six sont parmi les plus grands en renommée , en tirages ( dizaines de milliers) , en citations et références. Ils étaient bizarrement chez nous, peu connus (parfois non traduits ) car sous-estimés par les éditeurs spécialisés. Cette omission s'est faite au détriment des jeunes chercheurs, des débutants enfermés dans des problématiques classiques. Or, quand ils partent à l’étranger travailler, s’instruire ou simples voyageurs, ils découvrent leur handicap. Cela pèsera lourd par rapport aux jeunes, Américains et Chinois, Japonais et autres Européens élevés dans des traditions larges, ouvertes mondialement, qui lisent l’anglais et connaissant les  grands «penseurs » introduisant le XXIeme siècle.

     

     

     

    Mes recensions destinées à combler l’absence d’ une culture vaste, un objectif pédagogique inter-culturel, a connu un certain succès : 20 000 lecteurs en 5 ans. L’appel : « sortez de la routine universitaire, devancez la traduction des meilleurs contemporains  » faisait sens si on réunissait histoire, sociologie et sciences politiques. L’académisme frileux, le retour sur soi, ont retardé la traduction de 5 ou 6 grands livres  probablement parce qu’une poignée d’essayistes et d’auteurs se réservent l’espace hexagonal. Quelles étaient les raisons données à ces « refusés » célèbres ? Ils le suggèrent dans leurs préfaces lorsque plus tard ils furent publiés en Suisse ou Belgique francophones. On le lira dans la préface à l’ironie mordante de l’Age des extrêmes de Eric Hobsbawm ou par les réflexions de Dunn ou Goody au sujet du frein à la circulation de leurs idées, en notre pays. Au fond, si La mort des républiques a pu un tant soit peu confronter la culture mondiale et sa dialectique à la pensée socio-historique française, alors on espère que dans une quarantaine d’années une modification de jugement de la part de médias, auteurs, éditeurs sera intervenue. C’est ainsi que le goût du voyage intellectuel de la Renaissance peut revenir. En mon métier de sociologue j’ai rencontré un obstacle identique, le cycle des modes ; je l’ ai tourné en allant à l’étranger pour directement me documenter.

     

    C’est pourquoi j’ai associé dans une ligne critique des auteurs dits « mondialistes » issus de grandes universités :Cambridge, Irvine, Chicago etc. Je les ai agrégés dans une problématique que l’on peut légitimer par l’usage systématique de la comparaison, la confrontation érudite et méthodique du rapprochement de sociétés politiques : « Mes » auteurs examinent souvent deux à deux : Pays européens avancés et Orient, Afrique et colonisateurs, Chine et Europe, Japon et Amérique, Europe de l’Ouest versus Europe de l’Est etc. Les schèmes comparatistes sont moins exposés aux méfaits de l’ethnocentrisme encore qu’ils soient teintés d’exotisme. Par conséquent, j’ai imaginé un échange entre études nationales et transnationales. Dans ce choix, l’axe socio-politique a été essentiel : il a déterminé des idées profondes et pèse dans nos représentations du passé. Les raisons de l’obstination à réunir des auteurs si différents,sous la bannière de l’ érudition et de l’enquête  socio-historique sont que le sentiment patriotique en sciences sociales est coûteux . Prendre l’histoire de la France en tant que centre des idées sur le politique, sa république comme modèle, c’est croire que notre démocratie serait enviée partout : une représentation édifiante ! Il était de notre devoir de rappeler que la république et les démocraties sont des mots creux si l’on n’oppose pas immédiatement les décisions, les résolutions aux faits et aux actes. J’ espère que le lecteur sans parti-pris tiendra compte de mes ignorances, de difficultés d’une association aventurée de sciences sociales aux relations non familières .Un mélange d’ histoire politique, sociologie, économie et ethnologie ne trouvera pas aisément son unité sinon formelle.Si ce n’est que cela (et ce n’est pas rien) il reste une compilation chronologique dans une lutte en faveur du relativisme historique (seule excuse en faveur des monographies) .

     

     

     

     

     

    Quel rapport avec la mort des républiques  ?

     

     

     

    L’étude du fonctionnement et de la disparition de régimes que la culture politique occidentale a appelé « république » (laissant de côté ceux qui se sont ainsi nommés et non reconnus par la tradition européenne)  devenue une dénomination « universelle » est synonyme de progrès quoique empli de bien d’à peu-près et de contradictions . S’y consacrant, les historiens politiques se jugent et déjugent les autres, dénoncent les intrus et les producteurs d’autres caractéristiques importées d’autres systèmes de pensée. C’est pourquoi, par ce biais, on peut faire des comparaisons profondes hors clichés nationaux. La science politique comporte nombre d’autres occultations préjudiciables. Les Droits de l’homme, les élections libres, seuls instruments de jugement dans les médias universitaires posent problème. Pourtant rien ne justifie ce monopole. Le premier remède sera de réagir à ce piège , quoique cela constituera un long combat dont on ne verra pas la fin. Évidemment nous avons suggéré de multiples définitions entraperçues dans l’histoire. Nous vîmes au cours des pages, des républiques colonialistes et d’autres fortement anti coloniales ; on a vu des républiques populaires et d’autres qui ne le sont guère, des démocratiques et des tyranniques, des bellicistes et des pacifistes. Partir de ce constat et faire le récit de disparitions des cinq cas français était une gageure. L’étude des décès au long d’un siècle et demi s’est finalement révélé profitable à la mise au jour de la part d’’implicite et d’inavoué dans nos appellations. Nos intuitions au vu des deniers événements, ont touché juste . Les trois premières grandes républiques parlementaires ( en y incluant une formellement royale) : les USA , la G-B et la France ont été récemment affectées par un bouleversement profond que personne -et c’est incroyable- n’avait anticipé: l’élection de D. Trump, le Brexit ou notre Présidentielle démentant tous les pronostics. Loin des projections des idéologues ou des discours sur les symboles, j'ai voulu étudier ici les événements au cours de deux moments privilégiés (par « l’autopsie ») la naissance et la mort. Partis du même constat de désintérêt à l’égard des phénomènes de successions de régimes de transition dits « république », j'ai abouti à une critique de la sociologie politique . Point d’arrivée plein d’embûches impliquant un sentiment de transgression.

     

    Si le cheminement d’enquêteur qui nous a conduit à l’histoire et à la sociologie critique des idéologies républicaines peut intéresser de futurs socio –historiens, ils se reporteront à un prolongement sur d’éventuelles méthodes pour observer les actes, les réalisations, les accomplissements du « peuple », cet étrange amalgame démographique dont la république fait son pain quotidien

     

     On peut entreprendre l'étude de la vie et de la mort des républiques en compilant une masse de données sur plusieurs siècles comme l'a fait Christophe Brochier1. Mais on peut également parcourir l'histoire des républiques sur la base de l'expérience personnelle et des intuitions de quelques grands penseurs. Mon « avantage » générationnel m’a permis de traverser «  l’ère des républiques » et de saisir l’expérience vécue de trois d’ entre elles à travers les auteurs de l’âge des extrêmes ou le court XXe siècle : Le vol de l’histoire ; la Grande divergence ou bien Libérer le peuple. Tous auteurs d’une même école de pensée : Hobsbawm , Goody, Evans, Dunn, dont on parlera probablement puisqu’ils furent les bénéficiaires d’ événements politiques malheureux, qui ont fondé leurs analyses. En effet leur professeur Moses Finley célèbre par sa critique des risques républicains avait été amené en exil à Cambridge depuis son poste aux USA parce que la plus ancienne démocratie ( l’américaine) penchait alors vers un dangereux fascisme anti communiste : le maccarthysme ! Ce ricochet de l’histoire a engendré la plus grande concentration de chercheurs suscitant un mouvement collectif de pensée, une réflexion générale qui fit date. Afin d’améliorer notre représentation socio- politique du passé nous avons besoin de connaître ce passé au moyen de sciences sociales aventureuses et innovantes ( dans le cas contraire on se replie sur de maigres résultats d’ enquêtes parcellaires ). Stagnation et idéologisations « scientifiques » vont de pair ; elles prospèrent s’il demeure chez les historiens si peu d’inclination à la synthèse et au comparatisme méthodique, au bénéfice de l’étude prudente d’un cas isolé.

     Un tel ouvrage  peut-il réussir notre challenge de contester une certaine vulgate académique  au sujet de la politique ? Le lecteur le dira. La faible ouverture à « l’historiographie mondialisée» est une lacune; nous ne prêtons que peu d’attention aux historiens étrangers renommés, nous sommes détournés de leur lecture trop occupés par un débat national de petites disputes au sein d’ élites arrivées au sommet il y a une trentaine d’années,. Il est urgent d’élargir nos bibliographies afin de lire les meilleurs livres, notamment ceux qui sont écrits par des francophiles et francophones. Une chance pour notre culture française que ces «  collègues » méconnus ayant drainé des dizaines de milliers de lecteurs du monde ,traduits en plusieurs langues, de Cambridge à Irvine en Californie, en passant par la Chine ou le Japon, nous soient maintenant parvenus et créent des brèches dans nos aveuglements et dépassent les limites d’une intelligentsia installée dans son autarcie désuète de moins en moins favorable. Les réflexions et les enquêtes d’ anthropologues et historiens Chinois, Japonais, Indiens (appelées « Subaltern Studies ») nous les ignorons  ; la mondialisation universitaire est encore à mener dans la république des Lettres. Par conséquent nous dépendons de l’humeur du moment, des modes ou des égocentrismes conventionnels. Nous soumettons à la lecture cette tentative qui, sinon réussie, est au moins originale comme le demandait D.Hume dans notre prologue . Réunir les républiques dans un ensemble pour les objectiver, les réifier, exige de multiplier les connaissances d’origine variée. Parmi tous les régimes de pouvoir, la république manifeste un acte de fondement fort cachant une espèce de gestion à l’origine ambiguë, à l’histoire complexe, ce qui nous prépare à de prochains développements surprenants

     Mais là, n’est pas la raison principale du fait que les grands schèmes explicatifs du passé récent n’aient pas bonne presse, malgré qu’il y eut de mini-études qui se multiplièrent, ces temps derniers, parcellaires, limitées en durées  historiques . Chacun de ces petits morceaux , bienvenu et suggestif, est difficile à introduire dans un cadre unifié. Nous livrons un autre angle. L'une des idées essentielles qui soutient mon livre est la nécessité de comprendre quelles étaient ces bourgeoisies (toujours plurielles) qui gouvernèrent sous le sigle républicain. Pourquoi se déchirent-elles si souvent ? Pourquoi l’occultent-elles ? Passer des cycles brutaux de moments calmes à des bouleversements violents en démocratie   signifie-t-il des rivalités conjoncturelles, des luttes de dirigeants à la solidarité de façade  à moins qu’un ennemi socialiste se présentât qui , face au danger, ressoude les fractures. Pourquoi ce système fonctionne-t-il en dépit des conflits et des contradictions au sein de groupes par ailleurs homogènes (origine sociale, fortunes, éducation)? Cela fonctionne sur des périodes entrecoupées de processus de dérapage. On l’a justifié historiquement au cas par cas : la république est un ordonnancement de forces de soutien politiquement complexe, non aligné autour d’un axe unique, quoique réformable selon le changement économique intensément lent ou rapide. Mais nombre d’historiens généralistes examinent le long terme en simplifiant les processus afin de les rendre cohérents, alors que le court terme des variations permet les comparaison des changements : « révolutions », chutes des régimes ou leur retour. Ainsi, la République est souvent le produit mal préparé de la fin des monarchies qui permet à de nouveaux acteurs d'établir un régime favorable à leurs intérêts. On rejoint ici Brochier quand il affirme que :« l’essence de la République ne réside donc pas dans ses dispositions constitutionnelles. Il est trompeur de fétichiser la forme comme le font certains publicistes. Le point clef n’est pas de savoir s’il y a une ou deux assemblées ou si le président a le droit de les dissoudre ou pas. Le cœur de la question est de voir comment les intérêts des groupes dominants ou en lutte jouent sur le type de gouvernement. Cette idée n’a pas besoin de l’autorité de Marx pour être utile ; elle s’impose dès lors qu’on examine les régimes sur le long terme et de façon comparative » 

     

     

     L’élection fondement de de la délégation républicaine

     Les analyses sur la république ont une force historique en elles mèmes, une ancienneté qui deviennent à leur tour un instrument de pouvoir. Les marxistes, les socialistes du dernier siècle avaient lancé cette critique dans le cadre d’une théorie d’histoire économique mais ils ne sentaient pas le besoin d’insister sur des conditions pratiques  de diverses alternatives  qui pourraient surgir. Et les républiques socialistes rencontrèrent la même contradiction : la transparence initiale des objectifs confrontés aux nécessités de l’heure ne furent pas prises en compte. Alors en s’appuyant sur l’argument de la longue durée, on dira que toute République n’est ni fortuite, ni dotée d'une fin planifiée, mais un compromis, un essai de résoudre plusieurs problèmes à la fois inhérents à tous ces régimes qu’ils soient laxistes ou autoritaires, démocrates ou oligarques cherchant à se perpétuer et à leurs dirigeants, se succéder à eux-mêmes. Par exemple: limiter la violence interne des antagonismes, des luttes de successions, de changements de formes d’autorité, gérer les combats internes, éliminer les conflits internes qui stérilisent ou handicapent les générations montantes aspirant au pouvoir. Une fois stabilisé, le processus de transmission entre générations ( récurrent en France depuis 1870), alors la notion de République se généralise dans les grands États européens. Elle y a été idéalisée, devenue un objectif transcendant mais au-delà, un moyen de répartir l’autorité suprême entre fractions divergentes en raison d’intérêts économiques variés dont la coexistence devenait problématique. L’élargissement des marchés, les modes de productions contemporains, les moyens d’enrichissement aux sources de plus en plus hétérogènes contraignent les organisations représentatives de capitalismes d’âge variable à s’entendre sur un principe politique : la non violence interne issue de l’abus de concurrence.  De là, la conception de la rotation, de l’alternance et du respect des adversaires ( fin ou en tout cas moins d’assassinats de Césars, de coups d’État, de renversements militaires) : phénomène nouveau  par rapport à tout ce qui avait caractérisé le passé jusqu’ au 19ème.

     Cependant en adoptant ce régime, les bourgeoisies rivales s’interdisaient la répression populaire ouverte, trop visible et antinomique de définitions à l’égard des catégories de citoyens jugés dangereux, « les classes laborieuses ». C’est pourquoi la forme « république » fît d’une pierre deux coups ! En l’occurrence, le peuple fut invité à accepter le verdict des urnes, même et surtout si ça ne convenait en rien à ses intérêts ; sinon la force serait utilisée à son égard. Ce schème explicatif a été largement diffusé dans l’Histoire ; banalisé depuis 1793 au moins (Babeuf, Buonarroti) ; il est continué et transformé jusqu’à la « vieille » Vème république qui ne court plus qu’un risque : celui d’être délaissée par ses adeptes et ses soutiens les plus fidèles, puisque la menace de « débordement socialiste  »  a été neutralisée en Europe depuis au moins la chute du mur de Berlin. Aujourd’hui le destin des « républiques » connaît une situation inédite. Si la raison de l’union cruciale des partis et de gens aptes à gouverner a disparu ( fin de risque de révolutions « sociales » et toute guerre civile écartée) , alors organiser  la captation des avantages du pouvoir détenu par une seule fraction en irrite d’autres, incluant plus de virulence qu’auparavant. Et cette situation est inédite. Les combats intérieurs dérèglent le processus  de l’entrebâillement de la porte par laquelle des fractions d’aristocraties économiques ou de catégories professionnelles monopolistes pouvaient se rajeunir ou se remplacer. La nouveauté est brouillée par d’anciens accords passés entre représentants d’intérêts distincts. La fonction de la république libérale transitionnelle, jusque vers 2000, avait été d’unir au gré d’un partage à un moment équitable même si l’équilibre était instable. Ce schème évidemment simplifié exclut le peuple dans tous les cas. D’autant que l’intervention inédite à cette dimension, sur leur propre territoire, de bourgeoisies extérieures et concurrentes, agrandit planétairement la confrontation et donc la mésentente. Les pressions du « marché » ouvert à l’international (fin des protectionnismes) dans un univers traditionnel de frontières oblige chaque république à pratiquer un équilibre difficile à tenir. Ce qui se passe sous nos yeux au sein de l’U E ! Brochier parle avec raison de VIè république « de fait » . La catégorisation, la typologie historique se différencient non plus selon la taille géographique et démographique de nations, mais selon l’éducation politique, la solidarité de ses élites et leur aptitude ou non à créer des liens à l’échelle de continents . Alors, l’avenir du vote « national» devient obsolète... L’élection ne déterminera plus la transformation politique intérieure, ni sa direction, mais les nations garderont l’autorité impérative, le côté théâtral et la forte symbolique d’égalité qui y est attachée. Les pays se préparent à ce changement comme les derniers événements le suggèrent en Europe toutefois à des vitesses différentes

     Ce bouleversement est faiblement perçu car le principe de l’ élection qui avait été décisif dans le passé proche n’avait pas été analysé , ni questionné. Sinon pourquoi si peu d’intérêt pour le renoncement au vote, pour l’élimination dans l’histoire électorale européenne. Avec les non-inscrits et ceux qui ont voté blanc ou nul, l’abstention était de 65 % au deuxième tour des législatives récemment. Ce taux est ordinaire dans nos vieilles démocraties. Tous les moyens ont été bons pour réduire sa portée.  Chaque fois, après le premier émoi face à l’ abstention, tous et les sciences sociales en premier , se désintéressaient des non votants. Néanmoins, c’était là le phénomène le plus énigmatique, le plus intéressant à étudier pour comprendre les limites de la république. Ce mystère touchait tous les pays et cependant la réflexion des exégètes « s’abstenait » face au phénomène crucial . Hobsbawm l’avait vu  : « Même dans des démocraties stables, nombre de citoyens perçoivent comme des coûts, plutôt que des avantages du système, les divisions politiques ( l’élection) que le système implique. Dans les États pratiquant le suffrage restreint , c’est-à-dire avec un corps électoral formé pour l’essentiel d’une minorité riche , puissante ou influente, cela était rendu d’autant plus facile que l’on s’accordait largement sur ce qu’était l’intérêt collectif (« l’intérêt national ») sans parler des ressources du patronage » ( L'âge des extrêmes, p. 192).Au cours d’ enquêtes préalables à cet ouvrage, j’ ai décomposé l’abstention comme un acte civique ( déclaré dérisoire ou peu intéressant) de la part du peuple républicain. L’abstention est passionnante en soi car significative d’une attitude (claire ou ambiguë peu importe), qui révèle un intérêt en soi pour le brouhaha du spectacle parlementaire , pour le dévoilement de la ruse manifestée dans les débats ou de la malice du détournement des engagements, bref un intérêt réel pour le déballage et les règlements de compte au sommet . C’est pourquoi cette mort des Republiques est pour moi l’occasion de rappeler que tous les éliminés, y compris ceux des enquêtes par sondages soi-disant « représentatifs » nous éclairent sur une mystification à la vie dure. Et en passant, sur les lacunes en sociologie,  et sa non prise en compte de millions de concitoyens. Une perte pour les sciences historiques et sociales que ce manque d’intérêt à l’égard des absents des votes, des sondages, et des courriers de lecteurs dans la presse  républicaine ! Un défaut rédhibitoire : d’ailleurs, le sujet est mal vu par les universitaires soucieux de carrière . Cette absence chez les chercheurs du contact prolongé avec les classes inférieures pose un problème scientifique existentiel. L’abstention de la recherche, c’est aussi le silence et l’évitement sur tout les refus de répondre aux interviews, aux oubliés des enquêtes par échantillon et autres mesures bureaucratiques typiques. L’abstention et le refus de répondre aux interviewers et enquêteurs (et même au recensement dans une proportion plus ample que celle imputée officiellement dans les rectifications) ont le même fondement. Bourdieu à la fin de sa vie l’avait dénoncé en mots vifs . Donc la mort des républiques a été l’occasion pour moi de revenir sur les faiblesses de notre épistémologie professionnelle. Mais là n’était pas l’essentiel...

     La force de la démocratie en milieu intellectuel est de ne pas contredire les plus favorisés (postes, éditions, accès aux médias etc). Les leaders d'opinion ne s'inquiètent plus guère du refus de soutenir le système, manifesté par les classes populaires mais s’inquiètent des moyens de partager le pouvoir de décision. Ils veulent un bipartisme policé et centriste qui ménage les intérêts en place (l'Europe, le libre-échange, la sécurité sociale, etc.). La Vème république est un moyen d'y parvenir. Pour cela, il faut repousser les referendums et bien sûr le vote direct des lois par les citoyens, chose aisée à l'heure d'internet. Dès lors, l’étonnement au regard de l’abstention record en 2017 est probablement occasionnel et simulé ; il justifiera des  aménagements électoraux favorisant des réformes prévisibles  (telle l’ obligation de voter ?)Ce que nous devrions contester quant à l’abstention électorale populaire est le refus de la concevoir comme une action non pas obligatoirement coordonnée, mais à coup sûr raisonnée puisqu’elle varie selon les conjonctures politiques et les types de scrutin. Qu’elle soit de plusieurs degrés, (le plus radical étant la non inscription systématiquement oubliée ou minorée dans les commentaires, et le calcul des taux ou la non réinscription après un changement de lieu, elle nous oblige à la considérer sérieusement. Par exemple : la chercher dans l’absence de diversité sociale des candidats ou la vacuité des programmes...qui n’engagent en rien. Juger l’abstention en tant que négligence civique est assurément manquer de solidarité et manquer le bon sens du populaire. Comme les autres dimensions d’opposition politique, la grève du vote est un retrait calculé et tactique ; l’occultation du phénomène est un déni regrettable mais c’est aussi une contestation de l’universalisation de l’État providence. Car si j’ en crois mes observations et celles de mes étudiants , d’autres éléments du « peuple » pratiquent involontairement ce repli : par exemple des usagers de services sociaux par impuissance ou par manque de moyens, par manque de temps à négocier, de connaissances de pratique des agents de la fonction publique n’usent pas de facultés légitimes à des remboursements ou des droits . Quoique sous des formes certainement plus complexes, le paradigme du peuple parasite, de sa jouissance abusive de petits privilèges est contredit par la sécession radicale, sinon est incompréhensible le retrait des ayant droits2 C’est pourquoi, plus s’alourdissent les procédures d’inscription (logement attesté, la non mobilité, la résidence impliquée), plus les « peuples » appelés sans cesse à leur devoir civique s’abstiendront et se retireront de la nation .

     En analysant l’échec de l’intégration électorale des classes populaires, on peut isoler quelques critères : l’âge bien sûr, et le niveau des revenus. La grosse ou moyenne propriété immobilière, les patrimoines, la possession d’actions et de rentes, ou autres biens de prix est déterminante. En simplifiant : si leur valeur totale équivaut ou dépasse plus d’un demi-million d’euros, on vote presque systématiquement ; les autres, les « sans patrimoine »fixe presque jamais. L’évolution de ce signe se manifeste dans le cas d’ une abstention faible dans les années 1945 et suivantes ayant eu lieu au moment de forte solidarité nationale ( et de souplesse à l’inscription des déplacés) et de la relative modération de l’accroissement de l’inégalité des revenus. Les taux élevés actuels sans négliger d’autres éléments, l’exclusion sociale ou la discrimination, divisent nos concitoyens en pratiquants assidus et démunis. Un vote à respecter, c’est un patrimoine à recevoir ou transmettre. Rien d’accumulé : pas besoin de voter !L ‘injonction au respect des urnes a été profitable à l’ une des bourgeoisies parlementaires les plus bavardes et superficielles (avocats, cadres intellectuels, hauts fonctionnaires, grands commis) qui à moment fut la plus apte à mobiliser un ensemble de propriétaires (y compris les petits paysans en 1848 mais ceci avait commencé la nuit du 4 août). A d’autres périodes, l’élection inaliénable en république  ne fut pas toujours considérée. Le général de Gaulle qui en sauva deux, la cite peu au titre de principe ou événements fondateurs. Sur une centaine de pages( Mémoires de guerre) évoquant les précédentes 3è et 4è République, il n’use de cette autorité juridique que deux fois au profit de termes plus appropriés pour lui :  « notre pays », le pouvoir, la Nation, l’État justifiant le pouvoir de décision. Et n’omettons pas son idée que pour sauver la république : il y faut souvent une transition autoritaire, un passage obligé non républicain.En effet qu’avait de démocratique le mouvement de la « France Libre » ? ; ni assemblée, ni élections , ni constitution. Un chef, une réunion de partisans et d’amis, un aréopage de conseillers, une troupe d’engagés, réunis par leurs convictions et le courage physique! Ainsi après avoir enterré la3 ème ,il a créé la 4ème . Et rebelote, en 1958 où les républicains en désarroi et apeurés l’appellent à nouveau ; ce qu’il réalisa en vue de créer la 5eme. Dans une posture non républicaine :pleins pouvoirs, suspension de la constitution, législation expéditive par ordonnances .Bref tout ce qui définit actuellement l’arsenal anti démocratique ! Par conséquent le préalable moral du droit républicain a dû être levé avant d’installer les modes de délégation, de représentation et leurs effets démocratiques à venir.

     C’est pourquoi en sociologie politique nous avons jugé, C Brochier et moi, déterminante l’observation de l’application des principes : la démocratie est ce qu’y mettent les usagers principaux de la démocratie : Eh ! là il y a peu d’accord  entre les fondateurs de ce régime! Spécialement le peuple souverain, le peuplé adulé des orateurs, le peuple sans cesse invoqué, manque à l’appel !  Au cours de notre vie de chercheur nous avons pris acte qu’il vaut mieux ne pas trop parler de « ces gens-là », les non possédants, les non votants, les soi disant non concernés si l’on veut être entendu et publié. Du moins il restait la capacité à vivre parmi eux : c’est ainsi que nous avons et continuons à résider dans ces quartiers, ces villes ouvrières, ces villages pauvres et reculés. Cet environnement et aucune « propriété » hors du logement et des biens domestiques ne nous distinguent de nos voisins. Cela allait de soi puisque, à ce monde, nous appartenons de naissance : pères, grands-pères, frères, enfants, ou autres proches sont ouvriers, paysans, employés subalternes, ou migrants pauvres, Et nous n’avons eu aucun mal à appliquer l’observation participante-une technique de l’ethnographie- à notre environnement,- pratique de voisinage. Par « nous », je signifie les 4 ou 5 sociologues qui partagent cette expérience en continu, qui en discutent et donnent ici ou là les résultats. Nous affirmons haut et fort notre compétence et répétons qu’avant de stigmatiser l’incivique ou l’ indiffèrent, il faut le connaître, le comprendre avant de le moraliser. Surtout si on constate que, dans la courte existence républicaine, il exista autant de modes de suffrage « universel» que d’histoires particulières; mais ceci n’échappe pas aux acteurs  des gouvernances dans l’espace européen  qui sont attentifs ( en coulisses et sans l’avouer) à cet indicateur sensible qu’est l’abstention

     

     

     La grande coupure entre hier et aujourd’hui

     Bien sûr, le destin des républiques mortelles a obéi à d’autres influences  que celles des votes ou de leurs circonstances partisanes. Son existence dépendit des conditions de disparition du régime qu’elles ont remplacé et des aléas de relations internationales (guerres, menaces, refondation des nations, etc.). Les circonstances spécifiques de chaque époque produisent des parcours républicains toujours diversifiés qui ne doivent pas nous cacher l'unité profonde, sous-jacente du phénomène qui est liée à la défense d'intérêts économiques.Finalement constatons donc que la République a été un mode de gestion ambiguë de la défense de la propriété privée (terres, du capital, mobilières et actions ou rentes) issue de sources distinctes (exploitation , guerres de conquêtes, négoce, profit d’empires etc). Si j’ai insisté sur le partage des « marchés » coloniaux, efficace pendant deux siècles, c’est parce qu’aucune république  n’eut de mal à se couler dans les profits de l’esclavage, de la Traite, du non-Droit des peuples à l’auto-détermination au nom de leur archaïsme  supposé; c’est parce que ce déni n’est jamais clos ,ainsi qu’on le voit ici ou là lors des interventions internationales des républiques les mieux armées. Ce scénario fut le thème des débats durables entre les divers groupes. Il demande seulement plus de temps qu’à tel autre régime (monarchie , autocratie) pour stabiliser la prédation terrienne afin de satisfaire aux exigences de propriétaires de ressources minières ou pétrolières. Ce fut un apprentissage délicat où les changements de clans gouvernementaux en métropole ne devaient en aucun cas affecter la colonie ou la prédation qui exigeait la « paix » sociale en métropole ainsi que l’adaptation de l’encadrement aux conditions locales. Bien des initiatives de répression en Asie ou Afrique (premières luttes d’indépendance, du Vietnam à l’Algérie) se prirent hors des décisions gouvernementales ( par exemple massacres de Sétif) où les colons débordant les fonctionnaires locaux s’autonomisaient pour étendre leurs conquêtes. Ce qui, dans l’esclavage de l’Antiquité ou lors de la Traite des Noirs, se réalisait sur le champ n’usant que d’une force de prélèvement à peu de coût, a été remplacé peu à peu par la présence durable et des conditions stables de l’intensification. Là, la solidité républicaine manifestait sa supériorité. On le vit jusqu’en 1962 où le destin de l’Algérie échappa en grande partie aux députés. Si la République française a parfois caché ses faveurs à l’égard du libéralisme colonial ( au profit dans l’argumentaire, de la distribution de la culture et des arts, de l’école, ou de la santé ), les Anglo-Saxons n’eurent jamais de ces pudeurs alors que la politique d’appropriation d’empire était dans les gènes des toutes les grandes bourgeoisies nationales.

     

     

     

    Le sujet n’est donc pas la république en soi qui n’est qu’une construction idéelle, mais ce sont les agents de diverses classes sociales qui s’emparent de l’idée de république, la prônent, la diffusent et s’en servent. De très nombreux auteurs firent leur ce schéma à l’instar de Dunn, Goody, Hobsbawm, Evans s’inspirant de leur maître Finley Moses. Eux, pareillement, ne parlent que rarement de luttes de classes mais plutôt de luttes de fractions de classes au milieu desquelles le petit peuple parfois s’immisce ou est appelé à soutenir telle ou telle « famille ». Il est réprimé peu après. Les détails sont variables mais le scénario est immuable ; notamment quand la « gauche » ou une république plus sociale, un quelconque socialisme ne représentent plus de danger pour les titulaires éventuellement divisés du pouvoir. Mais après le triomphe des démocraties en 1945,il y eut un changement décisif comme l'a bien montré John Dunn. En 1945, Etats autoritaires et traces de monarchie absolutiste étaient condamnés. Alors c’est essentiellement en tant qu’opposé de la dictature que la République s’est imposée en Europe. De ce fait, nos contemporains ont perdu de vue le fait que cette forme de gouvernement avait été jusque-là une voie de sortie de la monarchie, pilotée le plus souvent par la grande bourgeoisie (cf Brochier, Qu'est-ce qu'une république?). Pour comprendre les républiques, il faut donc combiner une analyse sociologique sur le long terme et une analyse historique de conjoncture.

     

     

     

    Dans cet ouvrage nous avons donc proposé quelques pistes pour « sociologiser» le fait « démocratie » . Nous scandaliserons en France où il faudra plus de temps qu’ailleurs, -outre une bonne dose de calme rétrospectif dans l’histoire des classes bourgeoises nationales aux multiples visages- pour lancer une discussion au sujet des trois missions des républiques . Là, où elles excellèrent sur trois fonctions :

     

    - Pacifier les successions, harmoniser les conflits de conquête de pouvoirs de diverses fractions bourgeoises et octroyer de la stabilité des personnels afin de régler les conflits dus à la colonisation. Pour toute l’époque impérialistes des républiques au 19e et 20e, ce fut aussi réguler les conflits de frontières des pays européens. La République a été le seule capable à retourner le tendance du passage de la prédation courte dans le pays pauvres et colonisables en une occupation permanente et de spoliation lente. De rait la république et la démocratie ont favorisé la colonisation telles que nous les connaissons : occupation de l’espace et soumission durable des indigènes.

     

    - Organiser l’autorité dans la « durée », maintenir le pouvoir coûte que coûte  ; équilibrer une quelconque bourgeoisie dominante sur le long terme car tout changement est déstabilisant

     

    -Maintenir à distance ou exclure du débat les contestataires les plus dangereux, les dénonciateur de la propriété privée et cacher soigneusement les antagonismes internes de la gestion et la protection des grandes fortunes. Sinon il y a un risque et cette menace avait été prise très au sérieux après 1917 quand des révolutions conduisirent à l’irruption de républiques dites populaires favorables à la propriété collective. Celles-ci ambitionnaient de contrôler ou de réduire le capitalisme individualiste, la propriété particulière au profit des intérêts collectifs . Une formule de capitalisme d’état qui ne se prolongea guère au–delà de trois générations, probablement en raison du non-renouvellement de dirigeants cooptés.

     

     

     

    Par conséquent sur la définition de « république » se sont affrontées les grandes idéologies du 19ème et 20ème, affrontements qui firent courir des risques quand après 1920 se posèrent à nouveau des dilemmes cruciaux, simplifiés ici :

     

    -abandonner la démocratie pour sauver le capitalisme, oui ; le fascisme y a pensé !

     

    -sauver la démocratie au détriment de l’accumulation libre des richesses et des gains, ce fut tenté au risque de faire régresser le niveau de vie de cadres moyens, des catégories intermédiaires  (classes moyennes passées à la petite bourgeoisie , mouvement de masse permis par l’essor de l’éducation supérieure diplômée).

     

    Avant de venir à cet épisode récent et marquant , un détour auprès de l’ analyste le plus déterminé de cet épisode  crucial

     

     

     

    Marx : grand « défenseur » de la république libérale ?-

     

    Notre discussion des rapports entre lutte des fractions de classes et républiques nous renvoie obligatoirement à une réflexion sur les idées du philosophes allemand. Marx qui survint trop tôt pour assister à l’échec de trois républiques  françaises en un siècle (1848-1958) s’est consacré à celle de 1848 qui a spécialement attiré son attention par son caractère exemplaire. Le grand critique de la république bourgeoise  a toujours été partagé, espérant qu’elle allait faire sauter les verrous d’un monde ancien et figé. Il fut son pire détracteur, et à la fois son ardent défenseur. Fasciné et insurgé contre les circonstances de l’industrialisation et de la « modernité » (travail des enfants, concentrations urbaines ouvrières, logements-taudis, tout ce que découvrent avec stupeur, Engels et lui, à Manchester) , il en voit toute la force de bouleversement pour l’avenir : la délivrance des liens sociaux anciens, l’éclatement des rapports de hiérarchies, la fin des religions ou des morales. Marx est sans cesse tiraillé par les deux tensions : le pire, l’asservissement du prolétaire et le meilleur, la libération sociale et intellectuelle ! Les nombreux socialismes qui ont mis leur pas dans les siens l’ont fait dans des circonstances historiques et sociales si étrangères à ses prédictions qu’elles ont eu des résultats tout à fait inattendus pour un marxiste orthodoxe. En fait de prévision, une bonne analyse historique du passé ne sert à rien. Théorie et pratique en république, qui en premier ? Ce fut le dilemme de Lénine et de successeurs. Attendre la république libérale ou précéder sa disparition par la dictature du prolétariat ; le programme de l’avenir était confus pour les admirateurs de Marx. Qu’il n’y ait qu’à attendre la dissolution des bourgeoisies et l’hyper concurrence des enrichissements ou sauter cette étape, il reste qu’inexplicablement la république était toujours au centre d’une des deux théologies3. La conviction de Marx à la fin de sa vie, la confirmation dix ans après par Engels, qu’ils s’étaient trompés, ne changea rien à l’effet de la prophétie. Il nous reste les morceaux et il faut faire avec. La république est un partage du pouvoir non entre peuple et élites mais entre élites.

     

    Cette conception triompha : ce fut le marxisme qui eut le plus d’ascendance pour la diffuser. Le danger pour les fractions de bourgeoisies dépouillées ne viendrait pas d’émeutes sociales mais de la virulence du «  marché », de sa contradiction possessions/dépossessions. Depuis deux siècles le devenir d’une fraction dépend de sa rivale en régime homologue. Ce conditionnement apparaît sans fin car lorsqu’il affecte la république d’une nation A, il produit un effet sur la république d’un pays B ; au sein des globalisations, quelques-unes inférieures de A, s’allient avec leur équivalentes de B pour contrecarrer les avidités de leur propre bourgeoisie nationale, et inversement, cela sans fin . Les fractions de dirigeants jouent sans vergogne la bourse, le profit contre l’exploitation ordinaire industrielle, sans se soucier de leurs consœurs dominées. Ce contexte est celui également de la rivalité entre démocraties libérales avant 1939 4.L’histoire n’avait donc pas justifié la célèbre prévision. Les processus de la conquête socialiste du pouvoir ne validèrent aucune prémisse. Aucun déroulement ne s’est produit dans le sens de ces étapes. Et même les deux révolutions qui s’inspirèrent de ces idées furent initiées et forgées dans la guerre civile, par des paysanneries ! 5 ans en URSS et 20 ans en Chine. Les deux seules victoires qui renversent Tsar, Empereur ou Généraux furent des peuple- « paysans » et la lutte armée fut conduite rarement par de ouvriers, menée victorieusement par deux grandes civilisations « attardées ». C’est ainsi que rien de ce qui était « écrit » ne se passa ; et même on eut l’inverse ! Des régimes nationalistes sautèrent l’étape du processus républicain bourgeois pour installer une dictature  collectiviste. Depuis notre schème d’analyse s’est enrichi et les enquêtes empiriques (spécialement en Amérique du sud) valident ou non selon les cas, le fait que  l’étape de la république bourgeoise semblait incontournable.

     

     

     

     

     Et le monde des Républiques changera

     Les idées de Marx, Hobsbawm les reprit avec l’expérience d’un siècle et demi écoulé. « Le Manifeste communiste- et ce n’est pas la moindre de ses remarquables qualités- est un document qui envisageait l’échec. Il espérait que le résultat du développement capitaliste serait une transformation révolutionnaire de la société entière  mais il n’excluait pas cette possibilité : l’échec » (L'âge...p146).

     Clôturant notre ouvrage, on doit rendre hommage au célèbre historien, ami et collègue de Cambridge des auteurs précités. Il finit sa longue carrière par deux livres qui firent « événement » dans le monde des sciences historiques

    Dans « l’âge des extrêmes .. » il raconte, ainsi que dans une tragédie grecque, les événements de ce court XXeme s’enchaînant implacablement en 40 ans ; certainement une période des plus importantes de l’histoire de l’humanité. D’un petit événement survenu en Europe occidentale naquirent plusieurs révolutions et deux guerres mondiales, dont la dernière inattendue pour la plupart des observateurs coûta la vie à 50 millions de personnes sur la terre : un record  inégalé  ! Tout y apparut incroyable. Les convictions les plus enracinées, les valeurs les plus solides tels le libéralisme et la démocratie semblèrent disparaître ou mortellement menacés. L’anti-républicanisme fasciste a été apte et disposé à conquérir le monde civilisé. Un demi- siècle aux antagonismes brutaux face auquel les républiques parurent paralysées et impuissantes pendant 20 ans (1920-1940). Tout ce à quoi le monde des républiques était accoutumé et pour lequel il était déjà préparé et averti (durée, stabilité, sélection des hommes politiques dans une fraction étroite ) s’effondra en quelques mois ; engendrant des conséquences incalculables, non toutes recensées encore. Ce qui frappe dans les analyses de ces régimes est aussi ce qui caractérise à nouveau le temps présent  ; la surprise, l’absence de continuité, le manque de décisions fermes. L’ère des ruptures a engendré dans les esprits pusillanimes, l’ impossibilité d’une prévision réaliste, l’impuissance de conceptions originalesDe ce chaos, de ces secousses, Eric Hobsbawm fit donc un de ses meilleurs livres5 De ces chocs brutaux plus surprenants les uns que les autres, il tira une remise en cause évidente de nos croyances à propos des événements de 1910 à aujourd’hui. Sa table des matières (d’une des parties seulement) est éclatante d’enchaînements : « l’ère des catastrophes ( l’âge de la guerre totale ; la révolution mondiale ; au fond du gouffre économique ; la chute du libéralisme ; contre l’ennemi commun ; la fin des empires ) » 6. Des « révolutions » anti- républicaines (dont au moins trois réussirent en 10 ans) affectèrent les grands pays dont l’Allemagne, l'Espagne, la France, l’Autriche qui brusquement apparurent à la tête d’une croisade capitaliste anti-libérale. Tout ceci se produisit dans une ambiance confuse, un factuel désordonné. De là, l’idée de république comme meilleur des régimes possibles ne sortira pas indemne. Cette histoire n’est pas lisse et nous semble peu compréhensible maintenant. La démocratie dont la république est le fleuron avec sa déclaration des Droits et sa garantie de libertés, côtoya le précipice deux fois (1923 et 29) puis s‘écroula vers 1939. Cette occurrence sembla sceller le sort de démocraties pour un long moment sur le sol européen. Il fallut un rameau exilé Outre Atlantique, les USA, pour renverser le destin de la guerre contre les libéralismes, contre les républiques et ensuite contre des socialismes qui après avoir été violemment combattus par les libéraux , furent confirmés en tant qu’ alliés décisifs; L’ennemi mortel de 1917 fut d’ailleurs déterminant, celui sans lequel la victoire contre le nazisme n’aurait pas eu lieu. La lutte contre le fascisme, Hobsbawm la raconte comme un roman policier où les rebondissements et les changements conjoncturels perturbèrent les démocraties européennes ayant du mal à avaliser une politique sociale entravant l’essor du capitalisme. Que d’énigmes et de mystères posés en peu de temps ! Toutefois les obligations de cette vieille alliance de guerre disparurent peu après ; car ces socialismes ouvertement victorieux inversement aux républiques faibles de 1940 allaient eux-mêmes s’effondrer 50 ans plus tard, en 1989. L’espoir de l’installation « définitive » du socialisme dans le monde s’écroulait à son tour. Et alors que les républicains et les libéraux fêtaient cette victoire prétendue définitive autorisant le contrôle de la planète, des crises économiques se déchaînaient alors , laissant à « la fin de l’histoire » annoncée trop vite, un faible espoir de durée. Ce furent les krachs financiers (de 2007 et 2008), des endettements républicains inégalés et aussi du jamais vu comme la fin du plein emploi, de la croissance continue et forte signant à l’aube du troisième millénaire une «éternité » qui ne dura que dix ans Ce déclin de la gauche au pouvoir ne devait pas se limiter aux seuls pays communistes, mais aussi en plusieurs autres démocraties parlementaires. Où on voit que le court XXe n’offrit pas aux républiques, une destinée de tout repos .

     

     Mon livre, s'il est édité, fera revenir à la mémoire ces fantastiques évolutions ; à savoir au cours de deux renversements inouïs, que ce siècle ait vu  à la fois la république consacrée sur son lieu de naissance et abattue par le fascisme en Europe. Alors même qu’elle venait d’être proposée au monde entier comme modèle (SDN), elle fut renversée peu après par un capitalisme chaotique, militarisé, en Allemagne. Son échec à juguler les crises imprévues déstabilisa de 1924 à 29 tous les pays. Il faut prendre acte de cette banqueroute dont on manipule le souvenir aujourd’hui. La progressive mise en place de mécanismes internationaux de régulation politique avec un arrière-plan idéologique et institutionnel aussi instable et décousu, ne servit à rien. Ainsi que dans une tragédie où la victime devint assassin et ou le meurtrier (l’intérêt particulier, l’ordre de l’égoïsme du capital) est à la fin honoré, mis au pinacle en oubliant les leçons passées. En effet sans crise d’un capitalisme débridé et exacerbé au XXe siècle, il n’y aurait pas eu d’Hitler et sans Hitler pas de manifestation éclatante de la faiblesse des républiques à travers la platitude ou l’usure des dirigeants cooptés d’ élections en élections. En 70 ans 1870-1940, trois générations d’anti communards proposèrent des métamorphoses de déguisements en coups de théâtre qui se multiplièrent si bien... «que des années plus tard la publication du Manifeste communiste d’ un autre marxien reformulait cela en le présentant comme le choix à effectuer entre le socialisme et la barbarie . Savoir qui des deux prévaudra est une question à laquelle le XXIè siècle se chargera de répondre »7

     Adoptons donc comme base à notre étude des républiques que le gouvernement républicain n'est pas une donnée naturelle, évidente de la vie politique occidentale même si les analystes autorisés essaient de diffuser cette idée. Tyrannies, oligarchies, fascismes sont l'un des résultats possibles des luttes entre élites sur le cadavre de la monarchie. Ainsi nous est révélée l’existence de républicains inadaptés à leur temps. Vieillesse, fatigue, irréalisme de prévisions, la république est ce que font les républicains. Et quand, dans l’avalanche de nouvelles et de mauvaises surprises ils ne surent que répondre à la démocratie en perdition et au capitalisme en crise sinon le sauvetage du capital et les renflouements bancaires, le soutien aux catégories sociales les plus fortunées et le système renforcé de la propriété, ils manifestaient toujours le non choix, la non intervention en Espagne, la docilité à Hitler, jusqu’à l’extrême. Ils répondirent par l’absurde à la question impérieuse du fatum : «  Entre la ruine et la barbarie que choisissez-vous ? » Ces dirigeants égarés, pusillanimes et ces chefs velléitaires et orgueilleux répondirent : «  on ne veut pas choisir ! » :

     -Alors vous aurez les deux ! »

    Avant de disparaître en 2012, Hobsbawm en appelle à ces homologies, d’hier, mieux connues et à l’actuel incertain, à propos de la prévision de Marx ( Le Manifeste ): « En résumé, ce qui pouvait apparaître en 1848 comme une rhétorique révolutionnaire ou , au mieux, une prédiction plausible, peut maintenant être lu comme une définition concise du capitalisme en ce début de nouveau millénaire. De quel autre document des années 1840 pouvons-nous dire cela ? 8»

     Il faut donc lire Hobsbawm . Quel autre Balzac  de notre temps  aurait su tirer de ces événements sensationnels, la répétition classique où les démocraties viennent de vivre deux fois le registre des guerres entre nations européennes et en remettent une couche ! En effet présentement elles conçoivent une Europe non belliqueuse mais incohérente. 27 pays déchirés par leur passé qui parlent 25 langues, se divisent en 4 grandes religions, 3 alphabets différents, des cultures si distinctes... et alors tout ce travail d’Hercule  serait résolu naïvement par des bureaucraties confortablement installées à Bruxelles ! On comprend que le monde des républiques formellement unifiées sera trop fluctuant, incertain et que les leçons passées ne serviront jamais. C’est pourquoi le prochain siècle s’annonce palpitant. Les républiques comprendront-elles assez tôt que la désintégration d’ensembles régionaux patiemment construits sur l’égoïsme individuel contre celui, national, amène droit à l’isolement dangereux des pays réputés « modèles » de la vieille société. Ceci est déjà visible à travers l’impuissance orgueilleuse des organisations supranationales face à la décentralisation éparpillée. Les décisions contradictoires et désordonnées de l‘ Union européenne, les sauvetages bancaires, toutes choses vécues récemment annoncent un monde en train de changer si vite que personne ne peut prendre le bon tempo ainsi que ce fut le cas dans les années 30.

     Et de quoi demain sera-t-il fait en république ?

    Pour revenir à la période de l’après 1945, les vainqueurs et leurs républiques virent surgir un ennemi inconnu sur leur terrain, un socialisme saugrenu, hybride, un capitalisme mâtiné de contrôles étatiques, un métissage jamais théorisé, né sur un étrange continent quasiment inexploré d’eux : bref, un défi imprévu  !Encore une nouveauté insaisissable. Vers 1950 ce« faux » double du socialisme soviétique, la Chine rouge allait peu à peu engager la lutte, non par une armée, mais dans l’ économique. Le point fort de 4 siècles d’occident remis en cause par un peuple de paysans mal dégrossis ! Quelle surprise quand, le pari de l ‘élimination du socialisme gagné aux yeux des républicains du Capital vers 1989, quand la stabilité propice aux affaires, l’essor des profits semblaient éternellement assurés, ce second adversaire se révéla un concurrent sérieux non pas au plan de conquêtes territoriales mais sur celui du productivisme, de l’économie de marché et de la solidité de la monnaie. L’URSS à peine disparue, voilà que surgirent une autre philosophie, une autre conception de l’essor matériel à coté de laquelle l’ancien ennemi communiste parût rétrospectivement de faible intimidation. Et une nouvelle république qui concerne des milliards d’hommes en Asie ; nos hommes politiques qui ont plus 60 ans et de vieilles habitudes qui ne s’y reconnaissent plus ! 

     

     A la mi-temps du « match », après un calme international d’une trentaine d’ années, voila qu’ une autre période menaçante s’annonce pour des républiques qui n’aiment pas improviser dans l’urgence  : possédants d’ici contre riches dominants de là-bas, «maîtres  du monde » d’hier contre nouveaux arrivants, Outre-Atlantique contre Asie, ex- bourgeoisies exploitées devenues conquérantes à leur tour . Le désordre et les rivalités inédites prédisent des lendemains mystérieux. Un Brexit un Trump, une présidentielle française : Que de meurtres entre amis ! Ce cadre pèsera de plus en plus, là où des alliances entre milliardaires de diverses nationalités se réalisent au détriment de toutes les petites bourgeoisies inférieures. Cette menace , si elle n’a pas abouti à faire trébucher le vieux capitalisme, en a limité ses extensions….Mais en faveur des forces de grands monopoles supra-nationaux. Les allégeances seront croisées . Il n’ y aura plus un registre unique des profits industriels ou financiers, un seul mode de domination ou des échanges inégaux, de services payés entre conglomérats d’ intérêts concurrents se déchargeant de l’impôt (« jouer les dettes, les taux de change). Les fractions se sont multipliées et le concept de classes n’est plus clair tant l’internationalisation capitaliste a dispersé ses intérêts, caché ses profits , redistribué ses possessions sur le globe entier, s’appuyant sur une information et communication ultra -rapide. A une époque où le capitalisme mondialisé s’impose à toutes les formes de capitalismes antérieures, ces nouveaux internationalistes ont démystifié les vieilles formules paternalistes de classes et les discours patriotiques. Et ce sont des régimes bien différents qui s’implanteront ; ceci a commencé d’ailleurs : républiques aux directions autoritaires, fédérations aux relations confuses, alliances contre nature de démocraties et des régimes réactionnaires. Des interventions populaires encadrées de petites bourgeoisies , des dictatures morales de médias tenteront de trouver leur place. Un second souffle, un répit ou au contraire une intensification des luttes entre bourgeois de l’ancien monde et ceux des pays « émergents » ? On verra une conséquence directe :cent ans après les migrations des Européens qui envahirent le monde ce dernier va-t-il à son tour, envahir l’Europe en envoyant ses migrants pauvres ( leurs riches sont venus s’installer déjà) ? D’autres murs de Berlin s’élèveront (mexicain ? ) Mais ils tomberont à leur tour. Cette 3ème étape, en cent ans, annonce-t-elle une nouvelle débâcle  des républiques qui ne sont guère préparées au temps agités ? Alors que se se termine la période des certitudes : le plein emploi, la croissance continue, la richesse de l’État providence, nous passons le seuil du nouveau millénaire avec en arrière -fond la peur du nouveau. Car ce sont des régimes différents qui s’implanteront . Ceci a commencé d’ailleurs : républiques minoritaires aux soutiens fragiles, directions démocratiques autoritaires ; larges fédérations aux relations chaotiques, alliances avec des émirs ou roitelets africains etc. Des manifestants plébéiens encadrés de petites bourgeois en colère  renverseront des majorités électorales et les « peuples », en partie imaginés , peu respectueux des institutions et des traditions, se passeront de nos républiques pour inventer les leurs.

     Alors on dira : » la mortalité républicaine ? Une banalité , que cette vie courte faite de multiples soubresauts et des guerres intestines, cette course d’ accumulateurs de richesses.. ». Il restera au lecteur à trouver les raisons au nom desquelles la France est le dernier pays à se rallier à la dure réalité de l’histoire, tels les vieillards pour s’accrocher à une représentation vivable.

     

     On espère que le tour d’horizon des penseurs de la république les plus inventifs présentés aux lecteurs curieux servira à une meilleure compréhension de notre époque . Saisirons-nous l’ occasion de la naissance et de la mort de ce type de régime ? Certes, les conflits de fonctionnement, des objectifs parfois inconciliables ne seront jamais complètement dépassés ou résolus. L’ Histoire se poursuivra et le monde des républiques changera encore. Mais sachant que «  la plupart des êtres humains fonctionnent comme des historiens : ils ne reconnaissent la nature de leurs expériences qu’après coup »9 , Brochier et moi, avons souhaité hâter l’opportunité d’un moment d’intelligence de la situation. Les cadres intellectuels d’interprétation se modifient par hasard, ou parfois sont provoqués par la chance... que l’on peut aider.

     

    1 Qu'est-ce qu'une république ? Sociologie historique du gouvernement républicain en Europe, à paraître.

     

    2 Même si on ne parvient pas à la mesurer comme je le tentais dans les Malades urgences, Paris, Metailié 2000.

     

    3« Nous nous sommes trompés » : cf le chapitre consacré à cette erreur historique dans : J. Peneff Le règne des banquiers va commencer », Paris, La Découverte, 2010.

     

    4 Plus détaillé et précis, Marx décrit deux cas spectaculaires de luttes meurtrières entre classes supérieures et de ses factions ou ses clans, ses partis et « familles »,. Aussi éventuellement leur union contre le peuple révolté. Sur la république en action on relira ses pages indignées sur la fin de la seconde en France (1848) et le début de la troisième (La Commune), les deux aux mains couvertes de sang du peuple .Marx observateur direct et bon journaliste a été dans les deux opuscules sur la France et ses deux révolutions ratées le panégyriste de la révolution bourgeoise bien que dans ses conclusions théoriques il y est radicalement opposé.

     

    5 Une sorte de testament intellectuel à 80 ans : L’âge des extrêmes Histoire du court XXe siècle 1994 ; en français : Paris, Ed. Complexe, 1998.

     

    6 Parties suivantes : l’age d’or  puis la débâcle.

     

    7 Hobsbawm : Et le monde changea réflexions sur Marx et le marxisme, Ed. Jacqueline Chambon/Actes sud, 2014

     

    8 E. H. Et le monde changea, p. 137

     

    9 E H , L’âge des extrêmes, p. 341

     

     

     

     

     

     

     

     


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