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     Ce texte de l’ermite est à situer dans le blog dans l’éloge de Jack Goody grand connaisseur des autres cultures orientales ( Cf la rubrique   Objectifs et Projets avec l’analyse de son dernier ouvrage ( Comment nous avons « volé » l’histoire des autres continents )Et à rapprocher des études fines de la Chine qui existèrent en Occident nonobstant les difficultés  et que nous avons rassemblées sous le titre de « La chine et nous » dans la rubrique Accueil

     Deux aspects intéressants  nous ont retenu :

    A )   comment contrôler le capital  privé  s’exportant à l’extérieur , les businessmen chinois qui achètent à tout va en Occident ( ports, aéroports , grosses boites etc .)

     B)  Comment assurer le renouvellement des cadres politiques, des très hauts fonctionnaires et des dirigeants .  Problème ardu devant  lequel les bolcheviks russes ont échoué ; recrutement  en masse d’opportunistes après la victoire en 1917 ; pour lequel tous les régimes capitalistes  traditionnels qui  se heurtent à l’inégalité sociale à cacher  n’ont pas réussi  à tourner :  le non renouvellement  social au sommet, la reproduction à l’identique des mêmes castes ( les héritiers , les « fils de », etc)

     Le contrôle du capitalisme est plus aisé si on détient en partie « le marché financier » et  si la lutte contre la corruption interne est « sérieuse » ( mort physique ou morale des fonctionnaires « achetés ») La solution chinoise qui marche pour le moment est ingénieuse. Laisser les Bourses locales et nationales – passion du jeu, il y a des boursicoteurs en Chine – mais en être le principal actionnaire, avoir le dernier mot des transactions   grâce au contrôle des changes par la Centrale et vérifier les comptes individuels.  Les spéculateurs sont alors vite repérés. Quand les banques en Occident ont excessivement spéculé (subprimes),   elles font faillite et l’Etat les renfloue sans contrôle postérieur 

    Ça ne peut pas se produire en  Chine où l’Etat et les  « régions », entités politiques sont les actionnaires majoritaires et  où les excès sont vite réprimés ;  donc pas de catastrophes payées par les peuples  comme en France en 2008 . Les politiciens chinois surveillent, octroient les crédits,  les taux de prêts   ou de profit  du privé . Solution inédite créée par la connaissance chinoise des erreurs de l’URSS (tout au service « public ») et  celles de l’anarchie au bénéfice du privé en  Occident. Mais alors qui sont ces « contrôleurs » chinois, comment recruter des fonctionnaires qui ne seront pas les mandarins d’hier, se servant en premier et  rapidement corrompus ? Tout est dans la sélection   minutieuse des cadres intermédiaires aptes à « monter » et  à la surveillance   politique par le sommet. Mais cela ne fait que reporter le problème sur une catégorie de la population. Et làn on sait peu de choses. Osons une interprétation :  une sélection par les capacités intellectuelles en sciences exactes et en mathématiques !!

     La formation des élites, aptes à devenir des agents politiques

     C’est le phénomène  plus curieux, le plus étrange pour nous ,obnubilés par la voie sacrée : écoles catholiques, lycées privés ,puis sciences Po (grande école privée)  enfin ENA ou inspection finances etc.. Je note que c’est la voie de formation intellectuelle exclusive de tous les présidents de  notre République depuis  Giscard. Tous sans exception ; or en Chine la voie royale c’est la science et la pratique de la gestion collective en économie nationalisée .Être un savant,  ingénieur au minimum,  et avoir dirigé des entreprises( plutôt régionales modestes) : tous ont suivi ce chemin de formation scientifique, puis ensuite  pratique de terrain  en devenant un dirigeant local d’entreprise publique, un gestionnaire  d’Etat  qui a réussi  (= sans grève , avec des innovations productives techniques etc..) D’abord il y faut de grosses compétences  industrielles,  un  esprit  nationaliste rationnel, une très solide éducation technique et un grand sens diplomatique avec les syndicats !!    Bref une rationalité  économique au  sens de raisonnement  scientifique poussé ; pour le moment  ça marche !  Les seules élites politiques montées   depuis 1988 ont eu  un passé  de  scientifiques  et de fins observateurs matérialistes. Cela   semble enraciné dans la culture chinoise de l’amour des Sciences. Les enfants ont des capacités supérieures en maths-physique (réussite aux test internationaux les plus exigeants) aimant l’astronomie, la géographie bref les sciences qui réclamant une logique de raisonnement à l’épreuve des réalités. On voit qu’on est loin des littéraires  vaseux que nous, on promeut avec l’amour du « discours »,  de la rhétorique de  culture  générale  de salon,  d’où l’ absence de   rationalité dans la réussite de  l’univers scolaire par de-là un manque de sciences matérielles confrontées  au goût de l’abstraction   et une plus faible concentration  intellectuelle

     

     La revanche Gymnastique de l’esprit et du corps

      Au sein de ce contre-pied de l’Histoire  ( que notre Antiquité avait   pourtant soutenu : les techniciens  et les philosophes, tous  savants    comme Aristote) on ne doit pas  sous-estimer  le fort désir de revanche . Avoir été le centre du monde civilisé au cours de mille ans puis ensuite avoir été humiliés et colonisés pendant un demi- siècle soutient l’effort des enfants chinois, intensément scolarisés dès l’âge de 4 ans  et plus tard  imbattables dans les sciences  exactes ou en maths  pures :  les meilleurs maintenant dans tous les concours internationaux ( avec Japon et Corée).  Pour les Chinois depuis des siècles, la naissance de sciences en chine, ça ne s’oublie pas ! Ils ont le double de jours de classe ( 290 jours/an)  avec des élèves très motivés par rapport à notre défaitisme de l’effort scolaire qui détourne des apprentissages intensifs ;. Nos  enfants , nos « élèves », en France, derniers de la classe dans les tests en Occident seront « mangés » . En Chine le désir de revanche et l’envie patriotique de revenir  à la première place jouent encore  (fierté nationale, ciment extraordinaire)  mais demain ?   Les Chinois comptent sur autre aspect culturel : les enseignements de trois religions, de la modération des envies et des convoitises et de la recherche non agressive de solutions

    Les trois grandes religions s’entendent  sur ces points :elles  ne se combattent pas comme en Europe sur 3 siècles. Le Confucianisme, le Taoïsme, le Bouddhisme, les trois enseignent la maitrise de soi, l’harmonie cosmique (le respect de la nature), la tolérance. La gymnastique de l’esprit , l’amour des sciences concrètes  s’accordent avec le contrôle de soi à l’égard des autres. La gymnastique individuelle,  sorte de « prière quotidienne » en public, est une manifestation d’équilibre  dans les gestes offerts aux regards des autres, coordonnés par la nature collective de cette passion, un rapport pacifié  de respect aux autres et de respect de son propre corps. Une géométrie des mouvements qui rend la fluidité aux relations humaines, une tempérance de l’envie égoïste. Il n’y a qu’à regarder la circulation « anarchique » dans les rues (par ex au Vietnam) et l’absence d’accidents ou de querelles dans ce qui nous apparait comme un sommet du désordre .  Pourtant il y a derrière, une recherche de l’ harmonie de mouvements,  pour nous inconcevable, du fait des relations   conflictuelles de nos rues issues de l’individualisme  dans la possession de la route. C’est ce que quelques-uns d’entre  nous appellent  faute de mieux, la sagesse orientale Ce contrôle de soi s’est manifesté dans un domaine,  surprenant pour nos propres conceptions :le contrôle volontaire des naissances. Sans lui, aucun progrès possibles, (témoin l’Afrique actuelle, les pays Arabes ou Brésil dont le développement ne suivent pas la démographie.) Si on ne stoppe pas la croissance  excessive,  après avoir résolu les famines   et l’intense mortalité infantile antérieure, l’accroissement ultra-rapide des naissances  détruira  le progrès social-scolaire  collectif ( sauf pour une minorité à l’abri des besoins).  Le développement économique  sera  retardé,  entravé  ou pour le moins freiné. Bien sûr les esprits  étroits diront ; « Ah oui facile !  une interdiction par l’Etat !une dictature morale, et donc une  intrusion privée, insensée etc.. » Ridicule argument ! si ce projet n’avait pas été consenti,  admis par la population unie dans cet objectif ( limité  dans le temps) ; ce serait irréalisable. Même  le pire régime policier ne peut mettre un flic sous le lit de chaque couple ! Ça fait partie des impensables  de nos esprits ( dits «  cartésiens !), une  des nombreuses barrières caricaturales de nos  connaissances, un de nos écrans de  pensée  irréductibles. Les conditions que d’autres continents surent sagement s’imposer ne purent être perçues par notre ethnocentrisme qui a rendu aveugle

     Cet esprit de géométrie, d’équilibre entre soi et les autres aidèrent les Chinois à minutieusement observer les anciens capitalismes à l’œuvre  qui ont échoué dans le développement rapide et  mieux réparti : ils en ont tiré la leçon, les incitant à un juste milieu. La théorie du balancier ! « Pas de contraintes au capitalisme au profit individuel, à la concurrence bancaire ou celle des marchés acharnée » a dit l’Occident ;   de l’autre côté,  ils se refusèrent aux   anciennes solutions soviétiques  ( toutes les banques étaient nationalisées).   Il y eut bien en France   un essai de privatisation bancaire partiel, de De Gaulle et de Mitterrand mais il avorta.  Or devant l’échec de ces deux formules, la Chine a choisi la formule moyenne. Comme dans d’autres domaines également.

    Ça marchera un siècle, peut-être deux… mais présentement c’est incontournable. La preuve ? c’est le seul pays qui a su retourner une situation défavorable, en 60 ans. De pays en partie misérable, sous-développé, à famines en 1945, il est devenu la deuxième puissance mondiale et en passe de devenir la première. Ceci au moindre coût, au moins extérieur : pas de guerres externes, pas de colonisation et pas d’esclavage. Par conséquent un dépassement ahurissant des progrès inégalitaires de l’Occident dans les domaines de  santé, alphabétisation, longueur de vie et du nombre de diplômés  en sciences exactes en pourcentage de population . Donc tout le retard technique et industriel et scientifique a été comblé en  deux générations soit 50 ans !! un phénomène incroyable qui mériterait  un peu  plus d’intérêt  sans parler même simplement d’un peu de curiosité de nos élites et  nos  politiques, s’ils n’étaient à ce point  obsédés égocentriquement

     

     

     

     

     

     

    Les critiques de Jack Goody et de  Kenneth Pomeranz:

    -« Le vol de l’histoire ; Comment l’Europe a imposé le récit de son passé au reste du monde »

    - « Une grande divergence : La Chine, l’Europe et la construction de l’économie mondiale »

     

    Deux grands auteurs Goody et Pomeranz, deux grands scientifiques révèlent la part d’inconnu de l’histoire chinoise et se rebellent contre la manière dont notre histoire avait traité les autres continents (et la Chine particulièrement) dans la représentation du passé ancien et récent. La chronique de la naissance du capitalisme, de l’émergence des sciences et techniques, des connaissances des philosophies  a été déformée au long d’épisodes ou les idées métaphysiques de supériorité occidentale ont été constamment à l’œuvre à l’encontre des faits d’évidence

    La curiosité que l’Asie suscitait, les interrogations insatisfaites qu’elle soulevait, les études segmentées qui en ressortaient, ne se reliaient pas  assez à l’actualité vécue des années 60 (et combien elle était rapide !). J. Goody et K.  Pomeranz justifient le nécessaire retour sur ce passé  de savoirs sur le monde asiatique construits autour d’attentes variées, d’absence de grandes enquêtes  empiriques. Le contexte des lectures compte autant que leur contenu, et il faut mettre en scène les lecteurs des années 1970 et 80. Aucun de ces lecteurs ne naquît dans le ciel abstrait d’idées désincarnées : actuellement elles interfèrent dans le cadre  de l’histoire mondialisée  

    Les deux historiens-anthropologues, issus de deux générations, comparent donc l’histoire de la Chine, de l’Occident et du reste du monde. Leur rapprochement s’impose puisque leurs livres sont contemporains (six ans d’écart), aux démarches parallèles, aboutissent à des conclusions indispensables pour comprendre nos jugements successifs contrastés. Le principe de la comparaison entre auteurs, deux à deux, est pour nous, soit le temps, soit l’espace, soit bien autre chose ; ici c’est le contexte économique[1]. Ce principe  de lecture, établi en bonne méthodologie, présente l‘Asie et la Chine face à l’Occident et fournit aux grands auteurs l’occasion de mettre en perspective la vision ethnocentriste qui a débordé  dans les sciences sociales, de l’histoire jusqu’à l’économie politique. Confrontés au manque de relativisme savant et à la faiblesse de connaissances factuelles, les enquêtes du célèbre anthropologue de Cambridge et celles du jeune historien de l’économie de l’Université d’Irvine, récemment élu professeur à Chicago, ont bouleversé le paysage des connaissances en peu de temps. Leurs conceptions découlent d’une notion d’idée neuve, « mutante » peut-on dire, repoussant la référence modèle (ancien/nouveau ou progrès par bonds) jusqu’à leur contestation radicale.  Dans les livres qui ont ébranlé l’historiographie à l’aube du 21ème, parus entre 2000-2010, K .Pomeranz justifie son association avec Goody. Cette affiliation, -bien qu’il soit son cadet de 40 ans et qu’il n’eut aucune publication en français alors que son aîné bénéficiait,lui, d’une quinzaine- manifeste une réelle convergence à l’égard de l’histoire « globale ».  Cette entreprise de rectification en sciences historiques, en philosophie et en représentations politistes, a nécessité, de la part des deux hommes qui se lisent et s’estiment, un travail de longue haleine. Près de mille références bibliographiques appelées par chacun d’eux (dont un tiers au moins hors langue anglaise) placent la vulgarisation « mondaine » ou l’érudition de « salon », en position ridicule vis-à-vis des lectorats cultivés ! En France les chercheurs ont du retard en histoire de la mondialisation -(en voie de rattrapage ?)-, en raison de la pénurie de traductions et de la focalisation de l’attention sur notre pré carré : l’histoire moderne à la suite de notre « Grande Révolution » ou celle de la Résistance et l’Occupation,  et aussi de la décolonisation. Nous ne savons pas depuis Bloch, Braudel, Labrousse aussi bien mélanger les genres, sortir de la spécialisation étroite et combiner l’histoire à l’anthropologie, la géographie avec l’écologie et l’économie, ou encore la démographie avec la sociologie. Avec audace, Goody et Pomeranz ouvrent un champ à l’interdisciplinarité irrespectueuse des frontières. Le vent du changement a déjà soufflé dans les  années récentes  que nous qualifions sans hésiter de mémorables. Ce mouvement qui augure d’un futur surprenant a modifié les problématiques et, de là, les « approches » scientifiques.  La dimension et le cadre de travail ont été transformés par la mondialisation qui a donné un peu d’air frais à nos sciences sociales vieillissantes.  



     


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  • Lettre de la montagne

     

     

    J’ai reçu cette lettre de l’ermite et je vous la transmets telle quelle.

     

    Cher camarade

     

    Les événements vont vite et comme l’hiver prolongé vous tient éloigné d’une promenade à mon domicile, je vous envoie les réflexions suivantes :

    Nous aurons un gouvernement de gauche en France dans quelques jours. Evénement de portée mondiale. En effet il n’y en pas d’autres en Europe et nous serons donc les seuls.  Reçu comment ? Admis par qui ? Combattu par quelles forces ? Evénement international aussi, car si on ôte les 5 ou 6 gouvernements de gauche en Amérique latine, nous serons aujourd’hui le cinquième gouvernement de gauche sur la planète (Chine, Vietnam, Cuba et un autre minuscule)

    Ainsi, est-ce que dix gouvernements de gauche, plus un (le notre),  ça va permettre de rétablir l’équilibre au sein de l’humanité ? Bouleverser le rapport de forces mondiales ? Perturber le libéralisme le capitalisme et l’impérialisme économique ambiants ?  Je ne sais

     

    Mais je devine notre future situation en Europe, seuls contre tous, puisqu’on ne peut voter pour les autres peuples et que l’extrême-droite progresse régulièrement (sans triompher) dans tous les pays européens y compris la Suède travailliste (mais ils avaient tué Olaf Palme avant). Les réactionnaires participent de plus en plus aux gouvernements en les gérant ou en les soutenant. Alors que faire ?  Quitter l’Europe en changeant de continent ? Accepter la guerre qu’ils vont nous mener ? Ou réfléchir posément aux précédents historiques. Cela oui, c’est réaliste

    La montée de la droite extrémiste, dans tout l’Occident, est un fait nouveau à cette échelle et à cette intensité. Et comme l’Allemagne joue un rôle central demandons-nous ce qu’elle va entreprendre, décider ? Est-elle le père Fouettard qu’on nous présente, la diablesse de l’austérité ou un pays qui a su éliminer ses  natonalistes ? Notons qu’elle est (avec l’Angleterre) un des seuls pays à n’avoir aucune représentation parlementaire extrême, genre néo nazi ou parti à tendance violente.  

    La fascisation rampante en Allemagne démocratique date des années 1914-1918, pour s’élargir dès 1925 et s’ « épanouir » en 1933 .  L’étude des élections signale que ce n’est pas le peuple (urbain, ouvrier, socialiste ou communiste) le responsable mais la Bourgeoisie et les classes moyennes qui ont soutenu et participé à ce méfait qui a attiré le monde dans le gouffre. On doit affirmer donc que l’idée du « populisme »,fauteur de troubles, qui triomphe actuellement dans nos analyses médiatisées est une idiotie de l’explication historique. On impute injustement par « populisme », une péché au peuple, une  prétendue dérive des électeurs de  gauche vers le Front National. La gauche n’est pas exempte toutefois d’une absence de clarté et de vision. Mais ce sont les forces d’autres bords qui sont passées graduellement  du conservatisme à la peur des « Rouges », du collectivisme et des « partageux ;  ensuite à leur  massacre pour aboutir au triomphe du nazisme. Quelles sont ces forces ? On peut l’imaginer quand on examine les électorats traditionnels qui sont en train de virer à l’extrémisme européen.

    Je me propose de le faire avec vous. Nous disposons d’un grand nombre de livres récents, d’études fines, notamment Allemandes et de langue anglaise. Rien en France bien entendu. Nous avons même oublié que 25 millions de Russes, de « communistes » donc, ont donné leur vie pour nous libérer du fascisme. Celui-ci en 1942 tenait encore toute l’Europe continentale (sauf la Suisse et la GB) ; occupait une partie de l’Asie et de l’Afrique du Nord. Sans la lutte des Soviétiques (peu de temps après haïs par nos élites et « responsables »), nous serions encore...occupés et nazifiés. On oublie trop vite le sacrifice russe à la liberté,à la notre. Car les Américains n’auraient jamais débarqué avec succès si les trois-quarts des armées hitlériennes n’étaient fixés à L’Est. Bien sûr on peut penser qu’à la fin de 45, la bombe atomique sur l’Allemagne l’aurait faite céder....

     

    Pourquoi un fascisme, plus ou moins masqué, renaît en Europe ? Notre sort dépend de la façon dont nous allons comprendre les événements inouïs qui se préparent sur le terrain de la réaction et de la Contre Révolution.  A suivre la lecture du passé de l’Histoire

     

    L’ermite  

     

     

     


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  • La Révolution de 1789 (à la lumière des événements actuels)

     

     

    Chaque siècle a eu sa lecture de l’épisode le plus marquant de notre histoire. Celle que nous vivons présentement a du mal à éclore tant l’ombre du XXème pèse sur nous. Il n’y avait jamais eu, lors des trente dernières années, autant d’historiens de salons et de plateaux télé (spécialistes, contrairement aux sociologues qui étaient invités pour un oui ou non) ; il n’y jamais eu autant de revues de vulgarisation (souvent de qualité), il n’y a jamais eu autant de faim d’Histoire ; c’est pourquoi peut-être, il y a si peu d’historiens novateurs. Il est demandé aujourd’hui une position morale irréprochable, politiquement correcte, une rédaction pas trop longue, pas trop de notes, pas trop difficile à lire. Ces conditions pèsent sur la recherche puisqu’on doit passer sous les fourches caudines de l’éditeur. La « belle carrière »   implique non le livre profond mais le livre à succès. Et peu importe la recherche solitaire et patiente.  L’histoire universitaire actuelle s’est enlisée dans les délices du médiatique, de l’académisme prudent et la norme est devenue « Esprit Sc Po », l’essai court, sentencieux, polémique mais poli, de gauche. Martin et quelques autres ont décidé d’aller à l’inverse du mouvement général,période  au cours de laquelle la France a perdu une prééminence internationale initialement reconnue. Aussi, après les « historiens-anthropologues » anglo-saxons renommés, quoique négligés en France, nous présentons Martin, dont la recherche sur un sujet  archi-battu, la Révolution, se trouve  aux antipodes de la mode  dans les sciences sociales. Aucune n’est indemne. L’histoire aussi en fut victime quoique ayant gardé un niveau supérieur d’exigences à celui de la sociologie. Quand on voit le peu de cas que font de nos « découvertes », de nos publications, les historiens étrangers, on est effaré du déclin de la discipline. Dans les livres que nous commentons (Dunn, Goody, Evans, Kershaw, ou chercheurs de Harvard, de Cambridge, de Californie, voire du Japon ou de Chine), la place donnée en note et la part bibliographique accordée aux historiens français contemporains est infime.

    Rien ou presque sur l’histoire du nazisme, terrain immense en plein renouvellement ; rien sur l’histoire des relations économiques ou politiques du monde. Terrains et réputations perdus sauf quand l’histoire française se consacre à ses « grands sujets »: Révolution, Guerres mondiales sur notre sol, guerre d’Algérie, Gaullisme, (bref le pré carré), ou bien alors elle vient sur le terrain de la sociologie des phénomènes contemporains, (mémoire nationale, vie politique, partis et syndicats). La France représente moins de 5% de la bibliographie dans des oeuvres au retentissement mondial (particulièrement en anglais ou en allemand). Les chefs d’œuvre contemporains demeurent inconnus ou négligées chez nous, étant donné notre suffisance. Nous traversons à l’heure actuelle un champ de ruines, après le temps des  Annales, des Bloch, des Braudel et leurs fils spirituels qui sont octogénaires ! C’est ainsi que ce blog « Histoire-Sciologie » à travers l’idée de la crise permanente est tourné presque exclusivement -et on le déplore- vers les historiens étrangers.

     

    Jean-Clément Martin , comme son nom l’indique, est bien français. Il est le grand spécialiste actuel de la Révolution ; il a apporté en peu de temps un regard nouveau. Notons en passant qu’il consacre, en général, plus du quart de sa bibliographie aux auteurs non français. On apprécie qu’il sorte un peu de l’hexagone. Nous résumons  l’article mis en ligne dans la rubrique « Lectures ». Une Révolution (et la notre est exemplaire) implique obligatoirement une Contre-révolution, des progrès et des régressions, terribles par les deux aspects liés, une forte dose de violence gratuite (qualificatif inapproprié : elle est indispensable et juste pour ceux qui en usent et injuste à ceux qui la subissent). La révolution, chez Martin, ne commence pas à une date symbolique, ni ne finit quand les acteurs le déclarent.  Cette « transgression » des contenus et de la  chronologie classique nous interpelle particulièrement au moment où le besoin de renouvellement se fait sentir, et où des espaces neufs de réflexion se créent. Heureusement le goût de l’histoire (agitée ou non, de périodes troublées ou non) se manifeste parmi les jeunes historiens[1]. Il n’y a qu’à voir  l’âge des collaborateurs de Martin  dans le Dictionnaire de la Contre –Révolution : la majorité a  moins de 45 ans Pour redonner l’envie de lire les grands auteurs étrangers aux jeunes Français, lisons Martin, revisitons la Grande Révolution

     

    D’abord pourquoi 1789 ?

     

    Une énième histoire de la Révolution, on nous dira, quelle importance aujourd’hui ? Capitale ! Parce que la situation est aussi instable, économiquement ou financièrement que dans les années 1780, le doute, un scepticisme  certain, gagnent les institutions provoquant la perte de légitimité des élus ; ni Ecole, ni Eglises, ni Etat, ni chefs ne surnagent. La crise est morale autant que politique ; de là cette inquiétude diffuse. Même l’espoir mis en l’Europe en est affecté, on parle comme en 89, de « banqueroute » : (banque et route) !

    On peut revenir alors à nos années classiques 1780, non parce que l’Histoire se reproduit mais parce qu’on cherchera des comparaisons et là, on trouvera des prolongements étonnants. Il  est des questions éternelles que la Révolution de 89 a tenté de résoudre : la souveraineté du peuple, la place des travailleurs pauvres,  la forme d’une scolarisation gratuite , la démocratie représentative, la fonction des « minorités » (femmes, ex-colonisés, immigrés ou émergents,). De même l’interrogation : la violence est-elle inéluctable en politique ou est-ce un accident de l’histoire est toujours d’actualité ainsi que le printemps arabe nous l’a opportunément rappelé. 

    Justement, Martin traite avec grande liberté et sang froid ces questionnements. De ce fait, il participe au renouveau qu’il y a 20 ans Jacques Le Goff appelait de ses voeux. Il aspirait à un grand nettoyage de la problématique. Son appel contenait l’intuition d’une nouvelle manière d’histoire anthropologique qui se réalise enfin (ou du moins ses prémisses). « Dans cet essai, qui a vingt ans, je disais que Marc Bloch et Lucien Febvre avaient eu raison de vouloir la mort de la vieille histoire événementielle, politicienne, militaire et diplomatique, mais qu’il fallait restaurer en France une nouvelle histoire politique, qui soit une histoire du politique et non de la politique, une histoire du pouvoir, attentive aux structures, à la longue durée, au symbolique et, j’ajouterai, à l’imaginaire. Et je proposais d’appeler cette histoire politique renouvelée, approfondie, « anthropologie politique historique » .... L’expression n’a connu qu’une faveur limitée, mais le type d’histoire politique que je désignais ainsi à commencé à naître et se développe, même si le cadavre de la vieille histoire politique bouge et cherche à ressusciter »[2].

     

    Reportons-nous alors à la rubrique : « Accueil» : Jean-Clément Martin


     

    [1] Pour un  renouvellement de générations, voir les deux livres de  Raphaëlle Branche au sujet de la guerre d’Algérie et de son indépendance

    [2] Jacques Le Goff : Un autre Moyen Âge, Gallimard, 1999, p.445


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  • RETOUR CHEZ L’ERMITE  

     

     

    Je décidai de le revoir, ayant révisé mes classiques et notamment le Dialogue « Rousseau juge de Jean-Jacques », justification rhétorique par dédoublement. J’avais résolu  l’énigme  émise à ma première rencontre. Son pastiche était tiré  de la 5ième Promenade des « Rêveries du promeneur solitaire ». Que voulait dire Rousseau  par cette démarche paresseuse ? : « Quand le lac agité ne me permettait pas la navigation, je passais l’après midi à parcourir l’île en herborisant à droite et à gauche,m’asseyant tantôt dans les endroits les plus riants et les plus solitaires pour y rêver à mon aise,tantôt sur les terrasses et les tertres pour parcourir des yeux le superbe et ravissant coup d’œil du lac » ? Je ne comprenais pas  ses références littéraires constantes. Etait-ce pour souligner la valeur de la culture scolaire en politique ? Et pourquoi ces plagiats, ces citations déformées ? Un pied de nez au symbolisme trop érudit ou un salut, en passant, aux grands ancêtres, qui pensèrent en marchant. Il est exact qu’il y a eu de nombreuses manières de marcher : en politique (les protestations, les défilés), les marches philosophiques (les dialogues des Péripatéticiens, de Kierkegaard, Flaubert), ou religieuses (les pèlerinages, St Jacques de Compostelle) sportives enfin, les courses de marcheurs (les déhanchés). Moi-même j’appartenais à la génération des coureurs (trails, marathons, joggings) qui avaient été le témoin de l’explosion de ce mode de locomotion. La cadence imprimée aux muscles, le rythme de la respiration participent-ils de la réflexion par une sorte d’oxygénation de l’esprit ?  Pourtant la découverte d’un itinéraire en terrain rude ou engagé, la recherche du passage dans une ascension ne favorisent guère le raisonnement dilatoire ; elles déconcertent l’attention, s’attachent à des sensations périphériques : la maîtrise physique de l’environnement, le contrôle nerveux de soi. D’où mes doutes qui me poussèrent à l’aller revoir 

     

    Le sens de la marche

     

    Je le trouvais de bonne humeur se chauffant au soleil sur le pas de sa porte. Je le provoquais aussitôt sur la distinction mystérieuse penser et marcher.

    - Pourquoi Rousseau ? Il fut un grand marcheur-penseur, me dit-il, Il pensait en marchant ; peu souvent l’inverse. Au moment où il fait l’apologie de l’engourdissement par le calme des sens, il nous avertit que penser à rien, c’est penser encore à quelque chose. Tout au moins, c'est  ce qu’il va écrire au sujet   de l’eau, du flux et reflux, du doux bruit du canotage et donc le flottement de la raison. Une fois, il était si absorbé à démêler les fils de sa pensée qu’il fut renversé par le carrosse d’un noble ! Il fut parmi les philosophes le seul à courir ce danger.  C’était un « intellectuel-ouvrier »  qui a beaucoup erré à pied entre Chambéry, Lyon et Turin. Pour lui : point de chaise (à porteurs) d’équipage, de monture. N’oubliez pas que c’est au cours d’une marche, de Pais à Vincennes ( où il allait visiter son ami Diderot enfermé au château) qu’il eut la révélation de ce qui serait son « système politique » (la réponse à l’académie de Dijon qui donna « Le discours sur les Sciences et les Arts »). Illumination associée à une insolation, ce jour torride de l’été 1849, comme il le raconte avec lyrisme. Si vous voulez suivre le sens de sa marche, devenez d’abord sensible à cette musique  de la  Promenade: « Quand le soir approchait, je descendais des cimes de l’île et j’allais volontiers m’asseoir au bord du lac sur la grève..Là le bruit des vagues et l’agitation de l’eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute autre agitation la plongeaient dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait...Le flux et le reflux de cette eau, son bruit continu mais renflé par intervalles frappant sans relâche mon oreille et mes yeux suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence sans prendre la peine de penser. De temps à autre naissait quelque faible et courte réflexion sur l’instabilité des choses de ce monde ».  Ecoutez la mélodie, que ce soit dans Les Promenades, ou Les Confessions. Ça coule comme une source. Excusez-moi je n’ai pu résister à l’envie de vous faire goûter cette eau-là

     

    - D’accord, d’accord; mais il n’est pas unique. Pourquoi lui ?

     

    - Parce qu’il est notre témoin quasi-contemporain, un plébéien qui alluma une Révolte. Il n’y a pas d’idées neuves en politique sans la recherche d’un mode d’expression nouveau. Vous vivez une époque passionnante, annonciatrice de changements inattendus mais si vous ne trouvez pas la formule pertinente, vos idées ne passeront pas. Aujourd’hui vous pouvez lire une multitude d’auteurs et de polémistes mais aucun n’a inventé un style. Découvrez votre style et vous laisserez une trace.

     

    -Vous soutenez que les idées vigoureuses de Rousseau devaient nécessairement être associées à un bouleversement de l’écriture en politique pour avoir un impact ?

     

    - Exactement ! Bien sûr tout le monde a retenu son énoncé tranchant : la première phrase du Contrat social (« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers ») .C'est une des formules qui ont été ciselées lors de marches ardentes. En politique, l’art oratoire est essentiel. En 1789, cette éloquence était manifestée par de nombreux apostropheurs publics et des pamphlétaires. Sans écrivains à forte personnalité, pas d’événements remarquables. Je crois, me dit-il, que votre inspiration de Rousseau s’est appauvrie. C’est un homme à paradoxes.  Quand il fait l’éloge de la pensée erratique, il travaille en réalité son écriture et sa phrase ample cadence son pas.

     

    - Certes, mais il n’a pas été le seul philosophe des Lumières à accorder la place de la nature dans notre mouvement intérieur.  Quant à les décrire, c’est vrai, il est un des plus grands. Cependant dans les Rêveries, il y a d’abord l’idée d’isolement, de mise à distance de la superficialité du monde. D’autres néanmoins reprirent largement le flambeau, cent ans après lui. Thoreau par exemple

    - David Thoreau va plus loin; « Marcher c’est Désobéir » (à nos habitudes de facilité, à nos normes, à nos conventions). Prendre sa voiture, consommer de l’espace et du pétrole sont la négation de la liberté. L’autoroute conduit à la ville où on accourt en masse, où on s’agglomère, où on vit en troupeau. Thoreau marche toujours contre quelqu’un ou contre quelque idée fausse. Il marche pour penser librement : « La marche dont je veux parler n’a absolument rien à voir avec le fait de prendre de l’exercice comme on dit, à la façon dont un malade prend ses médicaments...En quittant mon seuil je puis aisément marcher pendant quinze ou vingt Kms ...sans rencontrer la moindre maison, sans croiser d’autre route que celle qu’empruntent le renard et le vison »..... « Il m’arrive parfois d’indiquer la direction à un voyageur. Si vous voulez rejoindre le monde de la politique, suivez la grand-route, suivez ce marchand, gardez dans vos yeux la poussière qu’il soulève, elle vous y conduira directement » [1] . La politique en tant que réunion se pratique en ville. Or, comme le troupeau qui suit sans réfléchir ceux qui sont en tête, la pensée en ville perd de son caractère nomade et donc libertaire, pour s’aligner sur le convenu. C’est pourquoi la marche solitaire est une dissidence : « On ne naît pas marcheur, on le devient ..je ne puis conserver ma tête et mes esprits si je ne passe au minimum 4 heures par jour ..à flâner par les bois, les collines et les champs,entièrement dégagé de toute préoccupation matérielle. Vous pouvez dire sans risque : des pensées à un sou ou bien à mille livres »

     

    - Tout ça est fort bon, Monsieur, mais on ne peut faire marche arrière ; le monde va trop vite. Trop de choses à apprendre, trop de biens à acquérir, trop de savoirs à expérimenter ; la multitude des messages reçus bouleverse le train-train du promeneur lent.  Thoreau est peut-être un anarchiste, un individualiste tenace. Une société peut en tolérer quelques uns, pas plus !

     

    - Venez. Allons marcher en discutant. Thoreau ne construit pas une épreuve initiatique, n’élabore pas un ascétisme naturaliste. Simplement il indique que la solitude et  la fréquentation  de la nature  sont  « incomparables pour l’homme de lettres, le manuel. Plonger dans les lacs, dormir dehors, grimper aux arbres sont ce que nos milliers d’ancêtres ont fait pour nous conduire où nous sommes ». Cette sagesse favorise l’indépendance de jugement. Trouver sa voie, inventer un chemin effacent l’anecdotique de notre existence qui encombre notre vision..

     

    - Et la montagne ?

    Autre chose est la haute montagne.  La pensée s’y épure, aiguise l’oeil critique en se soumettant à l’épreuve du risque mesuré, imposant le tri de l’essentiel. En l’occurrence : le danger, la météo changeante, la trace à faire, le timing à respecter, cela redonne du sens à la réalité. La pensée s’équilibre par le pied. Des scientifiques l’ont compris[2]. On y devient plus agile dans ses déductions, leste dans ses associations d’idées. En montagne, les volumes, les couleurs, les lignes pures, l’ensemble exacerbé, éliminent les scories  superficielles.  Les piliers, les clochetons, les tours, ces termes d’église si évocateurs, sont aussi ceux de l’alpinisme ! Si vous cherchez une solution à une question obsédante, l’escalade sera le contre-pied à votre inquiétude.  S’approcher des hauts sommets, ressentir la présence des massifs préparent aux grandes conquêtes de soi. Regardez Messner quand il part pour l’Everest ou autres 8000, en solitaire, il ne s’encombre pas. Equipement léger, rapidité de l’ascension en solo ; là il est libre et vif (il est vrai que son frère y a laissé la vie). Il peut ensuite lancer des ascensions dans son Tyrol natal sous forme d’expédition politique, transcendant les frontières de trois pays. L’improvisation, l’absence de partenaires, l’abandon des sentiers battus ne sont pas des problèmes mais des solutions.

     

     

    Rousseauisme  ou Onfrayisme ?

      

    - Ainsi vous êtes un lecteur, un partisan de Michel Onfray, un adepte du nouvel hédonisme ?

     

    - Oui, il y a des dispositions authentiques parmi tout ce que brasse Michel Onfray. D’ailleurs je trouve qu’il travaille beaucoup pour un hédoniste : un livre par an ! Mais sa marche en forêt ( normande) est autre chose. Ce n’est pas la révolte, c’est le refus du conformisme. La forêt représente la vie pleine, l’exubérance de la plante, la vitalité de l’arbre, son cycle saisonnier et mortel. Elle est plaisir, fruits et matériaux, cadre de paix . En haute montagne, le rocher et l’homme se répondent dans un dialogue de combat.

     Dans le Manifeste Hédoniste,  il synthétise, entre autre, « le sentiment de la nature, mais également la pleine et entière ouverture au cosmos... Le spectacle de la vastitude de la mer, des montagnes, de l’océan, de l’orage .. déclenche le sentiment de soi comme conscience finie, étroite, limitée, dérisoire »[3]. En paroi, dans la course en haute montagne, « l’expérience du lien qui nous unit avec le cosmos et la nature dont nous sommes un fragment »  est immédiate. Pas besoin de trouver le sens de l’équilibre : il est simplement question de le garder et de l’améliorer. Hélas pour la majorité de nos concitoyens, ne pas marcher est devenu le principe de l’existence elle-même. Nos prédécesseurs, le chasseur, le cueilleur, le nomade, le marchand marchaient beaucoup et mangeaient peu. Maintenant nous mangeons beaucoup pour marcher très peu ! Que va-t-on devenir ? Une société d’obèses et de lourdauds ? Prendre du poids au sens figuré est devenu une valeur symbolique. Pour un livre de marche (« l’Art de marcher »), il paraît cent livres de cuisine ; la gloutonnerie engendre l’atrophie cérébrale. La fonction digestive alourdit la pensée. Vivent les légers et les aériens.  Autrefois on marchait pour survivre. Nos contemporains font l’inverse.  Le choc de civilisations que cela constitue en deux ou trois générations par rapport aux millions de marches forcées du passé nous mène à une Régression monumentale. Pour votre avenir, jeune homme, marchez ! Au moins, vous aurez une chance de rencontrer les autres. Sinon qu’avons-nous ajouté à la vie de nos pères ? D’une société d’aveugles et de sourds, hier, vous passeriez à une société de sédentaires aujourd’hui ! Des peuples proches appellent à l’aide et vous n’entendez pas ! Si vous avez traversé la vie dans les années 1950 à 1980, si vous avez grandi durant ce que nos maîtres ont appelé « les 30 glorieuses » (Glorieuses années : en effet !  des guerres coloniales, l’ Algérie avec 500 000 morts de nos mains, le taylorisme, les cadences industrielles, les  maladies de la mines, la santé détruite de travailleurs, la fabrication d’un prolétariat immigré!! Pour notre gloire passée, lisez « La question » d’Henri Alleg ), extasiez-vous !Ils ont manipulé les contenus et les récits et vous n’avez rien vu de la réécriture de l’Histoire. Vous êtes passé directement aux « 30 orgueilleuses » ! C’est-à-dire à un monde de bavards impénitents et sans scrupules, aveugles aux peuples que nous jugeons du haut du tas de nos dettes qu’ils nous ont concédées ; « Orgueilleuses » furent ces années par l’exhibitionnisme intime ou les manifestations d’indécence. Triomphèrent alors l’absence de sens critique, la sclérose des innovations, le rejet scientifique. Regardez qui se gobergent   dans les journaux et revues ou à la télévision, au sein du divertissement et de la variété mixés en émission politique, assemblés par quelques chaînes où règne le mimétisme ?

      

    - De quoi voulez-vous parler ?


    - Prenez le cas  de chaînes télévisées:

     

    Les idiots utiles de TF1 et les Ados attardés de Canal+

     

    - L’engourdissement opéré par ces accros au publicitaire, n’est ni imposé ni contraint ; il est consenti, nous souhaitons une dictature molle pour ne pas avoir à décider.  Un agglomérat s’est constitué autour de communicants et des politiques, des hauts fonctionnaires et de journalistes, d’acteurs et d’universitaires. Ils ont suscité par corruption morale (le succès, l’argent, la notoriété) une frange populaire qui s’est engouffrée dans la brèche de l’existence vouée à l’exhibition.  Ces catégories constituent les charnières qui ont ouvert la porte au libéralisme dans les consciences des plus pauvres, des mal scolarisés, des minorités déculturées. On leur a dit : « paraître c’est être, dépenser c’est penser, être vu sur l’écran, c’est se voir ». Et il y a foule aux portes des studios d’émissions, dans les gradins à claque, les publics des jeux télévisés. Devant les écrans des chaînes spécialisées dans l’imbécillité et le futile, ces spectateurs au rôle mineur sont devenus les Idiots Utiles du libéralisme : « applaudissez, manifestez votre joie et votre chance, vous êtes sur TF1 » ! Les Idiots utiles sont indispensables en démocratie (voyez J. Dunn des Lectures du blog).Ils arbitrent les luttes de clans des chefs en représentativité de la bourgeoisie ; ils votent, justifient, courtisent. C’est la partie de la plèbe qui vit des spectacles offerts par les consuls ou les mécènes : Jeux et gladiateurs, courses et combats de fauves. Ils permettent de trancher les luttes féroces de pouvoir en dehors des assassinats entre patriciens ambitieux. La démagogie, probablement inévitable, fonctionne bien grâce à eux. Et merci à TF1 de les avoir soudés !

     

    Un autre mode de sélection publique a réuni d’autres catégories d’intermédiaires démagogues : jeunes branchés, scolarisés, cultivés. Ce sont les enfants de la classe moyenne aisée, les fils de bobos, pros de l’esbroufe. Plutôt Parisiens, diplômés, masculins, ils méritent leur double A. « Les Ados Attardés » de 40 ans. Si on souhaite les voir assemblés certains soirs, là où ils sont chez eux à Canal +, on les entendra   rire aux éclats de leurs blagues infantiles au cours d’émissions de politique adaptée et de faux « débats ». Fats et repus ils jouent le modernisme, le snobisme technique. Entre les groupes en société, en relations tendues ou conflictuelles, s’introduit ainsi une écume de médiation chargée de mettre de l‘huile dans les rouages grinçants. Il y suffit d’un style léger, moqueur en apparence. En réalité terriblement conformiste, l’œil rivé sur le rival et l’audimat, ils tirent les ficelles en coulisses. Leur mission est de passer des messages politiques. « Hors du libéralisme point de salut ;hors du capitalisme centralisé, pas d’âme ; vous êtes égocentriques, ethnocentriques, narcissiques, souriez, vous vivez les années 1981 à 2011 qu’on appellera plus tard « les 30 orgueilleuses » et qui se terminent ces jours-ci.

     

    - Eh ; voila bien de la colère, Prophète inécouté, isolé !  Mais que faites-vous, vous, concrètement ?

     

    - Moi ! Rien : je marche ; je tourne en rond. Je vais répétant :

     « Souvent sur la montagne, à l’ombre du vieux chêne

      Au coucher du soleil, tristement je m’assieds

      Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères

      Un seul hêtre vous manque et tout est déboisé »

      Et sur ce, il tourna les talons, me laissant avec ce poète - ministre en 1848:

     


     

    [1] Henry Thoreau Désobéir 10/18, 1994 ; p 82-87


    [2] Lizzy Hawker (36 ans) vient de remporter les100 kms de l’Annapurna cette année .Cette coureuse  fait reculer les capacités. Les ultramarathons de plusieurs jours mettent en avant  le goût de l’effort en montagne transférable  en créativité en inspiration scientifique. Cette biologiste  docteur ès sciences a travaillé pour le British Antartic Survey  : « Aujourd’hui je me suis écartée de la science académique et je travaille comme rédacteur free lance, j’enseigne aussi en Suisse. J’aime ce qui est synonyme de liberté. Ma passion pour les montagnes et la nature a construit ma vie. Pour moi l’important est d’être dehors et de bouger ; cela contribue à l’endurance mentale et physique»


    [3] M.Onfray, Manifeste Hédoniste,   éd. Autrement, 2011, p.15.


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