• rencontre n° 2

     

    Deuxième rencontre avec l’ ermite

     


     

    Candide ;Alors quoi de neuf depuis notre dernière rencontre ?

     

     Ermite :  Oh Pas grand-chose sinon la révolution verbale !.   Vu de très haut, de très loin  on pressent que la révolution est à l’ordre du jour, tous les jours. La révolution est dans toutes les bouches, le mot fait fureur dans la vie  sociale. Jamais, on en a en autant parlé.. à travers. C ‘est le mot référence  usé jusqu’à la corde. Même Sciences Po  la prône! Bref , c’est l’immobilisme !  Le révolutionnarisme de façade  n’ébranle  rien . Plus il y a de révolutionnaires et moins de révolutions .En effet, celles-ci ne se décrètent pas ; elles se font.

     

    L’ éloignement entre les deux sphères : le savoir, l’analyse et l’action efficace , la lutte  victorieuse contre les abus  n’a été jamais plus ample (regardez les paradis fiscaux  qu’on souhaite démanteler  aujourd’hui ; cela est en question  depuis les années  1980 !!  )  .Certes il y a un progrès ; actuellement on ose  donner des noms célèbres et on les  médiatise. Mais   je redoute qu’il n’ y ait aucune modification  . Ces  nouveaux combattants, dénonciateurs ,ce pool de journalistes courageux , n’ont pas assez de recul ni de force pour combler l’écart   et contraindre les gouvernements européens -qui sont  les -organisateurs masqués (Suisse, Chypre,  Luxembourg,  îles Anglo- normandes ou Irlande ). Tartuffe  faisant semblant d’être effaré. On joue le crétinisme parlementaire(« on ne savait pas » !)  le  verbalisme , les effets de manche de leaders    gloutons de télévision. Disjonction  des conduites,  effets tranquilles de l’impuissance  de la  connaissance par   révélations interposées, sans expériences. Plus les mécanismes secrets  sont connus  moins il y a de changements depuis 40 ans au moins !.  Un théâtre d’ombres. Plus de militants et  toujours moins  de résultats

     


     

    l’invasion ou l’invention des Migrants ?

     

    Les migrants prétexte ou vrai problème ? Que cache cette prétendue invasion ? Que nous réserve l’avenir ? La confusion est signe de la crise morale que nous traversons ,elle distrait le regard, pervertit l’attention. C’est là que le capitalisme d’aujourd’hui est fort ; il aboutit  à dépouiller les individus de leur  capacité à agir,  à  trouver des leviers efficaces ; à dépasser l’individualisme des intellectuel s pour se fondre dans des actions anonymes ,de masse. Ce sont les formes d’éducation égocentrique du libéralisme qui ont tari nos dispositions à inventer, à innover, à trouver les armes et les points faibles adverses. La dissociation entre effets  et actes engagés  est sans précédent . C’est parce que nous avons été « fabriqués » pour devenir des êtres isolés,  particules élémentaires,  bousculés par des forces qu’on ne contrôle plus. Le moi est continuellement exalté ( le désir d’être vu, suivi, photographié, reconnu). Le selfie est le propre de la puérilité , de la futilité d’ individus vides à l’intérieur d’eux mêmes , bouffis d’orgueil, suffisants d’égoïsme ne répugnant jamais à s’ exposer en permanence avec morgue. Occuper l’espace à tout prix et à toute heure, est le comble de l’existence vide. «  Je suis vu, en vue , reconnu ; je me filme, me mets en scène ; donc j’existe ». Le comportement moderne exhibitionniste, dépouillé de tout sens de la valeur de la vie intérieure constitue une société passive et obéissante, réduite au rôle animal d’ un amas de réflexes. Jusqu’où iront la veulerie et la soumission  au désir d’être «  modernes » mimétiques, impersonnels, enfermés dans des murailles où règne l’inintelligence d’ électrons non libres. « Délivrer »l’homme  du poids de  son humanité    jusqu’à l’outrance ;  lui enlever les droits  de penser, de valoriser sa vie personnelle. Y compris en lui ôtant tout droit et notamment, le droit de mourir ..pour devenir quoi.. ?« éternellement stupide » ? Tel est le titre d’un livre récent d’un médecin, symbole d’une civilisation apeurée par la mort, à la merci d’un quelconque autoritarisme médical ( « c’est pour votre bien! ») .L’homme libre peut-il choisir le moment et les moyens de sa propre mort ? Non ! bien entendu: le suicide de raison est interdit en pays de veulerie et d’ égoïsme. Interdit .. de mourir sans l’accord du médecin . « Je débranche ou pas ? c’est moi qui décide et pas vous ! » (euthanasie etc..) Et nous laissons faire :quelle démission ! .Mourir seulement avec la permission de l’État, de sa justice, ou de son Église, la médecine qui nous surveille ! Dans quel totalitarisme vivons- nous ? Devant notre peur et notre air ahuri, nos ancêtres resteraient pantois !!

     

    Candide Oui vous avez raison ? C’est que les choses sont allées très vite. Afin de débarrasser l’individu de tous ses droits à la conscience , le « moi » a été adulé ; la singularité louée  à l’extrême et le moindre signe distinctif valorisé s’il est fondu dans la masse  . Sur des détails de comportement où l’égo triomphe , tout compte:par ex. maquillage du visage d’un homme ou d’une femme ? Sur la base de l’intérêt porté à la face humaine toutes les sociétés ont imaginé des signe esthétiques ou religieux avec un code. Mais aujourd’hui on compte au moins 15 items ou symboles de l’hyper-valorisation individuelle (Yeux, bouche, oreilles, joues, chevelure, bijoux ou tatouages ,couleurs formes et dessins etc). Croire se de distinguer à l’infini de détails, de nos double, comble notre vide intérieur. C’est uniquement l’apparence qui compte, le virtuel, la surface, la simulation ; jamais le vrai;le réel et l’expérience Sur l’essentiel : l’âme et le sens intérieur, la valeur profonde de la personne, on est dépouillé de son libre arbitre ; l’influence de la « mode » attise notre consommation de produits sans cesse renouvelés. Consommez « futilité » , mais consommez ! Après la marchandisation des corps voici celle des têtes . Nos esprits ne nous appartiennent plus;ils sont aliénés à des dérivatifs et des débats distractifs anodins. Ce fut l’exploit de cette forme inachevé mais énorme du capitalisme mondial , qui après avoir réduit les hommes physiques ( constitution du prolétariat : « vous me vendez votre force , j’achète votre personne physique, la main d’œuvre nue, au 19è et 20è, a créé la marchandisation des esprits, de inintelligences et constitue des êtres serviles qui régissent au simple stimulus : la vente de leurs « goûts » de leurs « envies », de leurs besoins ; tout ce qu’on leur a inoculé dès l’enfance

     


     


     

    ERMITE Il y a pire.  Les relations au sein du capital concentré dissocient l’homme  de  son i de son altruisme et de la communauté.  On le voit quotidiennement à la dissolution des liens entre citoyens , à l’égoïsme national, à la disparition ou à l’affaiblissement de la solidarité internationale : à preuve, l’éclatement des pays européens,   la fin des grandes fédérations. Les unes ou les autres  se fracturent en milles   morceaux qui s’entrechoquent sans direction.C’est là que terrorisme intérieur et extérieur se rejoignent.  Le marché qui oriente vers une consommation exacerbée à travers la course à la surenchère de la concurrence, excite à un individualisme monstrueux conduisant à l’isolement, à l’indifférence à autrui et aux rejets des peuples mineurs. La destruction des  anciens cadres de pensée et de solidarité, l’abandon de notre esprit critique  sont une vieille antienne, une répétition sous divers aspects du capitalisme ancien du genre :«  le capitalisme «  a soumis la campagne à la domination de la ville … elle a liquidé les vieilles structures le patriarcat, l’entraide et la solidarité locale. Le capitalisme a été créé dans le cadre de la société féodale .. qui a été détruite, bien que reposant sur une organisation sociale stable. C’est un progrès ; Ces rapports de production furent remplacés par des moyens inimaginables alors de rapports production et d’échange nouveaux. ..A la place des anciens besoins que la production satisfaisait naissent des besoins nouveaux réclamant pour leur satisfaction des produits neufs … Etc, etc ..la société bourgeoise moderne qui a fait surgir de si puissants de production et d’échange ressemble au sorcier qui ne sait plus dominer les puissances infernales qu’il a créées » ( Le Manifeste) .Le commerce mondialisé et l’industrie triomphante ont concentré la richesse en quelques mains. La redistribution est de plus en plus déséquilibrée au bénéfice d’une poignée de sociétés et de détenteurs de capitaux.Et ce phénomène s’accélère, s’amplifie et touche des pays nouveaux dans le monde

     

    Actuellement le processus a repris une vitesse supérieure. Les rapports anciens entre alliés ( amitié, solidarité, tolérance) éclatent. Et tout explose au même moment : les pays ; les Unions, les fédérations, les religions et même les familles sont démantibulées : les couples séparés ? c’est banal : les groupes primaires (assos, partis, syndicats, cercles militants) se dissolvent. L’action sociale est devenue une course à l’individualisme de pouvoir ou d’accumulation. Les individus sont déchirés de pulsions consommatrices infinies et les tensions qui les font disjoncter sont non maîtrisables ( d’où à la limite : se faire exploser dans le même mouvement, avec les autres) . C’est là que l’attentat terroriste « style » kamikase, rejoint les attentats domestiques ou scolaires, au hasard des rues. Cette spirale est sans finalité  :le terrorisme, à la fois un archaïsme politico-religieux et une puissance étatique moderne, présente deux faces de l’évolution incontrôlée du capitalisme mondial exacerbé qui se sert successivement de l’un pour cacher l’autre et inversement

     

    Le premier danger du marché libre est celui des armes et l’autre est intellectuel : la propagande , les médias, les livres, les organes d’information qui suivent et nous enchaînent aux  consommations , à des rythmes infernaux ; la publicité est partout, insinuante, elle crève les yeux et les oreilles, tue la pensée , fait dériver la concentration. On ne peut vivre hors de cette marée où les publicitaires se chevauchent sans cesse , se passent les listings et les fichiers ; échangent entre eux des informations sur nos inclinations mises en boite. Là où nous sommes fichés avec nos goûts et habitudes. Un produit annonce un autre, un support sollicite cent autres idées de dépenses (la presse des hebdos est redoutable ). Tous nous inondent à notre insu. Chaque jour, plusieurs heures nous sommes bombardés en rafale et on nous interdit de penser une minute par nous-mêmes, soumis que nous sommes à ce raz de marée. « Ne vous retrouvez pas seuls deux minutes de votre vie,  on connaît tout et de vos besoins ,on s’occupe de vos besoins»  partout sur la route, la rue, radio, journal télé, murs des villes , courrier, emballages. tout est pensé en « messages », en   influence sur notre cortex . Les « marchandises » envahissantes nous pourrissent même si on s’y refuse ; courrier personnel , aliments, vitrines, voyages, livres et bien sûr le refrain de« l’actu » ! Intoxiqués à notre insu,   on fait de nous des robots malades, des chiens de Pavlov et même nos enfants dès 4 ou 5 ans, sont saisis de cette frénésie :« téléphonez-nous dit un grand opérateur de  Telecom, pendant un match de sport... et des millions se lèvent pour obéir et « gagner »   ces euros qu’on leur promet, en répondant juste à une question débile ( du genre : quel est le score ? quel joueur vient de marquer, quel est le nom du sport regardé !! ? »  Et il y aurait chaque fois des masses d’auditeurs ou téléspectateurs qui sans rien comprendre aux lois de la probabilité , obéissent illico pour remplir les poches des opérateurs de la téléphonie .L’intelligence est insultée. La marchandisation de la « tête » commence tôt. Nous sommes des robots manipulables,  soumis  à l’accaparement obsessif de « nouvelles » choses dites enviables. Exaltez votre appétence, votre désir permanent ,demandez plus pour être moderne, « à la page »

     

      Nous avons incité ou laissé faire nos jeunes, déformés à cette quête perpétuelle de la satisfaction du désir immédiat, afin de devenir la population « branchée » et connectée   en permanence , dans la rue, les transports etc. On est sidérés de la perte du sens social, de la capacité de nouer la moindre relation de voisinage temporaire, au hasard , de s’intéresser à la scène publique en soi , comme ça au hasard , même sans désir d’intervenir mais sans rester indifférent aux autres dans la rue, dans la vie, au travail et dans les loisirs ; bref ne rien partager.. Regarder la foule, regarder les autres voyageurs sans voyeurisme, et sans forcement parler, échanger un rien, un sourire, un mot gentil, une simple connivence, au lieu se se murer sur son écran portatif sa tablette qui nous enchaîne . S’intéresser « gratuitement » à autrui,  devient une rareté ou une faute de goût !!. Bref étendre la curiosité, porter intérêt aux autres, est devenu douteux ! Le social et le collectif en soi sont comme une immense richesse oubliée de ceux qui s’enferment systématiquement dans la communication formelle avec son « quasi- semblable » , son clone, son réseau ; chacun dans sa bulle ! Il n’ apparaît plus que la tablette, les smartphones, l’ordinateur sont de faux conducteurs de messages, de fausses mises en relations . On échange sans cesse et on croit « savoir », connaître : or on échange avec les mêmes, avec des « différences » minimales ; personne ne sort des routes établies et bien sûr chacun d’entre nous se croit libre en multipliant les disparités, les singularités de détails .C’est là que l’aveuglement religieux et politique des forcenés aux attentats qui sont légion sur ce terreau est apparenté à notre civilisation d’aveugles de nos rues, de nos trains, de nos balades , de nos micro-sociétés d’enfermés sur soi.

     

    candide : La fausse idée de la société de la diversité et de la pluralité culturelle isole et perd la recherche du mixage, interdit la découverte d’inconnus, la rencontre inopinée . Chacun se croit unique alors que semblables nous obéissons au marché qui veut des corpuscules identiques et paumés. La création  des individus robots par la société de consommation conduit à la destruction de ressources planétaires. On ne voit plus derrière les murs puisqu’on s’est mis à l’ intérieur des murs et qu’on ne peut, ni veut en sortir, victime de la recherche du profit et de la marchandise même avariée . Ce culte de soi à travers la fausse consommation sans besoins, la communication sans autrui, juste un autre soi égal dans l’égoïsme, sont l’infinie ressource dans note société occidentale. Le narcissisme, l’isolement, la dissolution du sens du destin commun entraînent un terrorisme intérieur ( la tuerie au hasard). Le nouveau capitalisme concentré mondialisé engendre la fin de la solidarité basique et la dissolution des liens sociaux à travers l’égoïsme exacerbé. Le marché, l’école , les jeux, la concurrence, les emplois  nouveaux , le numérique  la technicisation extrême du moindre geste à la maison  , le refus de regarder la nature (sauf sur petit écran et autres médias- ce qui signifie « intermédiaire ! ») entrave la pensée libre et cela est dû à l’ exploitation de notre désir de protection

     

    Les capitalistes du siècle dernier l’avaient rêvé, celui du XXIè l’a fait ; un peuple aussi docile et interchangeable d’individus clonés les personnes construisent leur propre prison.Elles élèvent autour d’elles   trois murailles de « Chine », établies pour s’isoler de tout corps étranger .Deux étaient anciennes :celle de la classe sociale qui se différencie en protections , en symboles : habits, langage, style de vie ; puis l’appartenance au monde des propriétaires qui fut une prison dorée très protectrice, pendant un siècle ou deux . Mais la troisième vise nos descendants : « si vous bougez, voyagez, sortez de vos murs ; alors surtout   ne regardez rien , n’observez pas, enfermez-vous en votre bulle, dans votre réseau étanche ! Nos enfants ont voulu démystifier, s’opposer à leurs parents, mais en installant une autre mystification à la place : la rivalité réciproque par la consommation et par la destruction de liens anciens ou de la planète par des circulations (autos, avions ), démesurées, autrement plus coûteuses en oxygène que les pauvres canots des émigrants qu’ils survolent d’ailleurs dans le ciel sans un regard en bas C’est une réussite monstrueuse confortée depuis 20 ans, et elle nous bouleverse, nous, les vieux qui avons vécu dans un autre « monde » .Mais que faire pour s’en sortir ?

     

     ERMITE C’est simple ! Il faut rejeter la création  des individus par la société de consommation et de destruction de ressource planétaire. Rappelez-vous , Marx qui n’en avait vu qu’un minuscule bout disait que  l’éclatement des vieilles idéologies, des religions, des croyances économiques et politique,  ainsi que des rapports sociaux traditionnels serait le fait du capitalisme lui- même  et que cela serait révolutionnaire . Et la prédiction ne se réalise pas deux siècles après.  Cependant le capitalisme est porteur d’une révolution  qui se déroule sous nos yeux mais que nous ne voyons pas car les contradictions sont accélérées ces dernières années. Au moment où des continents entiers se tournent vers nous, aspirant à un peu de solidarité, le paradoxe est que nous ayons autant changé en 40 ans d’aveuglements et que nous ne le voyons pas et que nous refusons cet appel.

     

    Les traits de l’impuissance  se retrouvent au sein des classes moyennes intellectuelles montantes et de la petite bourgeoisie.Elles  sont devenues libérales ,  propriétaires et mécontentes .   Mais elles donnent aussi le trait nouveau de l’ « action » stérile. Tout par l’écrit la pétition, la signature, le slogan.   Des gestes spectaculaires qui n’ont jamais fait peur au moindre capitaliste un peu endurci par l’histoire . Tout ça crée un marasme , un désarroi car jamais autant de critiques intelligentes  ni de raisons  décortiquées n’ont envahi le petit écran, les ordinateurs, les  papiers et les tracts sans parler de discours enflammés de   orateurs  sur internet. Mais le trop plein ne débouche sur rien car depuis 40 ans la preuve est faite que la démonstration par le livre ou l’article a une portée limitée et une influence faible sur les événements  Ce n’est pas la manif silencieuse ou le simple défilé de pancarte… qui vont ébranler le monde

     

      Candide Les grands penseurs ne l’avaient donc jamais saisi à ce point-là ? Mais  quelle est la justification ? : qu’y-a-t-il de nouveau depuis leurs livres il y  a 2O ou 30 ans ? Car ce sont des banalités, des évidences pour nos contemporains .Quelle est la valeur  de cette « révélation » ?

     

      Ermite Plusieurs théories  politiques en usent différemment. Il y a l’égoïsme ordinaire, « naturel », suscité par la nature du capitalisme selon les marxistes, et celui  dont les libéraux  sceptiques  ou les socialistes critiques  firent usage! Il est évident que  la nature  du régime politique et économique dans lequel nous vivons  est au fondement  de l’égoïsme  qui à force est devenu monstrueux. L’égoïsme  selon les marxistes ( et un temps, les socio- démocrates)  est l’encouragement au  profit  incessant, à  l’avidité, à l’enrichissement, à l’esprit  de lucre, au désir  de l’accumulation  permanente des biens et de richesses personnelles. Ceci implique  naturellement  le  désintérêt  aux autres ( ceux qui ne « rapportent rien »), et l’indifférence devant les drames  et les victimes de catastrophes , le refus de s’associer à  l‘aide, à disqualifier  ceux    qui apportent quelque secours. On est dans une phase exacerbée et  culminante de cet égoïsme social international.    Par conséquent, c’est la concurrence  acharnée, l’esprit   capitaliste  qui crée le  désintérêt pour les victimes de l’ exploitation, singulièrement des perdants de l‘économie du marché. Ce marché est composé de multiples  cellules antagonistes mais  les individus  qui en sont les bénéficiaires, et qui exercent  la loi d’airain de la concurrence, engendrent de facto  l’avidité, le désir accaparement, le goût de triompher des autres, d’écraser (rivaux ou non) et donc de balayer d’un revers de main les migrants. Cela fut le fait de  la Gauche dans un temps pas très lointain . Une autre étape vient d’être franchie .  Il nous reste  pour notre compréhension l’usage de la terminologie  des libéraux  de Locke à Hobbes  , de Tocqueville  à Jaurès. Ils   y voient une forme de morale  d’organisation de la société selon les compétences de  vainqueur dans la lutte économique.  Et cela, quelles que soient les extrémités ou ça conduit   puisque c’est le seul moteur au progrès. Donc on a justifié sous ce terme , la colonisation du Tiers-monde   à travers une mission nébuleuse  et  diffuse   recouvrant  l’acculturation au modernisme;   ce qui est bon pour le capital exacerbé   est bon pour le reste de l’humanité  c’est le triomphe de l’ idée égocentrique occidentale.  John Dunn emploie le terme de « l’ordre de l’égoïsme », Jack Goody  parle d’eurocentrisme , d’autres, d’expansionnisme de grande puissance.Toutes formes mouvantes de l’égoïsme social , de l’égocentrisme, du capitalisme «  à la maison », par introduction de la technicisation domestique , ou par d’autres formules : le narcissisme survolté de l’intellectuel, le moi exalté du chef etc …

     

    Candide : Alors les Migrants ? Nouvelle ruse du capitalisme ?

     

     Ermite :Oui en tout cas :c’est une diversion bienvenue mais ils ne l’avaient pas prévue ; ce n’est en rien prémédité  et pourtant c’est un effet implacable de la société de consommation  , bref un  enrichissement   qui contraste avec la pauvreté dans le monde, la rendant insupportable aux victimes, chose qui, pour tous, a modifié les esprits , les consciences, les savoirs et donc les actes. On pouvait être un   migrant de la pauvreté dans son propre pays ( l’exode rural engendrant le prolétariat ouvrier des villes mais aujourd’hui cette fatalité, nous ne voulons plus en subir les conséquences)

     

     Candide On nous bombarde avec ces migrants envahissants « Pas chez  nous ! Chez le voisin oui ! Nous, ne sommes pas responsables. Jamais !

     

    Ermite Oui ; les accostages d’émigrants sont des fantômes de notre lointain passé qu’il nous faut assumer : une conséquence inéluctable, évidente  aveuglante  de notre histoire  chaotique qui a toujours fabriqué des migrants, mais on les a appelés, tantôt  évadés (Juifs  avant 1940), réfugiés (défaite de la république espagnole), exilés (Russes  blancs fuyant le communisme ou d’autres bannis ), tantôt, déplacés ( Palestiniens en Jordanie ,au Liban ou ailleurs) . N’est pas migrant  qui veut ou toute personne qui fuit ; ça dépend de couleur de peau ou  du pays  qu’on quitte . La terminologie est essentielle :  nous employons des jugements de valeur à travers des mots  à notre  convenance. N’est pas migrant  , l’autre très différent , mais milliardaire  ! Les milliers de riches saoudiens ou autres émirats, présidents africains et leurs suites qui s’installent en Suisse  ou chez nous  ne sont pas migrants ; ils sont des « bienvenus » pour   nos banques (tels ceux qui amenaient l’or nazi ou les biens spoliés), poliment   accueillis.  Tout dépend du compte en banque   : c’est le test d’admission. Donc déjà le capitalisme   a su faire la distinction   à travers des terminologies  plus ou moins  adéquates,  selon ses intérêts ; ceux que nous   reprenons bêtement  par le langage. Il y a donc plusieurs types d’aveuglements  ou raisonnements selon le  genre d’égoïsme  que nous  intériorisons ; le vocabulaire que nous portons en nous -mêmes  et transmettons à nos enfants,  dépend d’intérêts individuels  (la famille) ou sociétaux. C’est la règle à laquelle seuls des régimes qui  n’ont pas les moyens  de conquérir  une influence  ou un pouvoir échappent.  Ils manifestent   un égoïsme  étroit, trop marginal en parties de populations,  dans le temps et l’espace, pour entrer dans le Grand Ordre de l’égoïsme des Nations. Ils  se contentent d’un ethnocentrisme de  repliement. Par conséquent  c’est un concept  polysémique  incluant de nombreuses ramifications et des équivalences  inconscientes.

     

    -  Candide  Une division : le camp de l’égoïsme contre celui des résistants , le   camp  des altruistes ; c’est un bon signe ?

     

    - Ermite Oui ça serait parfait; or voila justement que   là s’insère le terrorisme  et ça change tout ; car là il faut prendre parti dans les votes, dans les actes quotidiens, dans les faits  et se sortir du dilemme : si vous aidez les migrants vous appartenez aux  camp qui prône le terrorisme ; le piège soulevé par les intellectuels des médias et les politiques se referment sur nous. Pourtant il serait si facile à démonter si notre manque total d’intelligence et d’indépendance de pensée   se débarrassaient de diktats simplistes qui ont marché si souvent ailleurs, et notamment en Allemagne nazie

     


     

     C’est pourquoi  j’adresse à ceux qui « aident » bénévolement un message de soutien :

     

      Je t’honore , marin des ONG qui sillonne la mer pour secourir et tendre la main à ceux qui se noient ,quand tant d’autres repoussent du pied leurs frêles esquifs

     

    -je te célèbre paysan tunisien qui refuse de laisser sans sépulture, les noyés que la mer rejette sur la plage devant chez toi. Tu es désolé de ne faire que « ça » :ouvrir la terre pour une tombe décente à un anonyme! Ton terrain n’y suffit plus et tu dois, à tes frais, acheter de l’espace pour inhumer ces « citoyens du monde », sans signes particuliers et sans papiers

     

    - Je te salue   berger alpin qui recueille les perdus en montagne, cherchant la route de Vintimille , que les passeurs ont abandonnés sans autre équipement que leurs sandales au pied

     

     -je te  loue  pêcheur grec qui ramasse dans tes filets ces corps et qui a une pensée émue pour ces enfants naufragés dans l’eau glacée

     

    A mon sens, vous êtes tous des Auvergnats, de la chanson de G. Brassens, cette histoire de celui qui sourit discrètement et salue amicalement celui que la marée-chaussée conduit en prison. Car, vous aussi, sauveteurs divers et inconnus vous serez menacés de prison. On vous condamnera pour délit de fraternité, de miséricorde ; vous serez poursuivis pour démonstration de charité et  solidarité  ;  Eh oui !Votre soutien à ces pauvres hères est un crime d’ excès ou d’abus d’ Humanité. Aujourd’hui c’est impardonnable !

     

    Quand la gendarmerie vous conduira en prison ou au tribunal, je souhaite que vous rencontriez cet Auvergnat de Brassens qui, d’un regard fraternel, d’un sourire réchauffe le cœur, redonne l’espoir à un être humain. Je sais qu’on vous nommera « les Justes » dans 20 ou 30 ans, comme les courageux qui cachaient et aidaient les Juifs traqués : ça ne vous consolera pas. Mais votre «  crime » sera notre honneur

     


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