• Manifeste en faveur des ouvriers et employés             français et immigrés

     

    L’auteur et ses amis pensent que ce texte devrait servir à la discussion avec des candidats de gauche à la Présidentielle. Prenant acte de la « disparition » morale de la classe ouvrière dans la vie politique malgré qu’elle comptât encore 8 millions de manuels répartis dans les usines, les bureaux, productifs des transports, des services, retraités ou chômeurs,  subalternes, oubliés de la croissance, abstentionnistes non par goût mais par absence d’écoute et de compréhension de leurs revendications, les signataires de ce manifeste proposent une justice sociale authentique, non brouillée par 50 ans de pseudo- consensus

     

    Ouvriers ! Pas de salaire net de moins de 1600 euros. Il est indigne de vous le refuser ; il est indécent même d’en discuter.

     

    Considération de la véritable pénibilité sur la base d’un coefficient incluant le taux par profession d’accidents du travail, de handicaps, de fatigue de déplacements quotidiens. Il est impératif de prendre   en compte l’altération précoce de la santé en vue d’un abaissement substantiel de l’age légal de la retraire.

     

    Connaissance entre d’un côté la participation à la couverture sociale, par les cotisations et prélèvements et de l’autre, les indemnités, remboursements et rétributions reçus par chaque grand groupe social : populaires, petite et grande bourgeoisie , classes moyennes. Il est indispensable de poser la question du coût et du profit de l’assurance sociale pour chaque catégorie, selon la durée de cotisation,  la longueur de vie sachant que ces facteurs sont déterminants dans le coût médical et  social par origine sociale, des malades ou des pensionnés . Divers biais minimisent le différentiel des dépenses en fonction du revenu et du patrimoine. Par exemple le refus de l’euthanasie opposé aux classes populaires qui la demandent, accroît leurs dépenses involontaires et inutiles à leur santé, refus qui génère d’immenses profits médicaux et pharmaceutiques. Les exemples de ce genre qui engendrent un déficit sont nombreux, bonheur des corporatismes et de l’industrie médicale au détriment de la santé publique

     

    D’où parlons-nous pour interpeller les candidats ?  Nous sommes des ouvriers, des employés et des intellectuels, fils, frères ou pères d’ouvriers. Nous côtoyons les prolétaires quotidiennement et disons comme un révolutionnaire célèbre :

     

    « Nous avons vécu assez longtemps parmi eux, pour être informés de leurs conditions de vie ; nous avons consacré, à les connaître, la plus sérieuse attention ; nous avons étudié les différents documents, officiels et non officiels, que nous avons eu la possibilité de nous procurer ; nous ne nous en sommes pas contentés. Ce n’est pas seulement une connaissance abstraite de notre sujet qui nous importait, nous voulions les voir dans leurs demeures, les observer dans leur existence quotidienne, parler avec eux de leurs conditions de vie et de leurs souffrances, être témoin de leurs luttes contre le pouvoir social et politique de leurs oppresseurs. Voici comment nous avons procédé ; nous avons renoncé à la société et aux banquets, au porto et au champagne de la classe moyenne et nous avons consacré nos heures de loisirs presque exclusivement à la fréquentation des simples ouvriers ; nous sommes heureux et fiers d’avoir agi de la sorte »

     

    Adresse aux classes ouvrières de France

     

     A défaut d’écrire un grand livre de sociologie politique, comme le jeune homme de 25 ans dont nous citons l’exergue (qui date de 1845[1]), nous en transposons  à notre époque les idées essentielles.

     

    « Grâce aux vastes possibilités que j’avais d’observer simultanément la classe moyenne, votre adversaire, je suis parvenu très vite à la conclusion que vous avez raison, parfaitement raison, de n’attendre d’elle aucun secours. Ses intérêts et les vôtres sont diamétralement opposés, bien qu’elle tente sans cesse d’affirmer le contraire .Ses actes démentent ses paroles». Le jugement du jeune Engels doit être tempéré dans la mesure où la crise actuelle touche durement les enfants, non avertis et non préparés, des classes moyennes.

     

    Mais quels que soient vos futurs alliés, Ouvriers et Employés, vous avez raison de proclamer la spécificité de votre situation et le rattrapage nécessaire de 30 ans d’injustice et de cadeaux faits à d’autres par l’Etat. Vous aurez raison de demander ces enquêtes que l’on nous interdit au sujet des avantages et inconvénients de l’universalisme des avantages sociaux dans un monde aussi inégalitaire dans l’accès aux droits. Cette crise ne vous ouvrira aucune perspective, ni droits ni rattrapage ; et c’est même probablement le contraire qui s’annonce avec la prochaine élection, quelque en soit le résultat, tant votre voix autrefois puissante s’est éteinte. Dans ce cas : refusez de payer pour les autres. Ou alors exigez le contrôle des dépenses qui creusent les déficits dans votre dos et dont on vous demande ensuite de réparer les dégâts. Exigez un minimum salarial de 1500 euros. Faites-en le plancher de toute négociation raisonnable. Demandez ainsi simplement le droit de survivre avec votre famille avec 50 euros par jour.

     

    Réclamez un retournement de l’Etat : qu’il soit aussi généreux pour les plus modestes qu’envers les classes supérieures et moyennes. Il est temps que la Providence détournée de son effet originel (le système fut équitable jusque vers 1970) change de camp. Il est temps que la solidarité soit proportionnellement redistribuée.

    En effet, Ouvriers, qui profite de l’assurance maladie, le plus longtemps et le plus coûteusement ? Qui bénéficie des retraites les plus élevées et sur la longue durée : dix d’écart par rapport à vous ? Qui exploite au plus haut degré l’assurance chômage ? Une partie des cadres et des professions intermédiaires ! Vous le savez !

    Vous connaissez intuitivement ou par calcul, les différences de profits qu’il y a à tirer des Caisses que vous ne gérez pas (sauf par bureaucrates interposés, professionnels non contrôlés et aveugles). Vous vous méfiez des principes consensuels affichés en votre nom à cors et à cris ainsi que des bienfaits de la paix sociale, et vous avez raison. Le problème de la dette à payer ne vous concerne pas ; restez–en spectateurs. Les classes moyennes auront besoin de votre participation pour renflouer les caisses du déficit. Abstenez-vous de les aider sans contrepartie de leur part ! Persistez dans votre retrait du vote, de la « manif » ou de la mobilisation manipulée par des tiers.

     

    La lutte interne à la bourgeoisie

     

    Vous ne l’ignorez pas, Ouvriers, le jeu se déroule sans vous, le bal dont vous êtes exclus se danse à quatre.  Deux fractions de la grande bourgeoisie et deux fractions des classes moyennes riches s’affrontent maintenant que les comptes sont à apurer. Que de tensions entre ceux qui vivent avec 500 euros par jour et ceux qui en dépensent 1000 par jour. Mais cette rivalité intestine ne départage pas les revenus et le patrimoine seuls. D’autres facteurs culturels, idéologiques, fractionnent les deux grandes classes qui dominent le pays. Et ces fractions ne s’allient pas automatiquement avec leurs homologues de fortune ou de position ; des clivages religieux, politiques, historiques fabriquent des alliances, des combinaisons ou bien alors mènent à des luttes fratricides. On voit tous les jours ces combats au sein de l’UMP, et au sein du PS. Ouvriers, vous savez par les débats dits « d’actualité » et  au travers des « problèmes » déclarés d’intérêt national par les médias, radio-télés et presse, qui sont dans leurs mains, combien les tensions s’aiguisent entre ces fractions. Vous savez combien leur rivalité s’accroît à mesure que la grande crise qui a surgi, les touche pour la première fois depuis la guerre. Les débats de société qu’on vous impose (et qui excluent ceux de la condition ouvrière évoqués par Engels il y a 150 ans) sont là où leurs « intérêts » sont en jeu ; ils déchirent le voile de leurs accords de façade alors que tout allait bien.

     

    I La Bourgeoisie manifeste quotidiennement ses divergences internes. Depuis les années « Giscard », elle est divisée en deux camps ;

     

    A La vieille bourgeoisie nationale, sociale-catholique ou protestante, sincère, puritaine, économe, parfois mesurée dans l’exploitation de ses travailleurs. Cette fraction fut l’ossature du gaullisme social dont le sens patriotique et du progrès valorisait le travail industriel, l’indépendance nationale. Cette fraction existe toujours mais depuis la disparition de De Gaulle, elle s’efface et se tait.

     

    B La nouvelle bourgeoisie des affaires et de la finance est sa sœur cadette. Elle est spéculative, affairiste, cosmopolite. Elle se dit « moderne » et c’est vrai qu’elle emboîte le pas à ses homologues anglaise et américaine. Arrivée sans effort, sans tradition de l’Etat, elle s’exhibe jouisseuse, hédoniste, le plus souvent dilettante dans les emplois qu’elle s’octroie à la direction des grands groupes et du service d’Etat. Mais elle possède une armée de serviteurs titrés, aux aptitudes inépuisables, qu’elle recrute dans les classes moyennes passées par les « Grandes Ecoles »

     

     

    II Les classes moyennes riches sont les parvenues des trente dernières années ; elles se divisent en deux également.

     

    A Ses éléments les plus récents sont fascinés par la bourgeoisie sans scrupules qui les domine. La classe moyenne riche a hérité, a peu travaillé, vit en partie de ses rentes, a eu éphémèrement un emploi par piston (on pense à notre Président, merveilleuse illustration). L’euro est sa monnaie bénie puisqu’il l’a prodigieusement enrichie durant ces dix dernières années en raison de la stabilité des taux et des prix. Pas d’inflation pour éroder son capital.  La spéculation boursière put se déployer en son sein et ses diverses facettes, bobos, écolos, jeunes socialistes cessèrent de travailler dans l’univers de la production pour préférer celui des services publics, ou vivre de rentes et de l’ embauche à peu de coût de ses frères et soeurs qui la servent. D’où, Ouvriers, cette guerre civile au sein de classes moyennes que vous observez de loin, amusés.

     

     Une guerre civile, vous le devinez, au sein de laquelle on se déchire au sein des repas de familles, des réunions d’associations ou de discussions entre cadres. Professionnels de la fonction publique s’opposent aux agents du privé. Malgré une origine familiale commune, des contradictions internes aigrissent les relations d’amis, de parents ou d’héritiers. La divergence et la nature des fortunes et des patrimoines, que ce soit la banque ou la Bourse, que ce soit le travail de cadre, altèrent la cohésion traditionnelle des classes moyennes riches et la solidarité a volé en éclats. Des formes d’exploitation intraclasse y apparaissent ainsi qu’on le voit dans les relations propriétaires- locataires d’un patrimoine immobilier hérité.

     

    L’autre petite bourgeoisie établie par le travail et non par le capitalisme spéculatif est restée besogneuse, n’aime pas l’exhibitionnisme de sa sœur aînée. Mais au moment où elle veut profiter à son tour de l’enrichissement national, placer ses enfants, les ressources manquent et les portes de l’embourgeoisement se ferment. La crise affecte son avenir, mais pas encore son présent malgré un sens de la famille en crise. Sa sœur dont nous avons parlé pus haut se moque en revanche de sa descendance à qui elle assure néanmoins des rentes substantielles dès lors que celle-ci se tient tranquille comme une jeunesse entretenue doit savoir le faire.

     

    Les alliances et les compromis entre ces quatre fractions varient selon le sujet et la position de l’indice Boursier ou des chances du maintien de l’euro. Quand se rapproche le moment des règlements de comptes, la musique du bal grince, le quadrille se défait, les tensions agitent les danseurs et nous avons de révélations incroyables (Bettancourt, DSK) sur leur niveau de vie, le dessous de leurs affaires, de leur fuite devant l’impôt.  

     

    Ces quatre fractions se positionnent différemment selon les grands thèmes de la vie nationale. Leurs accords et leurs ententes qui rythmaient les élections, se pratiquent à 2 contre 2 ou à 3 contre un. Ces combinaisons sont constitutives de la politique nationale : les divergences se manifestent par exemple au sujet du problème scolaire, de la place de l’école publique, de sa fonction autoritaire ou indulgente. La bourgeoisie nationaliste et une frange de la classe moyenne souhaitent que l’école traditionnelle retrouve son rôle éducatif directif et sévère. Mais les autres fractions se fichent pas mal de cette question ; elles ont leurs enfants dans le privé ou à l’étranger et ne voient pas d’urgence à préserver l’enseignement public de   son laxisme.

     

    -Le soutien financier à l’art et à la culture, immense source d’emplois pour la petite bourgeoisie cultivée, est une autre question génératrice de clivages pour les classes moyennes riches ; sur ce thème-là, d’ailleurs, en harmonie avec la bourgeoisie spéculatrice hédoniste. Beaucoup de ses enfants aux diplômes universitaires vagues, sans réelle formation, n’auraient aucune chance de trouver un emploi gratifiant si le domaine illimité de l’art protégé et de la culture assistée ne les sauvait provisoirement du chômage.

     

    - Concernant les profits des grandes entreprises, on perçoit de plus en plus au sein du Médef, les déchirures entre services ou industries financières et celles des industries de l’économie réelle. Notamment au sujet des rémunérations patronales.

     

    -Sur la dette, une autre configuration apparaît parmi le groupe des quatre. Après l’avoir niée, puis l’avoir minimisée, la bourgeoisie dispendieuse tente de se rapprocher de sa rivale pour sauver l’essentiel : le libéralisme menacé. Les classes moyennes riches (bien représentées au PS) restent sur la position que toute révélation de déficit ou de menace de faillite est une pure fiction, dangereuse à manier, et qu’un seul mot doit être entendu : « La croissance » ; croassement magique chanté par maints oiseaux de bonne augure ayant leur couvert mis tous les jours dans leurs médias !  

     

    Dans ces luttes internes, Jeunes Ouvriers et Employés, on voudra vous enrôler pour aider telle ou telle faction ; si vous acceptez de prêter votre concours (votes, actions de force, mobilisations de longue durée), demandez le prix pour cette collaboration ; veillez aux engagements pris pour vos familles et pour vos enfants qui veulent retrouver une école responsable et rigoureuse, y compris sélective mais égalitaire.  Surveillez l’usage des fonds publics venant de l’impôt ou des cotisations sociales ; maintenez vos élus syndicaux ou de partis sous la pression de votre surveillance. Bref organisez-vous comme vos pères le firent. Défendez-vous ainsi qu’une longue tradition de vos ancêtres le pratiquèrent !

     

     

    A DISCUTER, 
     


     

    [1] Friedrich Engels : La situation de la classe ouvrière en Angleterre , Editions science marxiste, (2011), p 29


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  • Voici le texte emprunté au blog d'un ami:http// christobalestderetour.wordpress.com 
     
     
     
     

    Billet d’humeur: trop d’Etat providence ou pas assez… Dans les deux cas, les gens modestes paieront!

    juillet 27, 2011 par christobalestderetour

    9000 euros par an et par médecin. C’est notamment ce qui ressort des négociations entre les représentants du monde médical et ceux de l’assurance maladie cet été 2011 pour décider des règles du jeu du système de santé français, dans les années à venir, et limiter, autant que faire se peut, les dérapages financiers. Tout le monde ou presque semble satisfait… pour une fois. Les frères ennemis des syndicats de médecins, comme les réprésentants des institutions publiques.Tous y vont de leurs déclarations rassurées.
     
    Ces négociations magnifiques, on nous l’a dit, reposent sur un slogan d’une simplicité et d’un bon sens déconcertants: moins de quantité pour plus de qualité! On a enfin trouvé la solution pour endiguer les dépenses de santé et régler la question des déficits chroniques de la branche maladie : dépenser mieux, favoriser la prévention et la qualité des soins. Après une multitude de plans d’action – environ 1 tous les 2 ans depuis 20 ans – les acteurs du système de santé sont parvenus, ensemble, à cette idée lumineuse. Bon sang mais c’est bien sûr! Il suffisait d’y penser fort… et, pour l’Etat, d’allonger la monnaie, encore et toujours.
     
    Les médecins qui respecteront ces objectifs seront récompensés. Et 9000 euros par an, les amis, ca n’est tout de même pas rien. Ca fait environ 750 euros par mois, soit plus d’un demi Smic. Il faut bien récompenser les professionnels de la santé qui acceptent de faire correctement leur métier. Les entreprises privées devraient, d’ailleurs, en prendre de la graine! Je m’étonne aussi que les syndicats non médicaux n’aient pas eu cette idée. Une prime pour récompenser chaque employé, dès lors que le travail est bien fait, enfin, comme il doit l’être. Car il ne s’agit pas de rendement, entendons-nous bien. Et ce, même si les acteurs médicaux parlent à propos de cet arrangement de prime de performance, un terme économique qui, surtout concernant les médecins, ne semble pas, cette fois-ci, susciter la moindre désapprobation morale au nom de la « santé n’est pas à vendre! »  Sur ce coup-là, il est vrai, ces derniers encaissent la monnaie alors…
     
    Rétribuer les médecins pour les remercier d’adopter une pratique médicale raisonnable et de ne pas contribuer davantage à la gabegie, c’est bien là, au fond, l’esprit de cette entente. Toute crise ne fait, finalement, pas que des malheureux… A l’heure où les solutions afin de ne pas aggraver la dette publique relèvent d’une gageure et où l’on demande des efforts collectifs, ceux qui devront travailler plus et/ou mieux en étant payés moins, et Dieu sait qu’ils seront nombreux, apprécieront…
     
    En France, le système de santé, symbole de notre Etat providence, profite à tous, mais surtout moins, tendanciellement, aux jeunes, travailleurs pauvres, ouvriers et employés du privé, habitants des campagnes populaires ou de certaines villes situées très au nord. Ces 30 dernières années, il est progressivement devenu une vache à lait, capricieuse en plus de cela. Il faut dire que certaines bouches sont plus avides que d’autres et généreusement rassasiées par ses mamelles… En définitive, notre merveilleuse assurance maladie fait surtout les choux gras de certaines catégories de médecins et de certaines catégories de malades… au détriment des autres naturellement.
     
    La CADES, créée en 1995, emprunte régulièrement à moyen terme sur les marchés pour renflouer le fameux trou de la sécu. Un tonneau des Danaïdes en vérité. Ceux qui viendront paieront… dans 10 ou 15 ans. Après les maladies orphelines, nous allons voir peut-être les orphelins de maladie. Ces derniers ne se déclareront plus malades et ne se feront plus soigner, à mesure que la couverture de santé se réduira comme peau de chagrin, faute de solvabilité à long terme du système. Et pour couronner le tout, paraîtrait même que la CADES emprunte parfois auprès d’organismes financiers implantés dans des paradis fiscaux douteux. Mince alors, si j’avais su que l’argent sale ca finançait un peu de mes soins médicaux, j’aurais milité pour que la lutte contre la criminalité internationale et financière arrête son char. Faut pas déconner quand même! On rigole pas avec ma santé…
     
    De ces aspects déplaisants, presqu’aucun journaliste ou politique ne semble vouloir parler. Il est vrai que bon nombre parmi les grands journalistes et les politiciens sont soit enfants de médecins ou soit liés, d’une manière ou d’une autre, au milieu médical qui sait, par ailleurs, les combler de cadeaux. En bref, pas facile pour eux d’être critiques ou sourcilleux concernant les dépenses de santé… Je ne sais pas vous, mais moi, cette situation, à la longue, ca me chatouille et ca me gratouille, comme dirait un certain docteur Knock.
     
    Aux Etats-Unis, le problème s’avère très différent - le système de santé ne protège vraiment que les heureux bénéficiaires d’une assurance privée convenable et souvent onéreuse - mais pour un résultat assez proche: des pauvres mal soignés il y en a beaucoup et ca va pas s’améliorer. Obama est quasiment sûr de devoir sacrifier son ambitieuse réforme de couverture médicale universelle sur l’autel de la dette publique, à la demande des Républicains. Les riches et leurs idiots utiles du Tea Party ne veulent pas payer pour les pauvres. Là-bas, les riches, z’ont pas l’habitude… de payer pour les autres. Mais dépenser pour eux-mêmes leur argent et celui des autres, çà oui. Le délabrement des finances publiques américaines doit, en effet, beaucoup aux baisses d’impôts massives et au financement de guerres impérialistes coûteuses, en plus des excès de Wall Street, dont la grande bourgeoisie américaine bénéficie pleinement.
     
    Qu’il s’agisse d’un Etat providence mal géré, dispendieux et désormais inéquitable, dont le système de santé est devenu l’archétype, comme en France, ou d’un Etat injustement réduit à la portion congrue, comme aux Etats-Unis, dans les deux cas, les gens modestes, ceux qui n’ont pas encore basculé dans la roublardise ou l’abus, se font avoir. Ils profitent moins, mais paieront plus afin que la collectivité supporte les conséquences du « pas assez  » ou du « trop de ». Une guerre entre les classes a d’ailleurs commencé pour savoir qui, de la dette publique aggravée par la crise financière de 2007, portera le fardeau. Encore discrète, mais bien réelle.


     



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  • Les pauvres

    Qui est pauvre aujourd’hui ? Les instituts de recherche se basant sur les catégories officielles (60% au dessous du revenu médian) déclarent telle 12% de la population. Nous, enquêteurs, en avons trouvé bien davantage mais avec une autre définition de revenus et un calcul différent : ainsi les ménages qui disposent de 50 euros par jour, soit environ 1500 par mois en feraient partie. Cela concerne plus du quart de nos concitoyens. Si on garde la définition administrative, serait pauvre celui qui ne dispose que de 20 euros par jour (600 mensuels). On voit qu’il s’agirait alors de déclarer pauvre, seuls le SDF ou autres sans abri, plus quelques travailleurs aux emplois irréguliers .Avec la définition officielle des autorités, on nage dans l’irréalisme. Vivre avec moins de 20 euros quotidiens, c’est confondre la pauvreté avec la misère et cela relève d’une supercherie (même dans la rue il faut plus de 20 euros pour survivre).

    Mais quelle que soit la définition, il est visible que la pauvreté s’accroît et que la chute (depuis 1990) de cette population ne semble pas pouvoir être arrêtée. On peut descendre les escaliers lentement ou vite, perdant à chaque marche un élément décisif d’autonomie et la maîtrise sur le cours de son existence. Depuis 20 ans le processus semble irréversible.

     

    La descente

    On peut citer trois critères déterminants par ordre d’importance :

    a) perte de l’agenda quotidien, du calendrier et la déstructuration du temps. Les moyens de paiement réguliers sont une projection sur l’avenir, un repère intellectuel. Si on perd la régularité des ressources ou l’équilibre du salaire, la planification n’est pas possible et donc la perception d’un futur est rendu difficile .On peut voir que des familles de classe moyenne qui se sont récemment considérablement endettées ne remontent pas la pente car des habitudes consommation aisées ont été prises et leur perte a bouleversé les cadres de pensée. Le sentiment d’impuissance s’accompagne du rétrécissement des liens sociaux ordinaires : éloignement de la famille, disparition des amis, évitement par le voisinage. Alors on s’explique que des événements dramatiques surviennent au sein de ces foyers sans que les voisins ne les aient jamais anticipés ou remarqués. La perte du sens du temps, des horaires fixes perturbent, spécialement les enfants dont la nourriture, le couchage, la scolarisation souffrent de désorganisation. Les dégâts du chômage ou de l’emploi irrégulier conduisent à l’abandon de nombreuses normes morales (sexualité, propreté, qualité de repas). Le temps gagné par le non travail est un temps condamné, perdu et le repli sur soi devient une perte du sens social et moral. Pas de plan de vie au-delà de quelques jours.

     

    b) La deuxième étape est la perte du domicile (2 pièces pour 4 personnes). Etre expulsé ou abandonner l’appartement au faible confort qui abritait les enfants, c’est perdre beaucoup plus que l’adresse postale qui enracine. La déchéance s’annonce d’autant plus vite qu’il n’y a pas d’échappatoire à part le squat, la tente ou la caravane, le refuge temporaire chez des parents ou amis. Un domicile fixe permet encore de chercher un emploi et d’avoir les liens qui vont avec (courrier, banque, sécurité sociale). Ici la société n’offre aucune solution de rechange, aucune structure légère intermédiaire pour éviter aux familles les refuges d’urgence ou les abris de fortune. Ces hébergements spécialisés sont souvent surpeuplés : femmes seules, hommes pour qui des chambres sont louées pour une courte durée. Mais rien pour les familles qui veulent rester unies. Des relogements existent pour les femmes avec enfants (mais elles ne veulent pas abandonner à la rue le compagnon). D’où les taudis où les immigrés demeurent pour bénéficier de solidarités de clans.

    Avoir un toit, c’est avoir une identité ; cette question est d’importance pour ceux qui s’accrochent à la dignité par le travail. Sans domicile fixe : pas d’adresse à donner à une agence d’intérim, à un employeur. On est à la merci de l’emploi au noir et du non paiement du salaire

    3) Se produit alors la troisième déchéance : la nourriture irrégulière, compensée avec les coupe faim que sont la tabac et l’alcool. Avoir un repas régulier, manger à sa faim devient un luxe inaccessible. Les vols de petite alimentation -c’est un signe- dans les grandes surfaces croissent, de même que le chapardage sur les marchés ou dans les vergers. Les responsables de l’assistance ont une action inadaptée, ignorant le type de résistance et d’honneur que chaque catégorie manifeste à sa façon. En focalisant sur la misère absolue, celle de la rue, on ne rend pas service aux travailleurs qui se battent pour ne pas y tomber. Il faut donner leur chance à ceux pour qui il n‘est pas trop tard. Les syndicats sont les plus aptes à aider ceux qui luttent encore et qui veulent s’en sortir. Si les organisations syndicales indépendantes du gouvernement (contrairement au caritatif trop marqué) retrouvaient les méthodes qui ont fait leur force elles noueront à nouveau une solidarité entre les classes laborieuses. Parce que la pauvreté est liée au travail et à son absence, le syndicalisme est le lieu approprié pour gérer des Workings Poors

     

    Les Syndicats absents

    En un siècle, ils ont abandonné cet objectif, du fait de la professionnalisation de leurs permanents et du fait de leur spécialisation dans la défense des couches supérieures de salariés. Ils ont négligé le fondement qui a fait leur histoire et leur honneur. Ils se sont maintenant consacré aux travailleurs qualifiés, aux activités nobles su syndicalisme (presse corporative, négociation, manifestations ludiques); ils ont privilégié la défense des secteurs protégés (service public) et là, ceux des plus stables et âgés des ouvriers ou employés à statut. Si les organisations revenaient à leur histoire, les grandes centrales prendraient en charge cet énorme problème que les classes moyennes du caritatif ou des services sociaux ne savent pas saisir, l’abandonnant plutôt aux bons sentiments et à l’incantation déclamatoire, préférant jouer des symboles du spectacle et des actions médiatiques dans les manifs.

    Que peut faire un jeune travailleur précaire qu’on accuse par ailleurs de dépolitisation, de désyndicalisation ? Donnons un exemple concret parmi des dizaines. Pour travailler, il est obligé d’être mobile, souvent de déménager pour un stage, un chantier, un intérim, un essai, un CDD. Il arrive dans une ville inconnue et aucune structure syndicale, mutualiste, aucune permanence publique ne se propose. Aucune camaraderie ouvrière pour l’aider à trouver un logement, un abri de quelques soirs. Cette dégradation de la solidarité primaire est une nouveauté.

    Au 19ème siècle, les syndicats naissants avaient compris l’utilité d’offrir un gîte passager aux ouvriers itinérants, qui circulaient pour l’emploi au quotidien .Cette errance quand le travail est rare est essentielle pour rester sur le marché. Il faudrait imaginer des logements faciles d’accès (qui ne soient pas les hébergements d’urgence ou les refuges de SDF) mais des dortoirs, des chambres rustiques d’hôtels pour l’ouvrier professionnel sait trouver dans la ville où il débarque pour quelques jours. Ces services réunis sont accordés aux marins de la terre entière dans chaque port. Ils l’étaient hier dans les Bourses, les mutualités, les havres des cités que le syndicalisme gérait. Le travailleur itinérant a besoin d’un endroit où recevoir son courrier, savoir trouver une photocopieuse pour les innombrables papiers demandés, bénéficier d’un lavabo, d’un repas léger. Salles simples où il serait possible de prendre un café convivial, trouver un interlocuteur pour s’informer sur les transports ou les emplois de la localité, avoir un annuaire, un plan de la ville, tout ce qui facilite la recherche du job. Les syndiqués se demandent pourquoi ils ne « voient » plus les jeunes ouvriers dans leurs organisations. Ils ne leur rendent plus aucun service, confiants que l’assistance publique les remplacera alors qu’ils la refusent par dignité. Au lieu de voir ces jeunes hommes dormir recroquevillés dans les cabines téléphoniques (endroit sûr car à l’abri des vols sinon le pauvre agresse le pauvre), dans les halls d’immeubles ou dans les jardins publics on devrait proposer des endroits où déposer les outils, le barda, au lieu d’être contraints d’avoir tous leurs biens sous la main, dans le sac à dos, avec la difficulté d’intimité et de propreté. C’est le manque de ces choses simples et pratiques, de structures légères, d’aménagements peu coûteux qui marque l’incompréhension envers les classes laborieuses, au lieu de faire la charité. Ils n’ont pas besoin de compassion mais de la froide logique de l’utilitarisme syndical, celui dont leurs ancêtres militants ont su faire preuve. Les premiers marxistes ou sociaux démocrates européens avaient compris comment on intéresse les ouvriers à l’action collective : par la solidarité immédiate. Où sont les maisons du syndicat d’antan, les Bourses, les coopés et leurs innombrables services ?

     

    Les pauvres ont les droits de citoyens mais pas les moyens de les exercer.

    Par exemple en santé ; pourquoi préfèrent-ils les dispensaires gratuits ou les soins dans les ONG gratuites y compris quand ils sont assurés ? Il n’y a pas que des problèmes de d’horaires ou d’insolvabilité qui leur font préférer les services d’urgence comme médecine générale publique. Le médecin libéral gagne en quatre heures ce qu’ils gagnent en une semaine et cela les rend insupportables à la plupart des malades pauvres même couverts1.

    Ceux qui vivent avec 50 ou 60 euros par jour admettent mal le regard arrogant des catégories chanceuses. Certes, ces nécessiteux sont considérés de façon plutôt bienveillante dans les reportages compatissants, réalisés dans les médias par ailleurs opulents (papier, images, mise en page, cadeaux symboliques).Mais ce regard, de haut, dans des journaux débordant de publicité (tourisme, bijoux, produits de luxe) parait au mieux déplacé , au pire insultant.

    Le mépris de la part des classes aisées est au diapason de l’incompréhension. Les allocations familiales seraient supprimées aux non assidus de l’école ? C’est bien une idée de bourgeois inconscient. La famille bourgeoise n’est pas celle des banlieues : monoparentales, désunies, éclatées, démoralisées par le chômage masculin. Bien des mères impuissantes ont cependant le sens de la transmission des valeurs éducatives, et les punir ne va pas rassurer leurs fils désabusés. « Si on ne va plus à l’école, t’inquiète pas, on rapportera de l’argent au foyer par d’autres solutions ». Au risque de voir le nombre de petits délinquants croître. Les pauvres sont peu à peu marginalisés, exclus des droits formels par manque de moyens concrets : ni temps, ni espace, ni informations ou assistance administrative pour en bénéficier.

     

     

    Jean Peneff, Mustapha El Miri ont publié cet article dans Le Sarkophage, n°23, Mars –Mai 2011.

     

    1 Lire Jean Peneff, Les malades des Urgences, Métailié,2000   


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  • « Maintenant le règne des banquiers va commencer»  

                                   (Jean Peneff, Mustapha El Miri)

     Aux éditions de la Découverte, 244 pages, 2010,

     

     Quatrième de couverture :

    Le titre est emprunté à la première page de Marx dans « Les luttes de classe en France ». En partie fiction imaginant le retour de Marx en France, 160 ans après son arrivée en 1849, ce livre est également une description de situations vécues en politique par les auteurs. Cet ouvrage rassemble plusieurs intrigues : l’irruption des banquiers dans notre vie, les migrations de populations entre continents, l’arrivée de la Chine sur la scène de l’Histoire, les doutes des gouvernements libéraux au sujet de leur marge d’action.

    La question des dettes est une question qui divise un pays, ou les nations entre elles.  Ce livre propose donc une histoire des luttes en prenant la question des déficits comme centre des événements. Par exemple en France : savoir, sur 40 ans : la dette, qui l’a « faite » ? Qui en profite ? Qui va la payer ? Marx commence toujours ses études historiques en se demandant qui a construit le déficit et qui en  a bénéficié ? Et quelles catégories sociales vont en payer le prix ? Il soutient qu’un Etat révolutionnaire ne doit jamais assumer les déficits creusés par les privilégiés ; c’est ce qui engendra la défaite de la Commune ; on sait que les bolcheviks ont repris son idée en 1917 et refusé de rembourser les emprunts faits par le tsar.

    Il n’est pas nouveau que des États ne paient pas leurs dettes mais les reportent sur d’autres pays, exploités ou vaincus d’une guerre, ou sur les pauvres de leur propre pays ou bien -nouveauté- sur d’autres générations. A toutes ces occasions, la crise financière produisit des bouleversements en cascade : dévaluations, guerres, révolutions ou dictatures. La dette révèle donc l’état des rapports de classe réels. Quand les caisses sont vides, les têtes sont emplies d’idées au sujet des  « trous » à combler, des compensations à demander face aux pressions de créanciers. . Mais aujourd’hui, demain, que faisons-nous ? Le niveau de vie à maintenir, la fermeture des usines, le chômage de masse, la place des enfants dans le capitalisme des jouets fabriqués en Asie (par d’autres enfants), le poids de la médecine commerciale dans nos finances, les retraites, le désarmement et d’autres menaces immédiates sont pourtant les questions urgentes  à régler.

     

    Table des matières

     

    1 « Au travail » :  Marx à la bibliothèque

    La Mondialisation ambiguë

    Concentration des profits  et dispersion de l’exploitation 

    Histoire des grands déficits

    Les crises successives 

    Faire payer nos enfants 

    Le capitalisme par blocs continentaux

    Les deux classes moyennes : riche et pauvre

    Définition d’une classe moyenne dirigeante

    « Look rich »

    Le rapport à l’autorité

    Une croisade morale ? Les gouvernants sont tétanisés

    Le rapport aux loisirs, la culture, la santé

    Les classes ouvrières dispersées

    L’exploitation segmentée

    L’éclatement : les ouvriers partout et nulle part

    L’exil ou le chômage

    Les Jeunes  Chinois en colère

    Jeunes Indiens et Brésiliens

     Le face à face et l’immobilité

    La Révolution française : 1848, 1871, 1917,1936

    Caisses vides et têtes pleines.....d’idées

     

    2 Les bourgeoisies rivales mais solidaires

              La bourgeoisie financière américaine

               Etats  Protecteurs ou Prédateurs

               La spéculation comme loisirs

               L’inspiration anglo-saxonne

               Solidaires dans l’exploitation

    Les budgets et les perceptions de classe

            Trois France

            Vivre avec 50 euros quotidiens

           Vivre avec 500 euros quotidiens

            L’univers singulier des 5000 euros par jour

    Cliques, clans, fractions, coalitions bourgeoises

          La bourgeoisie de droite et de gauche s’inquiète pour ses enfants

           La gauche n’a jamais eu le pouvoir

           Une invention du capitalisme : les enfants agents et proies

        

    3 Que défaire ?

    Les autres nous regardent. Comment construisent-ils leur opinion ?

          « Nous vous haïssons messieurs »

            La voie intermédiaire  chinoise

    « Au travail encore »

          Des centaines de petits Marx en réseaux

          Changer d’école 

         Consommer ou étudier : il faut choisir

     « Je ne veux pas devenir une machine à fric » dit Marx au gérant du casino  

     


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  • Marx par lui-même

     

    Ne  pas être marxiste signifie aujourd’hui appliquer quelques principes de recherche de Marx lui-même, sans tabou, sans révérence excessive. Le procédé initial qu’il nous a légué est le refus des dogmes, le confort de la pensée qui ronronne. On peut négliger l’entrée traditionnelle, dévote, philosophique et académique, trop impressionnante et respectueuse de son œuvre, mais prendre de préférence la porte de côté, l’historien polémiste. Nous allons mettre sa propre existence à l’épreuve. Dans les éléments biographiques décisifs, exprimés dans sa correspondance ou dans ses conversations avec Engels, il examinait prioritairement la morale politique pratiquée dans la vie quotidienne. Cela allait de la façon d’user du pouvoir d’influencer les militants jusqu’à refuser le genre de vie des bourgeois. Ses opinions, hélas ou heureusement   varient selon les parties sa vie. jusqu ‘en 1849 (33 ans), il anime les révolutions en Belgique, Allemagne (menacé de prison, il  s’enfuit, sa femme est arrêtée), puis l’expulsion de France, l’exil à Londres où l’action révolutionnaire lui manque ; il trouve les exilés oisifs particulièrement  bavards; il « vit » à la Bibliothèque, travaille jour et nuit. A partir de la cinquantaine (1865) il se consacre à ses publications, à l’Association Internationale des travailleurs. Ces dix dernières années (1865 -75) sont agitées : publication du Capital, organisation des actions de l’Internationale. Il s’arrête de travailler à 60 ans, voyage et en 1883 s’éteint doucement  

     

      I  Vie privée.

     

    Homme à la volonté prodigieuse et à la force de travail immense,  il avait révélé les contradictions du capitalisme mais  était lui-même pétri de contradictions. Son comportement avec la gouvernante allemande qui avait rejoint sa famille et dont il eut un enfant, est à la limite de la moralité  bourgeoise (enfant dont il fit supporter la paternité à Engels et qui fut placé dans une famille ouvrière de Londres ; il devint ouvrier, militant socialiste, sans jamais savoir qu’il était le fils de Marx). Mais on imagine les sentiments de la bonne ! Un siècle auparavant Rousseau le pédagogue et chantre de l’éducation enfantine  a fait pire : 5 enfants abandonnés.

    A côté de cet épisode, la vie domestique de Marx  témoigne d' attitudes de père tendre  et attaché à 3 filles pas faciles, heureux au sein des familles nombreuses qu’il affectionne ; la communauté qu’il forme avec les siens, la complicité (notamment avec le premier garçon mort à 10 ans, Edgar, « le colonel Munch » disaient ses sœurs affectueusement, de  ce garçon « surdoué ») ont  surpris tous les visiteurs. Toutefois il ne renonce pas aux prérogatives patriarcales. Ayant élevé ses filles dans une grande liberté intellectuelle (deux se suicideront pour des raisons sentimentales ou politiques), il exerce une surveillance rigide quant à leurs choix matrimoniaux, à rendre envieux de l’autorité paternelle, un Islamiste radical aujourd’hui. Quand on pense à Marx, il est impossible de ne pas évoquer sa femme. Cette fille de la noblesse de Prusse, baronne de Von Westphalen (son père fut ministre) se consacra corps et âme à son mari, à son combat, à son œuvre (elle passait ses rares loisirs à recopier les manuscrits ; elle seule et Engels pouvaient déchiffrer sa petite écriture ) ; elle donnait son avis car elle en avait un. Elle s’occupait du ménage et de l’entretien de 6 ou 7 personnes, soutenait sans cesse le moral du « Maure » déprimé et souvent malade. Ce diminutif affectueux était donné, rappelons–le à Karl, par ses filles et son épouse, en raison de son type arabe accentué. Les Juifs  Bataves( du côté de sa mère) avaient été des descendants des expulsés d’Andalousie où ils s’étaient mélangés aux Arabes  avant la reconquête d Isabelle la Catholique, un des premiers effets de la mondialisation à la Renaissance. Sans Jenny, pas de Marx, aspect souvent oublié ! Elle s’est dévouée à la cause prolétarienne.  Ce n’est pas la première fois que la bourgeoisie donnait une de ses filles au combat des prolétaires (ironie et contradiction de l’Histoire) mais ici le devoir révolutionnaire en fit une héroïne admirable[1]. En réalité la vie des Marx se divise en deux époques ; la première de 1849 à Londres jusqu’en 1870, c’est le dénuement total. Après cette date, jusqu’à sa mort en 1883,  la pression financière s’adoucit : paiements d’articles parus en Amérique, legs et dons dont celui à qui est dédié le capital. Un ouvrier qui a réussi et qui donne  un héritage important de 800 livres met les Marx à l’abri. Ils vont vivre alors comme des petits bourgeois, allant aux eaux, à Ramsgate, l’été, élevant leurs filles selon les habitudes de la bonne société (bals, musique, écoles)

     

    II  Il se place délibérément hors de tout pouvoir,

     

     Il s’exclut de toute institution officielle, de toute influence de notable ou de chef charismatique. Ceci nous surprend aujourd’hui où tout le monde veut faire carrière dans la contestation ou le radicalisme. Le preuve est qu’il a du mal à publier.  Comment  trouver un éditeur (allemand ; anglais c’est exclu, ce fut Messner de Hambourg, on le sait), quand on s’appelle Marx et qu’on a un manuscrit comme Le Capital dans son tiroir ? Comment trouver des lecteurs après pour éviter que la seconde édition, en 1875, soit à compte d’auteur ? La solution est cocasse : écrire soi-même les recensions sous un pseudonyme, puisque personne ne « voit » le livre, et les faire soit à louanges dans la presse syndicale (tache d’Engels) ou hostile, voire d’éreintement, dans les journaux de droite (charge plutôt de Marx).

     

     

     III livres. Les trois biographies  les plus éclairantes selon nous,  sont celles de  Frantz Mehring Karl Marx ,Histoire de sa vie, éd. sociales 1983 ;  Fritz  Raddatz, Karl Marx une biographie politique, Fayard, 1978 ;  Francis Wheen, Karl Marx Camann-Lévy, 1999. Paradoxalement ces trois auteurs sont, parmi les meilleurs exégètes, des non- philosophes académiques mais des journalistes, des militants indépendants.  

     

     Que lire si on est pressé ? Eviter la philosophie et la théorie. On peut ne pas lire le Capital  en entier mais préférer certains chapitres d’économie., K Marx est un grand intellectuel du 19ème, le meilleur des économistes et un historien génial.. On ajoutera un tacticien contestable (cela dépend des objectifs visés) et un mauvais pronostiqueur ainsi qu’un sociologue médiocre : mais, ici et là, qui ne l’est pas ? On doit surtout lire ses petits ouvrages percutants de chronique politique et d’histoire de la France. Bon connaisseur de notre pays, il a été inspiré par ses  événements et les actions de 1789 à 1871.  



    [1] Elle est passée sur la confusion de son mari qui eut un enfant avec la bonne Helen Demuth en 1851, Freddy, qui ne fut donc pas reconnu (sauf par complaisance par Engels) . Ceci est la face cachée, noire du caractère de Marx : dans la vie concrète parfois sécheresse de cœur, cynique comme il le reconnaît lui même après avoir été insultant à la mémoire de la compagne décédée du « Général » surnom donné à Engels, l’ouvrière irlandaise avec laquelle il vivait

     

     


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