• Une étude de cas d'indépendance d'esprit : Clément Ader. L’éducation de l’esprit scientifique critique où : en famille, à l’école ou en société ?

    Une étude de cas d'indépendance d'esprit : Clément Ader. L’éducation de l’esprit scientifique critique où : en famille, à l’école ou en société ?

    La place accordée au cas Ader, un de ces hommes amoureux des sciences qui est dans l’ombre…. ouvre un débat. Quelle instruction scientifique donner à nos enfants, eux qui vivent dans un univers commercialisé à outrance, techniciste sans l’avoir voulu, cherché, compris ?

    « Gamins, gamines, emparez vous de vos écoles, ces magnifiques locaux vides plus de deux cents jours par an. Revenez-y en vacances, en week-end, pour occuper vos salles pour des loisirs intelligents à votre rythme et à votre mode ; Développez-y l’œil, l’esprit d’enquête, la curiosité. Cherchez à savoir, à apprendre hors internet et hors portable, en usant modérément de l’ordinateur ; feuilletez, lisez, encyclopédies, atlas, dictionnaires, manuels, avec ou sans les conseils orientés des adultes. Consommez mais des connaissances, selon vos inclinations, et fuyez la société de consommation. Faites comme Ader ; Rêvez mais de manière réaliste ; éveillez-vous pour mieux imaginer votre avenir, fabriquez vos idées selon votre goût avec vos mots et les précurseurs que vous choisirez vous-même. Emparez-vous donc de vos écoles pour en faire des lieux de vie, d’ouverture au monde. Les périodes scolaires sont bien trop courtes et formalisées. A la maison, vous n’avez ni le temps, ni la place, ni le silence si vous n’êtes pas privilégiés. Et si vous l’êtes, si vous avez des histoires de techniques, des encyclopédies de science, il vous manque la stimulation de la discussion collective, l’émulation du groupe libre. « Devenez de jeunes savants » ! Voila ce que vous aurait dit Ader. Demandez à vos parents des jeux éducatifs, la manipulation intelligente (construction, miniaturisation, puzzles complexes, carnets de collections, manipulations). Demandez à la place des bibliobus, des labobus pour vos expériences mécaniques, des garages expérimentaux, des musées de la technique simple.

    La fonction de l’intervention de la société dans les circonstances de l’innovation est primordiale. Mais l’ambiance anti-ouvrière qui règne présentement pèsera dans le faible poids accordé à la mécanique, à la métallurgie, aux aciéries disparues. Pourtant la cible essentielles est de revaloriser le savoir technique, de revenir sur ce pari raté qu’est la rencontre de la science et de l’éducation française. Dans une formation à la pédagogie, traditionnellement orientée vers le culturel, l’art ou les Humanités, on sous-estime la tendance de nombreux enfants à se sentir attirés vers des résolutions d’énigmes, vers le toucher de matériaux, la géologie, les sciences de la vie ou encore l’observation de phénomènes naturels ; Le sens de l’innovation est une mentalité apprise, forme où les jeunes esprits garderaient leur étonnement et la curiosité au-delà de leur 20ans ; cela est devenu difficile dans l’univers tentateur des jeux vidéo qui sont proposés. Plus l’attention est portée au virtuel, au magique, au mystère comme loisir engageant, plus les ados s’adonneront à la fiction, à un arrière fond anti-rationnel, ils s’abandonneront à la culture des gadgets, des instruments domestiques. Ces « choses » mystérieuses, manipulées constamment mais au fonctionnement incompréhensible qui marchent en appuyant sur des boutons ; la vie est alors un mécanisme non maîtrisé par la pensée rationnelle.

    L’éducation scientifique est à repenser car elle est excessivement associée à une école aux programmes rigides, aux méthodes lourdes à bouger. Il manque des bibliothèques purement scientifiques, des livres d’initiation pour les gamins ou des musées avec des moniteurs pour expliquer comment manipuler moteurs ou processus bio-chimiques inconnus. Si la magie des instruments et des actions règne à la maison, que peut faire l’école seule ?

    Elle peut faire de petites choses. Redonner valeur au travail manuel, à la propension à l’innovation par bricolage. Réhabiliter le contact avec la matière, la nature, le concret des énoncés. Pas suffisant si manquent la concentration intellectuelle, tout ce qui est écarté dans la société de l’anodin, du prêt-à-porter superficiel : la culture ado des outils fabriqués par des anonymes, dans des conditions inconnues des pays éloignés.

    Le droit à l’erreur doit être constamment reconnu. Les essais accordés ne permettent pas automatiquement d’inhiber les mauvaises réponses, d’éviter les fausses pistes. On a beau multiplier les institutions pédagogiques, les orienteurs sont embarrassés (de la maternelle à la Grande Ecole) parce que les essais ne garantissent pas la créativité. Par exemple en écoles d’ingénieurs, on demande soumission et émancipation, docilité et autonomie ! Cette dernière est en faire niée. Permettre d’acquérir la confiance en soi chez des jeunes gens consisterait à leur laisser une autonomie de construction scolaire de leur cursus (option, choix des cours, du calendrier, du type de contrôle). Cela leur octroierait de l’indépendance, s’il se trompe, c’est de sa faute ! Peu importe puisqu’il a sait que le savoir dépendait de sa volonté, de sa persévérance et de ses envies. Probablement cela développera un penchant à penser contre le conformisme et la facilité, et ceci sera bénéfique.

    En effet, le bond du « penser contre », entrepris par Ader, celui où, à 20 ans il croit à l’imitation de l’oiseau comme d’autres croient au ballon et à l’air chaud alors qu’il faut penser moteur est une sorte de révolution, celle qu’il fait, lui à 30ans. Pencher vers quelques chose de pesant, un bloc lourd de 50 kg pour s’envoler ne va pas de soi. Aller contre l’imitation des volatiles pour s’élever est un sentiment purement contre nature, partagé pourtant par quelques gommes vers 1870, dont Ader. Lui, aura des difficultés pour dépasser l’étape de l’oiseau, pour aller au moteur et il fut handicapé à ses débuts par cette proximité même si on pouvait garder l’aile courbe et bien sûr attendre le moteur à explosion. Mais l’hélice et la forme aérodynamique alaire sont des progrès apportés par Ader ainsi que les paramètres de changement de puissance pour le décollage et l’atterrissage.

     

    L’esprit critique se construit progressivement

    Est-ce encore penser que d’ «apprendre à penser de façon critique », à l’utilité de penser contre ? Une réflexion préalable sur deux ou trois grandes catégories d’apprentissages sociales est féconde. La culture scientifique c’est l’éducation : en famille, en école ou dans le milieu industriel. « Penser contre » et de façon intelligemment argumentée, je l’ai vu pratiqué dans des universités étrangères : un étudiant corrige la copie de son voisin, en contrôle continu, la note, doit justifier devant la classe. Ou bien il est contraint de faire des exposés critiques au lieu du commentaire élogieux ou admiratif d’un texte d’un auteur consacré. J’ai vu le professeur faire son autocritique partielle, avoue qu’il ne sait pas. Tout celai contraint l’étudiant à relativiser la notion de « succès » en sciences et de savoir définitif acquis. Néanmoins moins d’omniscience, moins de distance professorales suscitent dans les jeunes esprits, le sens de la critique constructive et les protège du défaitisme devant l’ampleur des connaissances à maîtriser ou bien du fatalisme de l’impuissance et de l’échec répété. C’est là qu’Ader (et d’autres innombrables) sont enrichissants. Bien entendu, depuis la période évoquée, l’orientation est passée de l’école aux familles, les vocations scientifiques se transmettent par le cercle familial ; l’école primaire ou secondaire est de plus en plus impuissante dans l’orientation. Faudra-t-il inventer des passerelles pour nos premières années en Facs, créer des Collèges à l’américains de préparation à l’université afin d’éviter les orientations prématurées décourageantes. ? Or , il est difficile de prévoir et d’anticiper le domaine d’où sortira le futur inventeur. Le contexte espace-temps changera les circonstances et l’innovateur aura des capacités et des attitudes partiellement imprévisibles.

    « Penser contre » au lieu de penser conforme ? Oui mais dans quelle combinaison, quel amalgame ? L’enseignant lui-même doit apprendre à penser différemment que ses maîtres. Penser contre, de façon raisonnée et calculée qans avoir peur de bousculer les idées acquises est affaire non d’intelligence mais de ténacité, de persévérance dans l’effort de conquête. Toutes choses qui s’apprennent hors de la soumission didactique, de l’obéissance magistrale et qui s’appellent la pensée critique, l’indépendance d’esprit, aptitudes scolaires qui méritent l’écoute et le respect de la part de bons pédagogues. L’école et la famille ne sont pas les seuls éléments ; l’invention dépend de l’ambiance de la société. On a vu la multitude d’amis d’Ader qui l’aident et le poussent à l’industrie qui est à la mode ; tout le milieu au sens large s’y met , l’ambiance technologique a même rattrapé les artistes comme Nadar ou Apollinaire.

    Il y a au moins un caractère dont la perte est déplorable à coup sûr. Bricolage et proximité ouvrière sont mal perçus sauf de façon snob et affectée. Un signe indubitable a été qu’un certaine mentalité anti-ouvrière a resurgi depuis les trente glorieuses. Eloignement de la vie scolaire, condescendance ou mépris dans les classes supérieures, évitement familial de travail manuel. Un anti-ouvriérisme latent (leur vote ou leur comportement politique est dit « populiste ») s’est répandu. Les « classes populaires » ont été touchées dans leur confiance en elles-mêmes, sensibles à la dépréciation du travail industriel devenu marginal. On a vu le progrès technique se dissocier de la science ; les ouvriers et les techniciens de l’industrie discrédités par 30 ans de désaveu au profit des services d’un côté, de l’autre, les techniciens et ingénieurs peu à peu découragés. C’était justement l’inverse il y a cinquante ans. La préhistoire déjà !! Cela ne se rattrapera pas vite. Même leur parti (PCF) les a paradoxalement découragés. Les dirigeants, les syndicalistes ont poussé leurs enfants hors de ce métier, devenu honteux, salissant, pour les orienter vers d’autres activités dont les services publics, le travail de services, la communication, l’administration, les arts et les médias (bien entendu ce désir de l’ascension social est humain).

    Si nous ne révisons par rapidement nos conceptions, les forces productives développées ailleurs (surtout en Asir) nous le rappelleront. Ce basculement est peut-être un événement historique inouï, certainement un caractère fort ni à idéaliser ni à négliger. Les auteurs à lire dans les pages qui suivent le disent en termes différents. La démocratie est inégalitaire par nature (Dunn). La science n’est pas nécessairement née en Grèce (Goody). Les meurtres de masse et les guerres mondiales ont pris racine dans les pays les plus avancés du siècle (Evans, Pomeranz). Les connaissances accumulées ne sont pas toutes issues de la science (L-L, Ader). La sociologie et les autres sciences sociales n’ont pas le monopole de la compréhension de la société (Becker). L’histoire n’a pas de certitudes à imposer, pas plus qu’elle n’est un parangon d’objectivité (Martin).

    Ader partisan du très lourd pour s’envoler façon de penser à contre -sens ? non bien sûr !!

     


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