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  Post postscriptum sur l'art de résister à la folie ambiante:  relativité du virus

 Quelques souvenirs personnels

J’écris ce  texte en pensant à tous les enfants occidentaux qu’on « empêche » de regarder aujourd’hui, que ce soit la nature ou le « social » et qui se livrent  à  l’ivresse informatique. Eux donc, qui ne vivent qu’au regard de leurs écrans, dûment censurés, orientés et infantilisants ; miroir aux alouettes qui compense l’expérience sociale qu’on leur interdit, contrairement aux générations antérieures !   Je le dis avec regret car s’ils rencontrent demain, comme c’est probable des événements terrifiants, comme nous-mêmes le subirent, de1940 à 65 (3O ans de guerre ininterrompues sur notre sol ou aux colonies), ils auront beaucoup de mal « à adapter leurs analyses » spontanées afin de contourner l’obstacle, sans comprendre.  Je leur souhaite bonne chance, sachant qu’ils paieront cher leur aveuglement, celui de leurs parents, quand migrations de masses qui n’ont pas encore commencé, déplacements géants de populations, pénuries alimentaires en raison du climat (eau, consommations de base), guerres civiles s’avèreront irrésistibles.  La pédagogie, en sociologie, est liée à la classe d’origine de l’émetteur et des récepteurs. Les conditions de l’observation  des professeurs par les étudiants-ou l’inverse-, sont une lacune ou une absence  regrettable pour comprendre « comment enseigner en fonction des étudiants ». Le manque des cas d’observation des cours, l’absence  de récits d’incidents ou des réactions estudiantines sont dommageables à notre discipline. Une autre occasion manquée, encore faut-il que les circonstances extérieures aient permis aux chercheurs de commencer, jeunes.  J’ajoute donc une réflexion sur les circonstances de la naissance de l’observation enfantine, du monde des adultes. Les enfants observent intensément, jusque’ à 8 ou 10 ans dans des conditions ordinaires, et d’abord leurs parents ou familiers ; le regard est le premier informateur tant que le langage des adultes ne leur est pas accessible.  Y-a- il des conditions plus favorables que d’autres ? je veux montrer que oui à travers quelques cas. Ainsi, les commentaires des parents quand ils parlent entre eux, des situations quotidiennes, des rencontres ou leurs propres réflexions sur l’environnement, constituent les premiers éléments, à partir desquels l’enfant se met à regarder, lui aussi par désœuvrement, intérêt pratique immédiat, ennui ou autre raison. En citant le cas d’un groupe de garçons du Sud-Ouest, je montre les avantages et profits intellectuels de cette école primitive, par le regard, qui sera au fondement éventuel d’un savoir ultérieur. Comme le disait Diderot à propos de sa jeunesse « je n’écoute pas ; je regarde » ; mais toutes les « chances » qu’ont eues les générations précédentes ne se reproduisent pas, et même disparaissent aujourd’hui, peu à peu. La sociologie s’en ressent. Tous les enfants sont candidats (sauf cas d’autisme et encore !) et assistent aux scènes familières ; « Regarde comment je fais », lui dit l’adulte. A l’âge de 10 ans environ, l’enfant commence à choisir des cibles d’observation et se constitue des catégories explicatives, ayant des chances de se maintenir. 

 

« Ne demandez pas pourquoi autant de sociologies mais comment une seule suffirait ».  En  disant ça aux étudiants , je dégageais leur perception d‘absence d’unité de la sociologie reçue : le cloisonnement académique, dans le cadre de l’intensification des connaissances qu’on exige d’eux. « Débrouillez-vous pour trouver le lien au sein de cette hétérogénéité » !! Les étudiants surpris et stupéfaits, aux habitudes passives, ne disaient rien, ou ne le montraient pas, jouant les  élèves  dociles.  Pourtant une sociologie de la Sociologie en première année ou une histoire du relativisme des savoirs sociaux serait indispensable ! Impensable, décourageant, me disait-on !  Alors qu’un tel enseignement devrait être obligatoire dans un cursus préalable, en toutes disciplines et en toutes Facultés, distribuant une vision moins ordonnée, moins linéaire, plus critique. Dans ce cas, on découvrirait les artefacts, les prétentions démesurées, voire la manipulation des données et des résultats. Regard panoramique bénéfique sur l’histoire des sciences, au moment même où nos jeunes sont les victimes et à la fois, les acteurs d’une paralysie de la culture scientifique. Absence qui conduit à l’abandon de tout sens critique, à l’ignorance des conditions de travail que la « science » impose à d’autres, ou à la défiguration de la « Nature ». H Becker m’avait inspiré   ce vent d’indépendance   pédagogique. La simplification, voilà, un des trucs que j’ai retenu de HB, une ficelle du métier . J’expliquais aux étudiants alors, pourquoi il ne faut pas enseigner la socio de façon traditionnelle.  Il y a 4 ou 5 options sociologiques possibles en France, exclusives, sans liens entre elles. Ce qui les interpellait était que cela leur apparaissait juste, mais qu’auditeurs passifs, ils ne formulaient jamais une contradiction complète entre  plusieurs options.  Je justifiais donc leur pressentiment non formulé : il y avait bien une philosophie « sociale », dite générale, genre dissertation de sciences politiques, ou empruntée à d’autres modes de « connaissance » théorique : de type philosophique, historique, ou bien socio- psychologique qui voisinaient avec une ethnographie, une observation longue de terrain. Toutes sont légitimes et plus ou moins présentes quoique inégales, dans chaque « tradition » européenne ou américaine, avec ses connotations anglaises, allemandes etc…,

 

Ils avaient été surpris, en première année, par la variété des cours généraux de sociologie, enseignés de façon disparate, exclusivement livresque, avec des terminologies, des vocabulaires, des concepts de références rarement comparables et bien sûr sans liaison interne, sauf  celles qui faisaient un peu « philo », disaient-ils. Aucun cours ne ressemblait en contenu et orientation, à un autre ; en quelque sorte : une mosaïque, sans dessin final,  qui les incitait apprendre quasiment par cœur des phrases entières. Frappés aussi d’une discipline qui semblait écartelée entre définitions hétérogènes, sans direction claire, puisque par leur contenu, les enseignants ne faisaient aucun lien entre les matières enseignées dans les cours voisins ; c’est pourquoi les profs de le même unité ne se citaient jamais mutuellement . Je leur disais qu’entre nations, traditions, mentalités nationales, cette hétérogénéité de la sociologie était pire, relevant   de l’histoire mondiale des   sciences sociales. Cette variabilité infinie affectait toutes les nations. Il y eut bien, en Occident, plusieurs sociologies qui coexistèrent sans se rencontrer. Sans se quereller, puisque le front enseignant fait, à la fin, l’unité contre l’étonnement et le scepticisme qui en découle. Je leur racontais -ce qui les ébranla- que chaque pays choisit ses ancêtres de « l’étude sociale », et que d’ailleurs souvent, selon la mode, chacun changea alors ses racines, tant est inconstant le jugement  rétrospectif . Je leur dis que de grands ancêtres français connus, sont encore  largement lus ou discutés par des étudiants étrangers ( par ex. retraduits et commentés aux USA  actuellement,  comme G Tarde, F Le Play etc).  Ils n’en entendraient jamais parler ici. Je leur détaillais plusieurs épisodes historiques de sociologies, nationales ou internationales, qui engendraient des types de socio qui, dans chaque pays étaient enseignées à intensité variable, n’étaient fixes que momentanément, parce que, historiquement aléatoires, relatives aux humeurs de chaque époque.  D’où ne jamais culpabiliser   quant à   la difficulté à « écrire » les premières impressions de terrain  et  l’hésitation à les montrer , parce « qu’ils n’avaient pas, disaient-ils, la bonne « théorie » pour expliquer et justifier leur commentaire : ce qui  était  infondé, leur disais-je.

 

 

 

Le confusion de ces dogmatismes ne sert finalement que les étudiants les plus opportunistes, puisqu’ils sont  tous jugés à la fin, sur des dissertations générales. Et qu’il est dangereux de « penser contre », au lieu de penser conforme  dans les cours. L’enseignant -c’est difficile pour lui- aussi, doit apprendre à penser contre, de façon raisonnée et calculée, sans avoir peur de bousculer les idées acquises ; c’est affaire non d’intelligence mais de ténacité, de persévérance dans l’effort de conquête. Toutes choses qui s’apprennent, hors de la soumission didactique, de la part des plus assurés  des enseignants,  et  qui  s’appellent  la pensée critique,  l’indépendance d’esprit.  Je heurtais donc davantage des profs , mes collègues, que les élèves qui étaient, eux, encore  sensibles  à ces  contradictions.  Je résumais le problème du relativisme , du non cumul des savoirs,  que je condensais en  deux  symboles au centre du débat. Il n’y avait que deux démarches, au fond, réellement distinctes sinon opposées ; le reste était une mosaïque de cas, un éventail de déclinaisons, qui  s‘enseignent les unes à côté des autres quoiqu’elles soient antagonistes ou peu unifiées.   Et donc les étudiants déboussolés, sceptiques, deviennent de purs opportunistes ; les plus verbeux s’en tirant mieux que les autres. En conséquence, je leur disais : « Jeunes gens , ne demandez pas pourquoi autant de sociologies  puisqu’une suffirait ;  celle qui dit  « il faut le voir pour le croire »  et l’autre : « il faut croire sur parole » : une contradiction complète entre  deux options majeures. La première exige de se déplacer, demeurer sur les lieux étudiés, regarder longtemps, vivre, travailler, expérimenter, exister avec les autres de façon naturelle. Voire, de voyager : les « grands ethnographes ont été des coureurs de continents. Il s’agit de l’observation participante, partout présente, mais presque partout marginalisée.  Elle a coexisté avec l’autre, sans se rencontrer. Sans se quereller, puisque le front enseignant a fait l’unité, contre, en France, au moment de l’officialisation des sciences humaines en faculté des Lettres. Aujourd’hui c’est oublié ou gommé.  Les surprenait notamment le style oral sans dicter.  Ils ne le déclaraient pas ouvertement, jouant les élèves dociles quand je leur disais pourquoi on ne peut pas enseigner la socio de façon  classique, traditionnelle, telle qu’ une science unifiée et logique le devrait,   au cours de sa progression. Parmi ces options sociologiques possibles, la première, difficile, exigeait de se déplacer, regarder longtemps, pour percevoir de l’intérieur, la finesse des comportements : « Il faut le voir pour le croire » implique le contact, la présence sans garantir la réponse idéale.

 

vos congénères ! Pas plus que vos intérêts du moment ne seraient des composantes de vos jugements ! Donnez donc au lecteur, tous les éléments qu’il doit connaitre pour vous juger, pour mieux comprendre votre « point de vue », puisque vous n’avez aucun droit supérieur à l’extra-territorialité, à l’évitement des effets de cause sociale, interprétés subjectivement. Selon votre réponse, vous donnerez ou non, au lecteur ou à l’étudiant, le maximum de renseignements sur vous-même, afin qu’il perçoive de quel point de vue de classe sociale, vous parlez. Tout livre de sociologie devrait comporter un important élément de biographie de l’auteur, bien différent des 3 ou 4 lignes de dos de couverture !

 

 

 

C’est pourquoi j’affirme, haut et fort, que chacune de mes interprétations sociologiques est un effet retravaillé et élaboré de ma trajectoire, une composante de mon milieu et, ensuite   seulement, un effet de la situation ancienne ou présente. Les classes moyennes, demi- rurales, en ascension rapide, ont été, après la guerre, le support de la sociologie que j’ai faite : ce que d’autres cachent soigneusement à  sous le titre d’exigence « d’objectivité » . Je concède que mes réflexions n’évoquent pas le fait que décrire  n’est pas observer n’est pas « analyser » ; pas plus que mesurer ou contrôler, n’est expliquer. Ces pages étaient juste là pour rappeler un point d’histoire à ceux qui feront l’histoire de cette « méthode » intelligente. C’est pourquoi j’ai souvent pensé, en l’enseignant, qu’elle ne s’apprend pas vraiment, mais qu’elle appartient à un temps révolu. 

 

 

 

Au final,  que conclure de l’observation participante précoce ?  D’abord dans la vie, ça sert à faire de bons choix, au bon moment, cad, les plus cruciaux de l’existence. Par exemple j’ai su « naviguer » au mieux en Algérie et dans l’armée, en observant les sous-officiers et en jugeant avec mes collègues, les issues possibles à des problèmes éthiques apparemment insolubles.

 

 

 

Cela m’a servi plus tard à trouver le ton juste dans mes relations avec Verret, louvoyant entre son autoritarisme fraternel et une impulsivité de jugement. Cela me servit également à constituer une opinion politique éprouvée à partir de faits constatés, non des idéologies ou des « éthiques » politiques. Entre 20 et 25 ans nous nous sommes « fabriqué » un jugement sur les deux géants, se faisant une sérieuse guerre froide :  l’URSS et les USA . Je suis allé dans les pays de l’Est plusieurs fois pour observer le communisme en action, et en Amérique, les problèmes raciaux. En Russie ou ailleurs, mon principe immuable était : aller voir pour savoir ; observer réellement, directement, avant de juger. Mais dans tous les cas, il fallait sortir des sentiers battus, de routes balisées et des voyages « organisés », ainsi que des clichés et des préjugés. Dans un cas, je partis en URSS mais ne suivis, en aucun cas, le circuit imposé par Intourist, l’organe officiel, et cela, à mes risques et périls, ( mais je  comprenais  la langue). Dans l’autre cas : en Amérique, je refusai d’éviter les problèmes soigneusement occultés, soit en faisant du stop pour discuter au hasard, soit en « visitant »  les Ghettos et banlieues chaudes : ce qui m’avait été fortement déconseillé par mes amis ou des collègues. Toujours l’adage : « Aller voir pour savoir ; toucher directement le problème ». Bien entendu, j’eus, comme annoncé, de petits ennuis : arrestation par la Stasi, ou saisissement de la population noire  quand ils virent un Blanc qui se promenait tranquillement chez eux : ils n’avaient jamais connu ça !  Ces menus événements n’eurent heureusement aucun conséquence grave ; je pus limiter les dégâts et gérer une sortie honorable.  Ce sont de incidents ordinaires à tout exercice de la curiosité sociale, ce sont les à-côtés risqués de l’observation directe. Mais je la gardais pour moi ou la partageais avec ma femme, plus tard, quand nous amenâmes nos enfants, faire là, dans ces pays, leurs propres expériences personnelles d’observation. En conséquence, pour moi, le bilan est amplement positif : c’est pourquoi je promus cette méthode auprès de multiples générations d’étudiants, avec plus ou moins de succès, comme on l’a vu. Les incidents ordinaires à tout exercice de la curiosité sociale sont les à-côtés risqués de l’observation directe  aux bénéfices  immenses. Que la sociologie, dite du peuple, fut aussi pauvre, à notre époque, nous fit douter, à jamais, de  cette discipline.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voilà pourquoi je destine ces idées  aux jeunes lecteurs  :  afin  qu’ils aient la chance de lire des auteurs  qui furent des personnalités aux qualités humaines remarquables,  et qu’ils aient    l’occasion  de croiser des sociologues  portés aux mêmes convictions et pratiques,  heureux de partager leurs « secrets » et leurs goûts. Je suis sûr que les jeunes lecteurs de ce Don de bibliothèque américaine sauront en faire usage, afin de mieux comprendre leurs prédécesseurs. A leur tour, de poursuivre un mouvement d’idées qui a un grand passé :« Créez des dizaines de petites « Ecoles de Chicago » comme ces livres le suggèrent : Et si vous admettez ce principe, je vous dirais comme Becker : « On fait quoi maintenant : Quelle sociologie, ?  Celle du terrain ou celle de la carrière ? »

 

 

 

En m’appuyant sur le titre de son foisonnant livre, au sujet de l’éducation « inconsciente » de jazzman qu’il reçut,  je vous dirais : « Quelles observations, on fait maintenant : l’ethnographie modeste ou la « glorieuse » sociologie ? ». Alors, jeunes gens, choisissez l’ethnologie  dont l’époque à besoin ; trouvez un domaine encore mal parcouru. Voyez comment le luxe et l’intensité des communications et des mises en relations inter-individuelles par des outils non conçus par vos entourages, mais formatés pour vos soi-disant besoins et   perceptions imputées ! Futurs sociologues : ne craignez pas, à partir de faits concrets, issus de votre terrain, de critiquer vos livres ou enseignements. Inventez vos modes d’enquête, vos normes d’écriture, vos codes de présentation.  Prenez votre liberté : observez intensément le monde qui vous entoure .  Et  surtout jeunes gens : n’oubliez pas  « qu’il faut être un empiriste de principe   et que pour être radical, un empirisme  ne doit admettre, dans ses constructions,  aucun élément dont on ne fait pas directement l‘expérience »  selon  William  James. Proche des « publics », l’observation est une leçon de sociabilité, non un repli  solitaire.  C’est un mode d’être tout à fait opposé à l’individualisme des intellectuels et des égoïsmes de nos sociétés contemporaines. C’est pourquoi nous devons tous la pratiquer  et chercher à savoir d’où nous venons  ou ce qui a fait notre groupe social  la recherche de nos origines culturelles  justifie  la contribution à ce colloque imaginaire                                            

 

 

 

 

 

Quelques conseils  de Pratiques :

 

            La marche ou l’observation ?

 

           Dimension collective  des résultats ou  bien  réflexion solitaire ?

 

 

 

  Je n’aborde pas la prise de notes, les fameux carnets de l’ethnographe, les bouts de papier, écrits rapidement sur le terrain ; je m’en suis expliqué (« Le goût de l’observation ») ; Une forme de mémoire a été pour moi la marche. J’ai beaucoup marché, dans ma vie, surtout après chaque séance de travail ethnographique, pour remettre le chaos du direct, en ordre ! Mais il faut savoir marcher, en réfléchissant : concentration sur terrain plat ? Distraction en terrain accidenté ? C’est selon, je choisis…

 

La marche et le sens de la marche exigent les conditions de sa bonne utilisation. Si on est saturé, fatigué intellectuellement, on marche par reflexe ; si on a besoin de réfléchir à un problème singulier : on marche   sans distraction des passages traversés, loin des visions spectaculaires. Alors c’est une respiration naturelle de l’esprit formé au contact permanent avec la nature sauvage, en tout cas non habitée, ni domestiquée. Après, on acquiert la résistance à la marche forcée du travail du sociologue sur son terrain d’enquête : voir, observer de nombreuses scènes ou sites et en même temps assurer le travail partagé sur le site de travail   ou de recherche d’informations, exige de la résistance physique. Notre travail nécessite de pratiquer, au cours d’une enquête, des dizaines de Kms au minimum, avant de s’assurer qu’on a obtenu le maximum d’observations possibles. Mais ce n’est pas le kilométrage qui fait la valeur, bien sûr ! L’observation intense sur le site nécessite donc, en même temps ou juste après coup, la réflexion solitaire que chacun pratique à sa façon ; à son bureau ou en marchant, afin que  le rythme des pas fasse revivre des scènes oubliées ou des informations noyées dans la masse de faits vus.  Je fus un adepte de cette orientation, sachant cependant, que, quand on est fatigué ou saturé sur un terrain, on ne voit plus rien. Crispé, on n’observe plus, ou alors en automate, sans recul, ni enregistrements intellectuels, Donc sans réflexions ultérieures possibles. La « re-création » de notes exige la solitude, qu’on marche ou pas ! Voila pourquoi j’ai marché pour chaque enquête au moins une centaine de Kms. Ainsi en Algérie : pour trouver leurs  adresses, ou découvrir  les entreprises semi-clandestines, ou celles qui avaient déménagé. .. J’ai marché plusieurs centaines de Kms au cours de mon observation hospitalière (Urgences) . Chaque séance de travail nécessitait de ma part, 4 ou 5 kms par jour : déplacement dans l’hôpital : étages, couloirs, secteurs différents  services, morgue, entrepôt de médicaments, bureaux,  déplacement des malades sur des brancards  etc.. La solitude du chercheur peut s’obtenir d’autres manières : dans un espace très éloigné de la « civilisation », au contact avec la nature. Beaucoup l’ont fait, car l’absence de distractions ou d’interruptions intempestives, permet à la mémoire de se reconstituer

 

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