• 22/12/2021

     

    Don Quichotte en ermite : l'isolement pour réfléchir.

     

    Lucas m'a ramené mes textes écrits et dispersés sur les blogues, dans des papiers de conférences, ou dans des notes pour moi, la soixantaine de petits articles que j'ai mis sur mes blogues depuis une dizaine année. Il les a réuni en quatre tomes. Le premier qui s'appelle « Accueil » fait 500 pages, le deuxième « La mort des républiques » fait 25 pages, le troisième « politisation de la jeunesse » fait 20 pages, et le quatrième « objectifs et projets » fait 80 pages.

    En relisant cette centaine de notes et d'articles, j'ai réalisé que j'avais travaillé plus que je ne le croyais depuis dix ans, depuis que j'ai arrêté d'écrire des livres. Mon dernier livre, sans compter Ader, date de 2009 et s'appelle Le goût de l'observation. C'était là mon testament intellectuel. Après je me suis lâché et j'ai utilisé l'hostilité de mon ermitage pour écrire sur la société, au jour le jour, en improvisant, sans code ni norme, bref, une totale liberté d'invention et d'imagination.

    Le bilan que je tire de cette réunion de réactions épidermiques est un sentiment de Don Quichottisme où je me suis senti ridicule dans mon projet de me rendre utile en m'enfermant là-haut dans une solitude extrême.

    Cependant, je considère encore que dans la confusion actuelle, dans la manipulation des esprits, même involontaire, dans le brouillage des idées et l'abaissement du sens de l'intelligence, il était justifié de s'en éloigner, de s'en distinguer, et de voir de haut et de loin ce que mes contemporains sont entrain de fabriquer ou de détruire.
    Je vois plutôt le sens de la destruction, de l'auto-mutilation, et de l'abaissement de ce qui fait le propre de l'Homme, c'est-à-dire la pensée, la réflexion, et l'observation. Si je reprends cette lecture à mon compte, je réfléchis à ce truc de dingue : 800 pages en 10 ans sur l'actualité, le passé récent, et le futur probable.

    Alors, peut-être pour moi un défoulement, l'ennui d'être seul là-haut, de marcher de manière automatique pour susciter une vision neuve.

    D'accord, on dira orgueil, vanité, c'est probable. Mais depuis cinq ou six ans, tout va trop vite, tout change en un éclair, par exemple il n'y a plus de lecteurs, de lectures, très peu de livres, et surtout, ce qui me frappe, plus aucun sens critique.

    Alors, on excusera le manque d'unité de cet homme et de ses papiers parce qu'il n'y a pas de possibilité d'échanger, les quelques esprits libres qui demeurent sont éparpillés, et je ne vois aucune unité à l'expression critique qui se manifeste, ici ou là. Donc je livre ces textes à la bienveillance de quelques lecteurs qui m'excuseront d'être parfois mauvais, parfois impulsif, parfois observateur judicieux. Puisqu'il n'y a plus de sociologue engagé, au moins il restera l'intuition d'un sociologue dégagé, d'un intellectuel arrivé qui refuse, un jour de plus, de travailler dans un lieu de prestige, refusant la contamination par un orgueil intellectuel, la vanité des manières d'idées que nous sommes, et l'influence qu'il aurait pu avoir sur les étudiants, de les manipuler par nos observations dites supérieures, et par les notes arbitraires que nous leur donnons. Donc je ne veux plus de ce pouvoir sur l'avenir des jeunes gens, pouvoir que rien ne justifiait auparavant dans ma vie, ou dans mon expérience.

    Je laisse donc les lecteurs de ces textes, peu régulés, peu homogènes, je laisse ces textes à la bienveillance, et à la tolérance, des lecteurs anonymes qui se promènent sur mes deux blogues : « Mondialisation et histoire, comprendre la crise », et « Jean Peneff ».

    C'est triste une société qui a perdu son sens du ridicule, le goût de la caricature, l'ironie comme moyen d'intelligence, et qui ne fait preuve d'aucune fantaisie. Je regrette les années 60 à 80 où les chansonniers, les comiques, les intellectuels, se montraient d'une très grande acidité ironique, faisaient rire de nous et donc de notre société. Ce sens de l'ironie est perdu. Le rire, comme moyen de réflexion, a disparu. Il n'y a plus de comiques professionnels qui nous faisaient réfléchir. Et pourtant, que de choses à dire aujourd'hui sur les absurdités, les incongruités extravagantes de notre pauvre société qui a perdu le sens de l'auto-critique.

    Et pourtant, que de choses il y aurait à dire sur le petit macroléon devant lequel sont agitées des marionnettes de Zemmour.

    Une société qui a perdu le sens de la caricature devient totalement manipulable, et peut-être intoxiquée par n'importe quelle marionnette, ou par une menace supposée mortelle. Mais cette prophétie, facile à faire, nous l'avions fait en 2005 sur les essais thérapeutiques. Je fais référence au texte de Brochier qui avait testé les médicaments, contre un bon salaire d'ailleurs, mais qui montrait l'aspect superficiel, incohérent et inapplicable des règles de fonctionnement pour établir des remèdes. A partir de là, nous avons fait de ce genre d'écritures, d'énoncés par l'ironie, d'énoncés de falsificateurs, détruire les illusions faciles pour mettre à la place des choses réelles (200 ou 300 migrants dont des enfants noyés par jour et pas nos attitudes d'un égoïsme forcené ou de citoyens masqués qui sont la proie de n'importe quelle religion de la médecine ou des illusions républicaines que les médias, à longueur de journée, ne cessent de diffuser). 

     


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  • 15/12/2021

     

    Ce cher plastique,

     

    Ce cher produit moi j'en veux au moins trois couches. Ma biscotte du matin dans sa boîte plastiquée, dedans la ranger dans sa boîte plastiquée, et ce cher plastique pour ma biscotte à croquer. Cette chère biscotte il faut la gagner.

    Le plastique est partout. Il nous inonde, il tue la planète, il détraque le climat, mais ça ne fait rien, c'est bien. D'ailleurs, quand je disparaîtrais, je veux être emballé dans du plastique. Le regret c'est de constater que dans ces bêtises de production de la société, aucun sociologue ne se lève pour se moquer. C'est comme le sucre : il est partout, dans tous les aliments, les légumes sélectionnés, la viande arrangée. Nous sommes devenus addicts au sucre. Mais je suis content puisque les asticots aussi, qui me dévoreront, seront devenus addicts au sucre.

    Il n'y a plus de ces humoristes, de ces chansonniers, de ces acteurs comiques qui bercèrent notre jeunesse et le début de la vie adulte grâce à l'auto-moquerie, à la caricature de nos défauts et à la dénonciation par le rire des bêtises que notre société véhicule à longueur de journée. Cela ne pousse pas à l'admiration. Le manque d'esprit caustique, l'absence d'auto-ironie, le recul de la caricature, sont le fait de la gauche et de la droite. Ils dénotent l'effondrement de l'esprit et l'absence de tout recul historique de nos élites et de nos chers professeurs. On peut dire « la gauche, la gauche, la main sur le cœur » et sentir qu'il n'y a plus aucune différence dans les esprits laminés par la bêtise et l'absence d'humour. Si ce n'était pas prétentieux, on leur dirait « rappelez-vous : où étaient vos parents en 1940, en 1958, en 1968, avant la grande disparition des esprits libres et de la recherche de l'indépendance de la pensée ? ».

    Pour observer, il faut avoir des idées d'observation. Il faut se saisir de toutes les scènes de rue, de transports, des univers observables de loin ou de près, et initier les jeunes à ce besoin éternel d'écouter, regarder, lire et observer la vie. Les profs et les élèves, la rue ou le café, le travail ou la maison, le bus ou le train : tout est là, offert au regard. Et demandez-vous : qu'est -ce qui a changé en 6 ou 10 ans (rien vous me dites, mais si, tout à changé ces dernières années). Profitez de ces univers observables, voyagez, circulez, ouvrez les yeux, fouillez votre mémoire, et mettez de côté sur des carnets, ou dans un coin de votre tête, ce que vous avez vu et que vous voulez garder.

    Sinon cette belle société du 21ème siècle va disparaître sans regard extérieur, sans auteur neutre, et sans spectateur passionné par les phénomènes contemporains inouïs et passés inaperçus. J'ai pu en citer quelques-uns, d'une main noyer les migrants, et de l'autre se sucrer , bouleverser le climat par le plastique et la pollution, se signer et se réfugier dans des mirages où se noyer d'illusion.

     

    15/12/2021


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  • Retour sur le Singe Nu

     

    Pour une sociologie ouverte s'intéressant aux deux problèmes de notre temps :

    1. Les migrations s'accélèrent et le monde s'est mis en mouvement, il y a des migrants partout, pour le bonheur ou pour le malheur de nos sociétés vieillies, repliées sur elles, et fermées à tout mélange de races ;

    2. Le rapport qu'il y a entre les événements météorologiques terrestres, les nouvelles conditions d'existence de la planète et l'action de destruction, donc d’auto-destruction, des conditions de santé que des minorités nous imposent par la pollution de l'air, de l'eau (multiplication des voyages en avion, des paquebots de croisière) et la création de matières artificielles, participent à bouleverser les conditions physiques et chimiques de la dernière étape de notre vie d'Homo Sapiens.

    Je pense qu'il faut réfléchir aux grands textes des anthropologues, des paléoanthropologues et des zoologistes qui viennent de tirer la sonnette d'alarme. Nous sommes sur la voie de plus en plus rapide de la destruction de notre environnement. Cette destruction peut prendre de multiples formes : inondation, cyclone, changement de climat, réchauffement, mauvaise qualité de l'air. Nous sommes à un seuil de vérité. Si nous continuons à épuiser la terre nourricière et les ressources nécessaires à notre survie, comme le font déjà l'agriculture industrielle et la production d'un bien plus ou moins utile, nous connaîtrons à une catastrophe naturelle avec une prolifération de nouveaux germes, de virus, de microbes.

    L'épisode de ce petit virus 19 est typique des dégâts que nous pouvons créer. En effet, notre histoire a connu des centaines de virus, de bactéries, de microbes. Par exemple, la Peste Noire qui a éradiqué un quart de la population sur un siècle ou deux pour arriver au XXème siècle, provoquant 20 millions de morts. Ce petit virus 19 que nous venons de traverser est une aventure d'ampleur ridicule par rapport à ce que notre espèce a connu. Ainsi, il faut être vigilant sur nos consommations, le maintien de l'équilibre ressources / exploitation, et ne pas se laisser intoxiquer par les médias qui alternent régulièrement endormissement – écran – menaces hallucinatoires – création de peurs paniques.

    Il ne faut pas se laisser intoxiquer par les fabricants d'opinion qui a coup de milliards achètent la presse, la presse, la télévision, la radio etc. Pour cela il vaut mieux vivre un peu à l'écart, en retrait, sans participer à la folie générale.

    En recommandant les deux lectures utiles, dont les références figurent ci-dessous, je souhaite souligner la parenté entre ces deux grands chercheurs qui relativisent les peurs et les paniques que nous connaissons, et qui dévoilent les corrélations et les signes que nous ne voulons pas voir. En signalant que Sapiens est une société toujours en mouvement, que la planète est en libre circulation, que ses ressources et ses conditions sont pour tous universelles, ils relativisent les menaces que nous fabriquons à l'égard des migrations. La circulation incessante, l’exploration du milieu, le mouvement éternel, c'est le propre de toutes les espèces y compris de la notre. Depuis un ou deux millions d'années, Homo Sapiens est un membre de l'univers en perpétuelle mouvement (alors oui, c'est vrai qu'aujourd'hui le mouvement par la technique et l'invention s'est accéléré. De Clément Ader, mon ancêtre, premier créateur d'avion, à Pesquet, l'astronaute français qui descend de là-haut, il n'y a que 130 ans : un rien, une poussière dans l'histoire du temps. Mais ceci caractérise la relativité que nous devrions construire au sujet des paniques et des terreurs que les gens qui nous dirigent, les médias qui nous informent, les hauteurs et les philosophes qui nous assomment d'idées reçues) nous devrions relativiser tout ce que nous attendons aujourd'hui et qui n'ont aucun rapport avec la réalité. Il est temps de se reprendre en main, de se mettre à l'écart pour réfléchir. Et enfin, d'observer les phénomènes sociaux incroyables que l'on voit se dérouler sous nos yeux.

    A peu près tous les gouvernements de notre planète se servent de l'épidémie du covid pour asseoir leur pouvoir, réguler leurs intérêts, encadrer les esprits et fabriquer une nouvelle espèce d'homo sapiens proche de l'animal bien dressé, obéissant, aux réflexes conditionnés. L'histoire de la planète doit nous servir à nous libérer, nous émanciper des clichés et des faux problèmes pour ne plus rester coincer à la maison, marcher au pas, se faire vacciner de telle ou telle manière, comme des animaux dociles et obéissants et qu'une poignée de dirigeants, d'entrepreneurs, ou de politiques, cherche en rivalisant entre eux à nous imposer un conditionnement idiot et en menaces exagérées.

    C'est comme ça, doucement, que le monde occidental a fabriqué un ordre moral aux mains d'une poignée de dirigeants marionnettes afin d'éliminer toutes contestations, toutes critiques et interdire dorénavant, tout esprit libre.

    Alors oui, la question des migrations, celle de la désobéissance démocratique, de l'émancipation de notre cerveau des cadres de pensée imposés, cette question se pose comme urgente, cruciale, vitale.

    C'est pourquoi mon petit esprit critique m'a suggéré de me mettre pendant 20 ans à l'écart de ce mouvement perpétuel et de cette fausse agitation des esprits pour me faire retirer en montagne dans une sorte de refuge, d’ermitage, pour avoir le recul nécessaire, le retrait des activités superficielles, pour me faire récupérer mon équilibre et mon analyse. Parti à la retraite le premier jour où j'ai pu le faire, j'ai alors abandonné un poste de prestige, des créations lucratives. Ce que je ne regrette pas, étant donné ce que j'observe de l'évolution triste et négative de la société dans laquelle j'ai vécu.

     

    Le nouvel observateur, Pierre Mornet, propos recueillis par Véronique Radier, « Yves Coppers : Sapiens est un pirate de l'évolution » , n° 2776, 2018

     

    Le Singe Nu, Desmond Morris, 1968, ed. Grasset


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  • Mercredi 08 décembre 2021



     Présentation



    Nous sommes tous des migrants ou des descendants de migrants. C'est l'histoire de l'humanité tout simplement. Cette banalité n'est rappelée par personne, apparemment. C'est ce qui me frappe aujourd'hui. Que les sciences sociales soient en retard d'un demi-siècle, c'est habituel, que l'université soit à la traîne, les mouvements intellectuels, ce n'est pas étonnant. Mais il manque les moyens techniques pour observer : en effet, pour bien observer, il faut avoir des idées d'observations, un projet en tête, des impressions, fragiles ou non, acquises antérieurement, et que l'observation systématique va contredire ou améliorer. J'ai dit dans mon livre, Le goût de l'observation, l'importance de sa formation durant l'enfance et l'adolescence. Alors jeunes gens, profitez-en : après c'est trop tard, vos catégories d'analyse seront formatées, trop stables, trop solides, et vous n'aurez plus l'agilité de vision qu'à le jeune en création de soi.

    Même si c'est pour rien, fouillez avec vos yeux, regardez votre environnement immédiat : la rue, les profs, les autres étudiants, le bus, le café, le resto U etc. Et dites-vous, ou demandez-vous : qu'est-ce qui a finalement changé en six mois ? Rien, ou un peu, ou ça, etc.

    Et surtout l'observation personnelle ne peut exister qu'en confronter à votre passé les observations antérieures, ou celles de vos camarades, collègues avec lesquels vous discutez, échangez, vivez.

    La moisson immédiate va être stockée dans votre mémoire qui va trier, sélectionner, organiser. Ne choisissez pas des catégories universelles, des jugements définitifs, des constances dans les impressions, mais regardez ce que vous n'aviez pas vu hier : soit que la situation ait changé, soit que vous ayez vous-mêmes changé. Pour sujet ne choisissez pas un domaine observable trop grand ni trop petit, une ville moyenne comme Aix-en-Provence et un cadre largement suffisant. Relisez les passages où les trois plus célèbres associés sont à l’affût dans leur vie à Aix : Cézanne, Zola, et le futur scientifique, qui, chaque jour, compare avec hier ses interprétations d'aujourd'hui. Ce sont les trois grandes célébrités de l'observation participante dans le cadre d'une ville ambitieuse et luxueuse, riche et cultivée, bourgeoise et populaire. Donc, vous disposez d'un cadre magnifique à portée de main et profitez-en.

    Et si vous avez un problème, une question en suspend : allez voir les vieux, les anciens, les retirés de la vie, les ermites, et récupérez leurs avis, leurs impressions, ou comment est-ce qu'ils ont fait à votre âge.

    Bonne chance.





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  • Mercredi 08 décembre 2021

     

    Jeunes gens, comptez sur vous-mêmes comme vous aînés l'ont fait.

     

    Je suis triste, très triste, quand je vois vos aînés, quand je relis vos ancêtres, et que je repense à tous ceux sur cinq siècles qui se sont battus pour une société un peu plus juste, un peu plus consciente. Bref, avec un petit bout d'intelligence. Le premier, il y a longtemps, avait déploré que lorsqu’un régime voulait mourir, il trouvait toujours les moyens et la persévérance pour arriver à ses fins. Ils ne pensaient pas encore aux régimes occidentaux démocratiques qui ont porté l'impérialisme à son plus haut niveau. Mais sa prédiction se révèle juste aujourd'hui car le chemin de l'auto-destruction est bien entamé (merci donc Machiavel).

    Nous avons été éduqués, nous, dans la lecture, l'estime, l'admiration d'intellectuels ou de gens du peuple qui se battaient contre tous les régimes dangereux et les menaces sur la civilisation intellectuelle. J'ai fait mes études avec ces exemples sous les yeux: Marc Bloch qui réalise et ose, sous l'occupation, d'écrire l’Étrange défaite où il analyse l'aveuglement, le sien et celui de ses pairs. Nous avons admiré Bloch et avons été troublés par ce genre d'engagement car il a meurt dans la résistance.

    Mais nous avons eu la chance de rencontrer directement d'autres personnes qui se sont battues, seules ou avec quelques-uns, les mains nues contre des régimes politiques soumis, infantiles, manipulables, et des hommes politiques d'un niveau intellectuel inimaginable il y a même quinze ans.

    Nous nous parlons de Germaine Tillion, ethnologue, et de ses camarades dans un camp nazi, qui prennent des notes et font sans le vouloir, et le savoir, de l'observation participante. Mais elle et ses camarades rescapés, nous avons rencontré, discuté, et écouté leurs informations dans une situation où nous étions nous-mêmes relativement en danger : pendant la guerre d'Algérie. En résistant à la cruauté de nos camarades soldats, et de leurs chefs criminels, nous avons contacté Germaine Tillion et ses sœurs pour leur demander comment faire : faut-il déserter, faut-il affronter un procès ? Et nous avons apprécié toutes les informations qu'ils nous ont donné.

    Nous avons donc échappé au pire, mais jamais oublié cela lorsque nous avons enseigné la sociologie. L'observation participante, comme j'ai pu l'écrire, avait des ancêtres glorieux (y compris en Amérique : dureté du Ghetto, défense des autochtones par Jack London, et protection des minorités ethniques par nos camarades de l'école de Chicago).

    Par conséquent, nous avons essayé de transmettre ça à la génération suivante à travers les cours, les livres, mais aussi l'exemple individuel. C'est pourquoi ma désertion de l'enseignement supérieur, qui prenait une orientation déplaisante, ce départ n'était pas une désertion, mais une volonté de combattre, un peu seul dans mon coin, l'exemple négatif que représentait mes camarades sociologues, mes collègues académiques, tous les défenseurs de l'ordre établi. En me retirant, et en réfléchissant, écrivant, seul à la montagne, j'ai voulu m'inspirer de l'exemple de mes glorieux aînés.

    Aujourd'hui le rôle de la sociologie serait de coller à la réalité quotidienne, d'enquêter tous les jours, de faire de n'importe quoi un terrain, sans perdre de temps, sans bibliothèque, sans vraiment de livre, et sans carrière conformiste espérée. La lucidité a un prix, mais elle a un avantage : c'est qu'on peut se regarder dans la glace.

    Alors jeunes gens, je vous plains. A vous de trouver votre chemin, de construire votre esprit de rébellion ou d'analyse, et je vous souhaite bonne chance.


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